FORGUES Julien

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

Né le 25 novembre 1888 à Vernet (Haute-Garonne), mort le 28 novembre 1970 à Toulouse ; ouvrier boulanger puis permanent syndical ; secrétaire général de l’UD des syndicats ouvriers confédérés de la Haute-Garonne (1923-1958), délégué régional de la Fédération ouvrière de l’alimentation (1920-1946), membre du Comité confédéral national (1923-1958), conseiller prud’homme ouvrier de 1920 à 1960 (démissionnaire de 1942 à 1946), Membre du Conseil national économique (1936-1940), du Conseil économique (1947-1951), membre fondateur du mouvement Libération Sud et du MOF, membre de l’Assemblée consultative provisoire (1944-1945).

Fils de boulanger, Julien Forgues apprit d’abord le métier de son père. En 1904, à seize ans, il adhéra au syndicat des ouvriers boulangers de Toulouse. Il semble avoir été ensuite proche ou même adhérent de la SFIO. Il participa aux grèves de 1906 et exerça ses premières responsabilités syndicales jusqu’à son départ au service militaire qu’il accomplit en Algérie. À son retour, il reprit son métier et ses activités syndicales au sein de la Bourse du travail de Toulouse et de l’Union des syndicats de Haute-Garonne. Il fut pacifiste et un fervent admirateur de Jean Jaurès.

Forgues était en 1914, délégué à l’Union départementale du syndicat CGT et secrétaire du syndicat des ouvriers boulangers de Toulouse, groupant douze membres (voir Bouissou*). Était-il favorable au syndicalisme révolutionnaire ? Nous n’avons qu’une seule indication : commentant un de ses discours, La Voix des Travailleurs du 5 septembre 1926 faisait allusion à son passé : « Forgues a tenu, sans aucun doute, à prouver qu’il n’avait pas totalement oublié les leçons d’action directe du vieux syndicalisme. »

Mobilisé dans l’Infanterie en 1914, il défendit ses idées, resta lié comme il le pouvait au mouvement syndical et continua de lire l’Humanité, tout en faisant son devoir de soldat. Démobilisé en 1919, il reprit son métier de boulanger, devint secrétaire de son syndicat et entra au conseil d’administration de l’Union des syndicats de Haute-Garonne. Il participa aux grèves de 1919-1920, vécut douloureusement la scission syndicale et choisit les rangs de la CGT confédérée.

En 1920, il fut élu conseiller prud’homme, fonction qu’il devait exercer durant quarante ans, à l’exception des années 1940-1944 en raison de son refus du régime de Vichy. Devenu secrétaire général de l’Union départementale CGT en 1923, il fit aussi tout son possible pour que cette structure aide les émigrés italiens antifascistes, fort nombreux à Toulouse et dans la région.

Forgues eut un rôle important dans le mouvement ouvrier toulousain comme administrateur de la Bourse du Travail et secrétaire du syndicat local de l’Alimentation, fort de 654 adhérents en 1922 (Arch. Nat. F7/12986). En mai 1920, il proposa, sans succès, la grève générale des travailleurs de Toulouse (réunion de l’UD, 4 mai). Lors de la scission syndicale de décembre 1921, il resta avec la grande majorité des militants de Haute-Garonne à la CGT et assura la fonction de délégué départemental à la propagande. Il siégea au comité provisoire de l’Alimentation après l’adhésion de sa Fédération à la CGTU en décembre 1921, puis devint délégué titulaire de la 4e région, fonction qu’il assura en 1933 et 1935.

En février 1923, Marty-Rollan*, secrétaire général de l’UD depuis 1906, fut nommé à des responsabilités nationales et Julien Forgues lui succéda. Sous son impulsion les effectifs passèrent de 8 000 à 14 000 en 1929, puis retombèrent ; début 1936, CGT plus CGTU ne réunissaient que 12 000 adhérents. L’hégémonie locale des confédérés lui permettait de refuser tout contact avec les organisations unitaires qualifiées de « syndicats politiques » et exclus de la Bourse du Travail depuis mars 1922.

