FLAMENT Pierre, Daniel, Michel

Par Éric Belouet, André Caudron, Roland Lacharpagne

Né le 11 août 1946 à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) ; comptable ; militant jociste de la Seine [Seine-Saint-Denis], permanent de la JOC (1968-1972) ; militant de l’ACO, syndicaliste CGT.

Né en 1946 à Saint-Denis, Pierre Flament est fils de Marcel Flament (ouvrier peintre) et d’Agnès née Burette, tous deux originaires d’Auchy-la-Bassée (Pas-de-Calais), le dernier d’une famille de cinq enfants.

En 1958, Pierre Flament avait douze ans lorsque son père mourut. La famille bascula dans la pauvreté. Sa mère travailla dans des cantines, garda des enfants, fit des ménages. Elle eut recours aux repas gratuits et aux « vestiaires ».
En 1961-1962, il obtint le CAP d’aide comptable et la première partie du brevet commercial à Degeyter. Il alla en seconde au lycée d’Enghien en vue d’obtenir la seconde partie.

En 1963, à dix-sept ans, Pierre Flament entra au cabinet Mallet, rue Mongolfier comme aide-comptable. C’est alors qu’il découvrit la JOC, il participa au rallye européen à Strasbourg en 1964. Il décida alors de faire partie activement de la JOC. Il suivit un stage de formation des responsables en février 1965, aux « Veillées populaires ». Il y connut Monique Loreille qui allait devenir sa femme. Il devint fédéral Jociste.

Au travail, Pierre adhéra à la « CFDT commerce et services » et devint délégué des aides-comptables. Mais il partit au service militaire (classe 65 2b, un an à Frileuse). Il y fit partie de l’aumônerie, et anima une équipe JOC. À son retour de l’armée chez Mallet, Bd de Strasbourg, on lui confia une trentaine de clients puis, la responsabilité de deux autres aides comptables. La JOC lança alors le rassemblement « Paris 67 »  ; Pierre Flament y invita plusieurs jeunes de son cabinet.

En mai 68 la JOC rédigea une fiche : « Comment se situer dans les événements », Première distribution de tracts avec Renée Beaumaire et André Jouin. Il participa le 13 mai à la première manifestation unitaire, puis fut marqué par les manifestations dans le quartier latin. Monique, de son côté, participa à l’occupation de Kremlin à Stains.

En juin 1968, Pierre Flament fut appelé comme permanent pour la JOC et Monique lui annonça qu’elle aussi est appelée comme permanente en JOCF. Ils s’inscrivirent l’un et l’autre à un voyage au Dahomey. C’est là- bas qu’ils se dirent leur amour.

Permanent de septembre 1968 à Juin 1972 pour l’Ile de France avec comme responsabilité particulière le suivi de la Seine-Saint-Denis plus Sarcelles et Versailles. Pierre Flament mit fin à sa relation avec Monique. Mais ils continuèrent à se voir grâce au groupe Afrique. C’est Monique qui força le dialogue et ils se retrouvèrent vraiment en 1971. Monique eut des problèmes de santé et cessa d’être permanente en JOCF.

Le mariage de Pierre et Monique eut lieu à l’église Sainte-Thérèse des Joncherolles à Pierrefitte le 24 juin 1972. Le cortège partait du carrefour du « Barrage » à Saint-Denis avec une foule de jocistes.

En août 1972, Pierre Flament entra chez « Duco » à Stains comme comptable en analytique. En même temps ils participèrent à la ACO avec notamment Huguette Legigan, Lili et Johan Galand.
Le 8 juin 1973 naquit leur fille Cécile.

Chez Duco, fabrication de peintures pour carrosserie et bâtiment, il y avait beaucoup d’immigrés. En octobre 1972, il adhéra à la CGT dont le journal est La voie des industries chimiques. La secrétaire de l’Union locale, nommée Georgette Quibel, était ravie d’accueillir quelqu’un de la JOC.
Il y avait une véritable équipe à Duco, dans laquelle il devint le représentant syndical au CE. Pierre ne voulait pas en être le délégué syndical, estimant que celui-ci devait être de l’usine elle-même. De nombreuses actions étaientmenées : conditions de travail, en particulier des immigrés qui faisaient les plus sales boulots, une action pour « classer les hommes » et non pas les postes.

Pierre Flament fut appelé à la commission exécutive de Stains. Il rejoignit le secrétariat de l’Union locale avec Raymond Parado qui militait à Carrefour, Jean Pierre Comet, José Sanchez, un ex-médecin espagnol qui suivait les immigrés. En 1976 se posa le problème de Union Régionale de chimie, qui voulait se restructurer. Et Pierre Flament se retrouva au secrétariat à l’Union régionale des industries chimiques de l’Ile de France, chargé de la Seine-Saint-Denis et des ingénieurs, cadres et techniciens.

