MALAFOSSE Pierre, Paul, Marie

Par Oivier Dedieu

Né le 29 octobre 1913 à Béziers (Hérault), mort le 21 mai 1993 à Vias (Hérault) ; avocat, propriétaire viticole et négociant, gestionnaire de camping ; résistant de l’Hérault et de la Haute-Garonne, dirigeant du mouvement Combat à Béziers, agent local (Béziers) du réseau Brutus, responsable régional du réseau Brutus pour la R 4 ; membre de l’Assemblée consultative ; militant socialiste de l’Hérault.

L’engagement de Pierre Malafosse fut d’abord celui d’une tradition familiale républicaine. Son arrière grand-père, Joseph-Pierre Malafosse (1816-1892), petit propriétaire et décurion d’une société secrète fut déporté en Algérie à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851. Élargi, il fut indemnisé par la IIIe République. Son grand-oncle, Armand, fut lui maire de Vias, son grand-père, Aristide, fut également un édile municipal. Son père ne sembla pas avoir eu, pour sa part, d’engagement politique. En pleine ascension sociale, il devint un négociant en vins prospère jusqu’à son décès accidentel en 1922. De fait, Pierre Malafosse fut élevé par sa mère et ses grands-parents. Élève dans une institution religieuse, il fit ensuite son droit à Montpellier où il passa la première partie de sa licence en 1931 puis à Paris où il obtint son doctorat en droit. Revenu à Béziers, il aurait été membre, un temps, des Jeunesses socialistes selon certains témoignages. Il s’inscrivit au barreau de Béziers et ouvrit un cabinet d’avocat tout en aidant sa mère à la gestion de son commerce de négoce et de leur propriété. Il se maria le 28 juillet 1933 à Lespignan, avec Mauricette Liotier dont il divorça en 1961.

Dans les années 1930, il s’engagea plus activement dans la mouvance républicaine. Il devient secrétaire de la section Béziers-Saint-Pons des officiers de réserve républicains (1936-1939) à la demande d’un de ses confrères, l’avocat René Blanc du Collet, membre de la SFIO. Il apparut aussi, en 1938 comme trésorier du Sou des écoles laïques de Béziers. Son activité professionnelle fut aussi caractéristique de ses choix politiques. En 1939, il fut avocat de la société du comité de solidarité internationale (fonds de secours de l’AIT). Il fut par ailleurs connu pour avoir défendu des militants cégétistes et communistes.

En 1939, Pierre Malafosse fut mobilisé comme lieutenant d’artillerie de Montagne dans le 56e régiment d’artillerie motorisée. Volontaire pour Narvick, il partit à Glasgow où il arriva trop tardivement pour participer à cette expédition. Revenu dans les Alpes, il fut démobilisé après l’armistice et rejoint sa ville natale. Quelque temps plus tard, il fut recruté dans la Résistance par son confrère marseillais André Boyer, leurs épouses étant amies. En août ou octobre 1940 (les témoignages varient), Gaston Defferre* rencontra Malafosse par l’entremise de Boyer pour passer en Angleterre, ce qui ne fut pas possible. Il resta donc dans un premier temps à Béziers où il devint tout à la fois agent local de Brutus mais aussi l’un des premiers membres de Combat fondé en octobre 1940 dans la ville par le socialiste André Robert*. Rapidement, Pierre Malafosse (pseudo : Malin) s’imposa comme le leader de ce mouvement, majoritairement composé de socialistes. Il recruta son condisciple de faculté Joseph Lanet* dont il fit son bras droit. Début 1943, il dut quitter Béziers, recherché par la Gestapo. Il devint responsable régional de Brutus (pseudo : Moreno) en R4 (région de Toulouse). Arrêté, il fut libéré par un commando de faux gendarmes constitué des dirigeants de ce réseau (A. Boyer, G. Defferre). Il rejoignit Londres en septembre 1943 et adhéra au Groupe Jean Jaurès sous le pseudonyme de Pierre Maurries. Il aurait aussi occupé des fonctions au BCRA. À Alger, il devint membre de l’Assemblée consultative et sièga avec le groupe socialiste. Il devint par ailleurs chef de cabinet d’ André Le Trocquer, ministre de la Guerre.

