GAILLARD Eugène, Martin

Par Michel Dreyfus, Gilles Morin, Patricia Toucas

Né le 26 mars 1879 à Limoges (Haute-Vienne) ; mort le 20 septembre 1963 à Paris (IXe arr.) ; coopérateur, syndicaliste, militant socialiste, secrétaire de la fédération socialiste de la Haute-Vienne (1905-1910) ; administrateur du Populaire (1924-1940) ; administrateur de L’Effort sous l’Occupation ; maire adjoint de Limoges.

Né dans une famille d’ouvriers porcelainiers, Eugène Gaillard quitta l’école communale à l’âge de treize ans, muni du certificat d’études primaires. Après avoir été pendant deux ans employé de commerce, il entra en 1894 dans les bureaux de la coopérative L’Union de Limoges, fondée en 1881. Il y gravit rapidement tous les échelons jusqu’à en devenir le secrétaire général en 1910. Trois ans plus tard, L’Union était la première coopérative du pays avec 10 500 adhérents et 5 374 400 francs de ventes.

Depuis plusieurs années, Eugène Gaillard était responsable du syndicat CGT des employés de commerce de Limoges ; il y présida en 1904 et en 1909 les congrès de la Fédération des Employés. En septembre 1904, il représenta sa Bourse du Travail au VIIIe congrès national de la CGT, tenu à Bourges. C’est comme candidat syndicaliste qu’il fut élu conseiller prud’homme lors de la création de la section commerciale.

Comme beaucoup de militants de sa génération, Eugène Gaillard ne sépara pas l’action politique de la défense des intérêts des salariés par la coopération et le syndicalisme. En 1897, il s’inscrivit au Cercle républicain socialiste créé deux ans plus tôt et qui avait rejoint le Parti ouvrier français (POF). Premier secrétaire de la première Fédération socialiste de la Haute-Vienne, Eugène Gaillard le demeura jusqu’en 1910, date à laquelle il devint secrétaire de L’Union. Il occupait cette fonction en avril 1905, au moment des événements de Limoges, et il fit l’apologie de la violence ouvrière. Il confirma cette position dans une brochure publiée en 1906 (voir bibliographie), mais la fédération, après cet épisode retentissant qui marqua l’histoire ouvrière de la région, devait adopter une attitude nettement plus réformiste, sans théoriser celle-ci. Il représenta sa Fédération aux congrès socialistes nationaux de Chalon-sur-Saône (1905) et de Paris (1910).

Eugène Gaillard fut un des principaux rédacteurs des feuilles socialistes qu’il avait contribué à fonder : La Bataille sociale, hebdomadaire (12 mars 1898) ; L’Avenir, hebdomadaire (2 décembre 1900) dont il fut administrateur ; Le Socialiste du Centre (23 octobre 1902) hebdomadaire puis bihebdomadaire dont il fut secrétaire jusqu’à sa disparition le 10 mai 1908, ainsi que de l’hebdomadaire Le Petit Limousin qui prit la relève le 24 octobre 1909 pour être bihebdomadaire juste un an plus tard. Il fut également fondateur et directeur du quotidien socialiste de Limoges, Le Populaire du Centre, créé en 1905. Sous son impulsion, l’orientation idéologique du quotidien se modifia car il s’efforça de faire pénétrer les idées socialistes par delà la masse ouvrière, vers la petite et moyenne bourgeoisie et vers la paysannerie. Il modernisa l’entreprise, en augmenta le capital comme directeur de l’Imprimerie Nouvelle fondée par Léon Betoulle*. Dans cette période, il siégea à la commission de la presse de 1912 à 1920, au conseil d’administration de l’Humanité de 1915 à 1918. Gaillard fut enfin élu en 1912 conseiller municipal de Limoges et adjoint au maire. Durant la Grande guerre, il approuva les positions pacifistes de la fédération SFIO de la Haute-Vienne, co-signant son manifeste le 15 mai 1915, comme membre de la commission administrative fédérale.