Il y a eu une période de répression de la part de Duco. Une représentante de la direction le surveillait en permanence. Il n’avait pas le droit de répondre au téléphone. Puis, on l’a installé dans un bureau vitré de tous les côtés et chargé d’un travail inintéressant et inutile.
ILl partait en délégation à l’extérieur, il a eu à régler des conflits divers, chez Kodak, à la Plaine-Saint-Denis : il s’agissait d’immigrés réclamant des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail. Le problème était : comment les aider à être solidaires entre ouvriers mais sans devenir ennemis des agents de maîtrise. Finalement ils obtinrent des améliorations de leurs conditions de travail et quelque augmentation de salaire. Ce fut une période riche dans la vie de Pierre, mais il dépassait ses heures de délégation. Pierre Flament fut mis à pied à plusieurs reprises, il a fit l’objet de rappels à l’ordre. Il se rappelle d’un meeting organisé devant l’usine, au cours duquel il a chanté le « Chiffon rouge ».

Un chef comptable, socialiste, lui a adouci la vie en lui confiant des travaux conformes à ses compétences. Du coup il fut amené à se rendre dans les usines pour constater des immobilisations et calculer des amortissements. Ce chef comptable l’invita à prendre des cours : « Vous n’allez pas continuer comme ça ! Si vous faites une demande pour préparer un DECS, (Diplôme d’Études Comptables Supérieures), je la signe ! » Pierre accepta. Une demi-journée par semaine plus des devoirs, ce fut difficile, Il obtint le certificat comptable au bout d’un an. C’est pendant cette période qu’une proposition lui est faite d’aller à la Défense. Il y avait une place au siège du groupe CDF chimie. Une façon de se débarrasser de lui !
Mais Pierre Flament ne souhaitait pas aller à la Défense. Il avait l’impression de trahir Stains et tous les copains. Mais aussi bien en ACO qu’en Union locale ou régionale CGT on lui dit, mais si, tu dois y aller : « Là-bas il n’y a pas de cégétistes et il en faut ! » Il y a eu un pot de départ à Stains avec 300 personnes,
L’arrivée fut, selon ses souvenirs, "horrible". Il quittait un environnement solidaire et organisé qu’il connaissait, pour un désert. Plus de vie sociale, plus de mandat, il lui fallait seulement travailler et suivre ses cours. Dans la tour il n’y avait que deux ou trois syndiqués ! Parfois il fallait distribuer des tracts de l’UL avant de "badger". En réalité à la Défense, un militant CGT n’était pas dangereux. Un jour il fut bouleversé par une conversation, entre deux dirigeants, entendue dans un ascenseur ; l’un relate une grève qui a lieu dans une entreprise et l’autre de répondre : « Black-Out ! » … C’est comme ça qu’on décidait du sort de centaines d’hommes et de femmes, note-t-il.
Il fut sollicité de participer à une commission économique où il représenterait la CGT. Cela lui a permis de prévenir des usines de ce qui se préparait.
Durant cette période, il participa à l’Union locale CGT de la Défense. Il intervenait sans mandat, s’il y avait une grève, il faisait grève, puis retournait manger avec tout le monde. Il est devenu secrétaire et comptable de l’UL.
À la suite du certificat comptable, il prépara le juridique et l’économie. Ainsi en quatre ans il obtint tous les diplômes du DECS. Il y eut un pot qui réunit quelques cégétistes, mais aussi des collègues. Maintenant qu’il était un comptable avec DECS, ils pensaient tous que Pierre Flament allait cesser ses activités syndicales. Ils étaient 7 ou 8 à avoir le DECS. À cause de ce diplôme, ils firent tout fait pour que Pierre rentre dans le rang. Il avait le profil pour être chef comptable d’une filiale, en région parisienne, ou en province. On ne cessa de le lui proposer, mais il refusa toujours.

Pierre Flament obtint alors une belle augmentation de salaire, elle tombait bien car, à la maison, Monique avait des ennuis de santé et aussi Myriam née en 1975. Le couple acheta un appartement à la cité des Moulins Gémeaux. Monique, malade, dut rester à la maison et s’occuper des enfants. Cela ne déplaisait pas à Monique, qui avait rejoint l’Union des femmes françaises et les amicales de locataires CNL. À cette époque, l’ACO ne considérait pas ces organisations comme de véritables organisations ouvrières et donc Monique qui restait à la maison n’était pas reconnue comme engagée. Elle en a souffert et a progressivement abandonné la vie d’équipe de l’ACO. Pierre Flament fut amené à refuser de participer au comité de Secteur ACO pour se consacrer à ses études. Mais il se rendait aux réunions d’équipe ACO et Monique lui demandait comment cela se passait.
Pierre Flament participa aux relais ACO de la Défense. Et peu à peu, il y prit des responsabilités. Les relais étaient considérés comme une sorte d’ « à-côté » de la vie d’équipe en ACO. En ACO, on ne parlait du « travail » qu’à partir de l’engagement syndical, au Relais, c’était l’inverse, on partageait le travail d’abord, et si cela vienanit on parleait des syndicats. Pierre à cette époque, annonce à son équipe de base qu’il la quitte et qu’il continue l’ACO par les relais. Mais il continuait à cotiser par le biais du Secteur 93 Nord. Il devient responsable d’un relais, participe aux rencontres de responsables de relais, et finalement est appelé par Jean Pierre Bourget (aumônier régional) à prendre la responsabilité des Relais d’Ile de France.

