FONTANOT Nerone [dit René]

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Né le 20 juin 1921 à Trieste (Italie), fusillé le 27 septembre 1943 à Biard (Vienne) ; tôlier formeur ; chef de groupe FTPF de la Vienne.

Brochure d’Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Brochure d’Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Nerone est le premier à droite sur le banc.

Fils de Giuseppe, ouvrier, et de Gisella née Téra, ménagère, Nerone Fontanot arriva en France avec sa mère et sa soeur en octobre 1924, pour rejoindre son père arrivé au printemps. La famille habita Puteaux où Nerone était scolarisé à l’école Félix-Pyat, puis elle alla vivre en 1929 à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine). Ses parents étaient des antifascistes très proches ou membres du Parti communiste d’Italie.
Nerone Fontanot entra en apprentissage de tôlier formeur dans un atelier de la rue de la République à Nanterre. Il participa aux grèves avec occupation de 1936, adhéra à la CGT, puis pratiqua les sorties camping avec son cousin Spartaco Fontanot à l’occasion des premiers congés payés. Il travaillait en 1939 chez Facel à Courbevoie et suivait des cours de mathématiques et de dessin au lycée technique Mars-et-Roty. Il demeurait avec ses parents 22 rue des Basses-Groues.
Avec la déclaration de guerre, les ressortissants italiens devinrent suspects. Le 10 mai 1940, Giuseppe et Gisella furent arrêtés par la police française, emprisonnés à la Santé et à la Roquette. En juin 1940, devant l’avancée des troupes allemandes, Gisella fut libérée, et Giuseppe Fontanot transféré au camp de Gurs (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), il sera libéré en mars 1941.
Au cours de l’été 1941, Nerone, sous prétexte de problèmes de santé, quitta usine et parents et partit vivre en Normandie dans le Calvados près de Lisieux. A l’été 1942, il contacta son jeune frère Jacques ; les vacances se déroulèrent dans la Vienne. Nerone fut envoyé dans ce département par la direction nationale des FTP, il trouva du travail dans un garage de Châtellerault. Ses qualités professionnelles étaient appréciées, et il se fixa dans la ville.
Avec impétuosité, trait d’un caractère bien trempé, Nerone Fontanot réquisitionna la ronéo installé dans le bureau du garage, et laissa sur place un reçu qu’il signa au nom de la Résistance. Le patron le dénonça à la police, Nerone entra en clandestinité, devint chef d’un groupe FTP en mars 1943. Il participa à plusieurs attentats et sabotages. Début juin 1943, il était dans le groupe de FTP à Châtellerault, il tira et tua d’une balle dans la nuque Babigeon, président de la Légion des volontaires français (LVF) contre le bolchevisme de la Vienne. Il abattit un second collaborateur de la même façon, sa tête fut mise à prix.
Ses parents avaient été arrêtés de nouveau en septembre 1942, à l’occasion d’une distribution de tracts rappelant l’anniversaire de la bataille de Valmy.Son père fut interné au camp de Pithiviers (Loiret) et sa mère au camp de Monts à La Lande (Tours) puis au camp de Poitiers, situé sur la route de Limoges. En juin 1943, Nerone réussit à passer à bicyclette le long des barbelés entourant le camp de Monts et à dire une phrase d’adieu à sa mère.
Le 26 juillet il avait un rendez-vous avec Jean Petit, dit Maurice, et Gabrielle Thébault, dite Pierrette. Tous les trois furent interpellés près de la gare d’Orléans (Loiret). Nerone Fontanot présenta une carte d’identité au nom d’André Muguet... en vain. Incarcéré à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers, il fut torturé, entravé par des chaînes.
Il comparut le 20 septembre 1943 devant le tribunal de la Feldkommandantur 677 de Poitiers, et fut condamné à mort pour « activité en faveur de l’ennemi, terrorisme ». Il fut passé par les armes le 27 septembre 1943 au champ de tir de Biard avec six résistants : Louis Brin, Jean De Mello, Roger Quintard, Daniel Ouvrard, Henri Peluau et Jean Roy. Son frère Jacques, également résistant, fut exécuté le 27 juin 1944 à Saint-Sauvant (Vienne).
Le journal collaborationniste La Dépêche de Tours publia quelques jours après l’exécution de Nerone Fontanot un « Avis » des autorités militaires d’occupation qui annonçait l’exécution de onze FTP de la Vienne.
En septembre 1944, Giuseppe Fontanot alla à Poitiers chercher son épouse Gisella toujours hospitalisée, après la mort de Nerone, puis celle de Spartaco, il venait d’apprendre que Jacques était mort dans la forêt de Saint-Sauvant, Giuseppe s’évanouit. Gabrielle Thébault, de retour de déportation, témoigna des actions de résistance de Nerone et des tortures subies à la prison de la Pierre Levée à Poitiers.
Nerone Fontanot fut ré-inhumé après la Libération, le 9 avril 1949, au cimetière communal de Nanterre aux côtés de son frère Jacques et de son cousin Spartaco. Son nom figure sur les monuments aux morts de Châtellerault et de Nanterre et sur la plaque commémorative de Biard. Il fut nommé sous-lieutenant FTP à titre posthume, décoré de la Médaille de la Résistance, du titre de chevalier du Mérite interallié, et de chevalier de la Légion d’honneur. Sur décision du conseil municipal de Nanterre, la rue des Basses-Groues devint la rue des Trois-Fontanot en hommage à Spartaco, Jacques et Nerone.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50686, notice FONTANOT Nerone [dit René] par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 11 juin 2009, dernière modification le 30 mai 2016.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Brochure d'Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Brochure d’Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Nerone est le premier à droite sur le banc.
Nerone Fontanot pendant les grèves de juin 1936
Nerone Fontanot pendant les grèves de juin 1936
Dans un atelier de la rue de la République à Nanterre. Neron est au centre, sans casquette.

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII, dossier 3 et 4 (Notes Thomas Pouty). – Antonio Bechelloni, Les trois Fontanot, Nerone, Spartaco et Jacques, nanterriens, fils d’immigrés italiens, morts pour la France, Société d’histoire de Nanterre, juin 2002. – Hommage aux 130 fusillés de la butte de Biard, brochure réalisée par la FOL de la Vienne en 1985.

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