Parachuté dans les Hautes-Pyrénées le 10 juillet 1944, Pierre Malafosse rejoignit Béziers pour assurer la présidence du Comité local de Libération (CLL) de la ville, conformément aux accords antérieurs entre dirigeants locaux du MLN. Sous sa présidence, la politique du CLL fut essentiellement axée autour de trois thématiques : le ravitaillement, le maintien de l’ordre et l’épuration, et enfin une opération d’envergure, la destruction du quartier Saint-Jacques près de la cathédrale. Néanmoins, la reconstitution des administrations déconcentrées canalisa l’action municipale. Il fut d’abord mis fin au système d’amendes infligées aux entreprises ayant collaboré économiquement avec l’occupant. Par ailleurs, mis devant le fait accompli, l’administration tenta de régulariser l’opération de réhabilitation du quartier Saint-Jacques. La deuxième caractéristique de cette période fut la situation conflictuelle entre communistes et socialistes. Très tôt, le CLL tenta de canaliser certaines initiatives des FFI puis milices patriotiques. Il dut même demander un arbitrage préfectoral pour asseoir son autorité en matière de lutte contre la collaboration. Rapidement, notamment après l’entrée dans le CLL du leader communiste Joseph Lazare, le conflit entre communistes et l’alliance SFIO-MLN se durcit. Le 20 novembre 1944, le Midi Libre publia un article de Gilbert de Chambrun* qui attaqua (sans le nommer) Pierre Malafosse. Il lui reprochait la participation de sa mère dans une société de bâtiment, la SARL Société française du bâtiment, qui avait participé aux travaux de fortification de la côte pour le compte des allemands. Incidemment, il lui fut reproché d’avoir utilisé sa mère comme prête-nom, d’avoir défendu l’un des associés de cette société, Georges Mas et enfin d’avoir, par sa politique de démolition, fait travailler cette SARL. Devant ces attaques, les communistes demandèrent à Malafosse de démissionner de la présidence du CLL pour se défendre. À une voix de majorité, il fut mis en minorité le 24 novembre, et démissionna, suivi des membres du MLN et de la SFIO. Malgré les efforts du préfet qui souhaitait nommer Lucien Lajous (SFIO) pour lui succéder, les deux organisations maintinrent leurs positions et leur soutien à Malafosse. Ce dernier attaqua alors l’auteur de l’article et le journal en diffamation, avec le soutien de ses deux avocats, membres comme lui de l’assemblée consultative, Gaston Defferre et Le Trocquer*. Le 30 janvier 1945, le tribunal se déclara incompétent au motif que Gilbert de Chambrun était militaire. Malafosse attaqua alors le seul journal et obtint la condamnation de Jacques Bellon pour diffamation. Quoique blanchi, sa carrière politique locale en subit un contrecoup important. Il fut exclu par la direction régionale du MLN (proche du PC) le 1er décembre 1944. La section socialiste attendit les suites judiciaires avant de l’admettre dans ses rangs et ce n’est qu’en janvier 1946 qu’il adhéra à la SFIO. Il n’y milita pas.

Suite à cette affaire, Pierre Malafosse quitta en 1945 la ville pour s’installer à Paris. Il participa, comme nombre de résistants, à l’aventure de la presse écrite, devenant directeur général et actionnaire du journal Bref (1945-1946). Dans le même temps, il contribua à la fondation du Provençal dont il fut aussi actionnaire. Proche de Le Trocquer et de Gaston Defferre, il obtint le poste de directeur du service des boissons. Néanmoins, le ministre communiste du ravitaillement, Yves Farge mit fin à ses fonctions le 28 juin 1946, lui reprochant des fraudes dans son service. Ce qui devint le scandale des vins mit fin à sa situation parisienne, malgré le jugement du 23 mai 1947 qui démontra l’absence de fraude.

De retour à Béziers, Pierre Malafosse acheta une propriété à Vias et continua un temps le négoce du vin. Il n’eut plus alors d’activité politique publique. Impliqué avec d’autres propriétaires dans une affaire de sucrage de vins, il finit par abandonner le secteur viticole. Dans les années 1960, il créa un camping naturiste au Cap d’Agde, anticipant le développement du tourisme balnéaire initié par la mission Racine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50716, notice MALAFOSSE Pierre, Paul, Marie par Oivier Dedieu, version mise en ligne le 14 juin 2009, dernière modification le 13 septembre 2021.

Par Oivier Dedieu

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 12 W 732, 733 et 737, 137 W 34, 356 W 156, 406 W 215. — Archives de l’OURS, Dossier Hérault, correspondance fédérale. — Compte rendu des réunions du groupe Jean Jaurès. — Archives IHTP : 72 AJ 47 (témoignage Gaston Defferre). — Archives Daniel Mayer* : 1 MA 7-6 (témoignage Gaston Defferre). — Archives Pierre Malafosse. — Jean-Auguste Bailly, La libération confisquée, le Languedoc 1944-45, Paris, Albin Michel, 1993, pp. 122, 208, 354, 359. — H.R. Kedward, Naissance de la résistance dans la France de Vichy, Paris, Champ Vallon, 1989. — Joseph Lanet, Mémoires, ronéo. — Claude Mazet, Chronique de jours singuliers, 1995, ronéo. — D. Mayer, Les socialistes dans la Résistance, Paris, PUF, p. 123. — H. Noguères, Histoire de la résistance, Tome 3, Paris, Robert Laffont, 1972, pp. 103, 538, 539. — Recueil des délibérations du comité de libération de Béziers, sd, ronéo. — Pierre Sudreau, Au-delà de toutes les frontières, Paris, Odile Jacob, 1991. — Entretiens avec Jean Broudet, René Lucille, Jacques Malafosse, Docteur Simorre. — État civil.

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