C’est une petite révolution dans le monde de l’ACO. Au siège de la CGT à Montreuil existait un relais sans lien organique avec l’ACO : des chrétiens de toute la France, démarche mal vue par l’ACO parce qu’étant tous à la CGT, on pouvait dire qu’il n’y avait pas de « regroupement ». Mais ils vivaient cela très mal. Ils avaient l’impression qu’on avait jeté l’anathème sur eux alors qu’ils croyaient à l’ACO ! Pierre est entré en dialogue avec eux. Au départ il n’y avait que 5 ou 6 relais puis peu à peu 10 ou 15. On appela cela la « coordination des Relais en Ile de France »

Les relais étaient toujours mal vus par les gens des équipes, mais en réalité ils étaient une chance inouïe pour beaucoup. Une idée commença à surgir : pourquoi ne cotiseraient-ils pas à partir des relais ? Il y eut à la rencontre nationale un véritable débat sur les relais. Un stand les représentait, on y présentait la vie au travail très fortement, et cette nouvelle manière d’être missionnaire. Une ouverture de l’ACO se dessinait. Les cotisations pouvaient être reçues en Relais, il y fallait simplement désigner un trésorier. Ce fut une période très forte on y a beaucoup parlé de l’Ouverture de l’ACO, avec deux figures, ou une ACO avec des « engagés » seuls, ou une ACO avec un élargissement (Accueil et identité).

Arriva le moment d’une élection du président national de l’ACO. Deux amis répondent oui à l’appel du mouvement : Xavier Hardy partisan d’une ACO de militants ouvriers était candidat et Pierre au nom de l’ouverture. En fait Pierre a eu plus de voix que Xavier et a été élu alors qu’il ne participait plus à aucune équipe de base mais vivait l’ACO par les Relais.

Co-président national de l’ACO, Pierre Flament continua à travailler à la Défense. Mais en même temps il faut se plonger dans le fonctionnement de l’ACO, des secrétariats, avoir une relation avec les personnes salariées.

Total a fit une OPA hostile sur ELF. Pierre Flament arriva donc chez Total où il existait une petite section syndicale. Il y fut élu comme agent de maîtrise, avec six autres titulaires. Il allait donc dans les réunions de délégués du personnel pour la gestion des œuvres sociales.

Pierre Flament était heureux dans son travail professionnel. Quelques années aux « Petites comptabilités », on lui propose de rejoindre le service de la consolidation. Il fallait être capable de juger tout de suite si une entreprise allait bien ou mal. Il fallait avoir du recul. Grâce à ses compétences il s’y épanouit. Tous les trimestres, il fallait fournir un bilan consolidé. Malgré ses engagements syndicaux, Pierre Flament a toujours tenu à être là dans ces moments de travail intense que sont les moments de la consolidation des comptes : il dit « Toute ma carrière, sauf les moments de répressions, ce que j’avais à faire m’a plu. La comptabilité m’a permis de comprendre, de voir clair. J’ai donc été heureux dans mon travail.
Il s’engagea pour la Paix dans le monde en liaison avec le Mouvement de la paix. Pierre Villard quittant la région parisienne, demanda à Pierre de prendre la responsabilité du Comité de Saint-Denis. En 1993, se posa la question d’une coordination entre les divers comités du Mouvement de la Paix. Pierre appelé à devenir responsable départemental, s’attela à faire travailler ensemble les divers comités. Pierre Flamant participa quatre fois à des délégations en Palestine.
Il fut un membre actif du Front de Gauche.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50690, notice FLAMENT Pierre, Daniel, Michel par Éric Belouet, André Caudron, Roland Lacharpagne , version mise en ligne le 11 juin 2009, dernière modification le 10 décembre 2020.

Par Éric Belouet, André Caudron, Roland Lacharpagne

SOURCES : Arch. JOC (SG), fichier des anciens permanents. — État civil de Saint-Denis. — Note de Pierre Chétif et de Roland Lacharpagne (entretien avec Pierre Flament).

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