Secrétaire de L’Union coopérative de Limoges depuis 1910, Eugène Gaillard accomplit l’année suivante un voyage d’information en Grande-Bretagne auprès du mouvement coopératif et en 1912, il assista au congrès de l’Union coopérative à Roanne ; il y présenta un rapport sur les problèmes de vie chère. Aussitôt après l’unité coopérative, son rôle s’étendit : dès 1912, il fut secrétaire de l’Union régionale coopérative du Centre-Ouest (Haute-Vienne, Corrèze, Creuse, Dordogne). La même année, il fut élu adjoint au maire de Limoges. N’étant pas mobilisé en 1914, il dirigea, jusqu’en 1923, L’Union des consommateurs de la banlieue-Ouest qui devait bientôt rejoindre l’Union des coopérateurs (UDC) de Paris et La Revendication de Puteaux.

De 1923 à 1928, il se mit en retraite professionnelle du mouvement coopératif pour diriger une entreprise de cartonnage, ce qui ne l’empêcha pas d’être administrateur national de la FNCC, du MDG et de la Banque des coopératives : il y avait accédé au conseil d’administration de cette dernière dès sa constitution et devait y rester jusqu’à sa faillite en 1934. En 1929, Eugène Gaillard fit partie de la délégation coopérative qui, sous la direction d’Ernest Poisson, fit un voyage d’études en Union Soviétique pour y étudier le mouvement coopératif. De 1935 à la Seconde Guerre mondiale, Eugène Gaillard remplit la fonction de commissaire de surveillance des organismes centraux qui avaient été réorganisés à la suite de la faillite de la Banque des coopératives, survenue en 1934.

Eugène Gaillard resta au Parti socialiste SFIO après 1920. En 1926, lorsque la SFIO redevenue une grande force politique relança le Populaire de Paris, elle lança une souscription nationale pour sa réparution comme quotidien et créa une commission composée de Blum, Bracke, Compère-Morel, Paul Faure, Gaillard et Longuet. Il quitta Paris où ses responsabilités coopératives l’avaient retenu pendant quatorze ans en 1928, à l’appel de ses camarades et retrouva le 5 mai 1929 ses postes de conseiller municipal et d’adjoint au maire et fut reconduit à ces fonctions en 1935.

Proche de Paul Faure qu’il avait fréquenté dans le Limousin avant la Grande guerre, Eugène Gaillard organisateur confirmé fut appelé, pour tenir les fonctions d’administrateur des principaux organes de la presse nationale socialiste et de son imprimerie qui connaissaient des difficultés récurrentes. Administrateur du Populaire de 1924 à 1936, il regagna alors Paris où le Parti socialiste en fit, à la place de Jean Lebas devenu ministre du Travail, l’administrateur-délégué de son quotidien Le Populaire de Paris. Il siégea également à la Commission administrative permanente de la SFIO, de 1923 à 1929 puis de nouveau à partir de 1936 (motion P. Faure), jusqu’en 1940). Avec Eugène Château, lui aussi de la Haute-Vienne, et Maurice Paz, il venait renforcer le courant Paulfauriste Il soutint d’ailleurs les positions pacifistes du secrétaire général socialiste à partir de 1937-1938, en opposition avec les proches de Léon Blum. Son épouse fut « mobilisée » comme secrétaire du Comité de secours aux militants, avec René Hug* et Marcelle Pommera* en 1940. Selon Les Documents maçonniques, (n° 9, juin 1943), il appartenait à la Loge, les Artistes réunis, mais semble aussi avoir été membre de la Grande Loge, appartenant à l’« Expansion française » de Paris.