Forgues rappelait volontiers la nécessité de la lutte revendicative : « les travailleurs doivent savoir qu’ils n’obtiendront jamais que ce qu’ils sont capables d’arracher eux-mêmes. Ils ne doivent faire qu’une confiance limitée au Parlement » (meeting avec Jouhaux, septembre 1926). Cependant un rapport de police du 13 mai 1929 affirmait : « Forgues s’emploie toujours de son mieux à éviter les mouvements de grèves car il estime que la grève est une arme à deux tranchants et ne rapporte rien aux ouvriers » (Arch. Nat. F7/12986).

Au congrès de fusion des Unions départementales CGT et CGTU, le 5 janvier 1936, les anciens confédérés disposèrent d’une large majorité et Forgues fut élu secrétaire général. À ce titre, il prononça le discours d’ouverture du congrès national d’unification réuni à Toulouse du 2 au 5 mars 1936. A. Delmas l’a qualifié de « bonhomme rusé, dévoué corps et âme à Jouhaux » cf. p. 265.

Les grèves du printemps et de l’été donnèrent une ampleur sans précédent au mouvement syndical en Haute-Garonne et, en un an, les effectifs de l’UD triplèrent (de 12 000 à 40 000 adhérents) et le nombre de syndicats passa de 84 à 153. L’autorité de Forgues se renforça en 1937 et les communistes se trouvèrent écartés de toute responsabilité.

Julien Forgues s’opposa aux accords de Munich. Après la défaite, il participa le 26 août 1940 à une réunion clandestine de militants de la zone Sud à Sète en présence de Léon Jouhaux et Georges Buisson. Étaient également présents Marius Vivier-Merle*, Robert Bothereau* et Louis Saillant*. Les perspectives d’une « communauté de travail » qu’avait défendu depuis quelques mois la CGT furent abandonnées et il fut décidé que l’’opposition au régime de Vichy se situerait sur un plan strictement syndical : cette position n’excluait pas cependant une « politique de présence » dans les organismes nouveaux que, dès cette époque, le nouveau pouvoir envisageait de mettre en place. Forgues reconstitua une Union départementale CGT clandestine. En 1944, des syndicats illégaux s’organisèrent dans la plupart des grandes entreprises toulousaines.

Membre de l’Assemblée nationale consultative au titre de la CGT, à la Libération, Julien Forgues participa à la création de la Fédération syndicale mondiale et siégea à son conseil général. Celui que Pierre Monatte avait qualifié d’« ombre de Jouhaux » (La Lutte syndicale, p. 293) resta cependant à la CGT lors de la création de Force ouvrière en décembre 1947.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50708, notice FORGUES Julien par Michel Dreyfus, Claude Pennetier, version mise en ligne le 11 juin 2009, dernière modification le 2 septembre 2014.

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/12986, F7/13602. — Le Midi socialiste, 1919-1937. — La Voix des Travailleurs, 1926-1938. — L’Humanité, 1er décembre 1970. — Michel Goubert, « La Résistance toulousaine », Revue d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, juillet 1975. — Pierre Monatte*, La Lutte syndicale, p. 293. — Comptes rendus des XVe et XVIe congrès de la Fédération de l’Alimentation, Paris, 24-25 septembre 1933 et 22-23 septembre 1935. — D. Porté, Marcel Thourel, thèse 3e cycle, op. cit. — A. Delmas, Mémoires d’un instituteur syndicaliste, Paris, 1979. — Alya Aglan, La Résitance sacrifiée. Le mouvement de Libération Nord, Flammarion, 1999. — Le Peuple, n° 860, 1-15 janvier 1971. — Dominique Andolfatto, Le personnel dirigeant de la CGT (1944-1996), Grenoble, CERAT, 1996, p. 115-116. — « Le cas Forgues », Au travail, n° 49, 15 novembre 1941 et 55, 10 janvier 1942. — Michel Dreyfus, « Syndicats, nous voilà ! Le syndicalisme vichyssois à travers un journal : Au travail », Vichy 1940-1944. Archives de guerre d’Angelo Tasca, sous la direction de Denis Peschanski, Paris/Milan CNRS/Editions Feltrinelli, 1986, p. 102.

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