La défaite consommée, Eugène Gaillard fut l’un des premiers à se rallier au régime du maréchal Pétain, puis à la collaboration. Le journal du parti, replié à Clermont-Ferrand, reparut sur les presses de la Montagne durant cinq numéro à la mi-juin, puis s’interrompit devant l’avance allemande. Eugène Gaillard s’efforça de le publier de nouveau le 2 juillet, mais les autorités de Vichy censurèrent le numéro, avant de l’interdire définitivement. Après avoir tenté de maintenir Le Populaire avec l’accord des nouvelles autorités, en en chassant les proches de Léon Blum et les journalistes juifs, Eugène Gaillard en fut le liquidateur. Il utilisa les fonds du quotidien socialiste pour fonder avec Charles Spinasse le journal collaborationniste L’Effort, publié à partir du 4 août 1940, dont il fut administrateur. Il écrivait alors à René Hug : « Il n’y a rien à faire pour reparaître sous l’ancien titre (Le Populaire) mais nous sommes autorisés à paraître à condition que les éléments les plus voyants de l’ancienne équipe du Populaire ne soient pas dans le nouveau journal. » Et il ajoutait qu’un « barrage a été fait contre le maréchal et son entourage », lesquels auraient dû accepter un cabinet moins réactionnaire que celui prévu avec l’entrée du syndicaliste René Belin dans le gouvernement. Selon lui, quatre-vingt-cinq parlementaires socialistes voulaient une tribune pour expliquer leur vote et ils auraient reçu l’assurance de pouvoir présenter un certain nombre de critiques et surtout « de nous défendre quand nous serons attaqués ». Comme d’autres, Eugène Gaillard refusa d’être exclu de la scène politique, voire du pouvoir. Il conserva ses fonctions de conseiller municipal de Limoges, venant de Paris pour assister aux séances. Il les exerça jusqu’à la dissolution du conseil, en mars 1941.

Eugène Gaillard poursuivit à la Libération des activités au côté des amis de Paul Faure durant quelque temps. Il publia une plaquette de défense collective intitulée « Aux socialistes, à tous ceux qui ont assuré le succès du Populaire » en décembre 1944. Il connut quelques moments difficiles, mais il put arguer qu’il avait été arrêté quelque temps par les Allemands, puis finit par retrouver son rôle dans le mouvement coopératif. En 1945, il fut chargé du service des dommages de guerre de la Fédération nationale des coopératives de consommation. Puis, il présida le groupe d’Action coopérative de Saint-Maur.

L’Encyclopédie socialiste… d’Hubert-Rouger et le Grand Dictionnaire socialiste de Compère-Morel comportent la même erreur (1878 au lieu de 1879) sur la date de naissance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50702, notice GAILLARD Eugène, Martin par Michel Dreyfus, Gilles Morin, Patricia Toucas, version mise en ligne le 11 juin 2009, dernière modification le 11 juin 2009.

Par Michel Dreyfus, Gilles Morin, Patricia Toucas

ŒUVRE : Articles dans les premiers organes socialistes de la Haute-Vienne, dans Le Populaire du Centre et Le Populaire de Paris. — Quinze mois de lutte de classe à Limoges, novembre 1904-février 1906, Limoges, 1906, 46 p. — 22-29 avril 1928. Les leçons que tire la Fédération socialiste de la Haute-Vienne des élections législatives, Limoges, 1928. — Entre deux feux : réactionnaires et bolchevistes contre le socialisme, Paris, Librairie du Parti socialiste, 1932. — La Fédération de la Haute-Vienne aux Travailleurs des champs, rapport établi en vue d’un congrès socialiste de propagande rurale. Limoges 1936.

SOURCES : Jean Gaumont, « Ceux qui le méritent bien : Eugène Gaillard (1879) », Le Coopérateur de France, 3 avril 1954. — Notes de Gaston Prache sur le rôle d’Eugène Gaillard dans le mouvement coopérateur. — Dominique Danthieux, Le département rouge, République, socialisme et communisme en Haute-Vienne (1895-1940), Limoges, PULIM, 2005. — Marc Sadoun, Les socialistes sous l’Occupation, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2001, p. 78-82. — Cahiers et revue de l’OURS, n° 138, février 1983. — Notice DBMOF par J. Raymond.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, t. 1, op. cit., p. 546.

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