FOURNIER Raymond. Pseudonyme dans la clandestinité : Commandant Charles

Par Hélène Chaubin

Né le 23 janvier 1920 à Belmont-sur-Rance (Aveyron) ; mort le 3 juillet 1993 à Rodès (Pyrénées-Orientales) des suites d’un accident d’automobile ; instituteur puis PECG ; membre du Parti communiste ; responsable régional aux maquis de la région D2 (FTPF) ; officier FFI au 81e RI en 1944 ; militant syndical (SNI) dans l’Aveyron, le Calvados et les Pyrénées-Orientales.

En novembre 1941, Raymond Fournier, jeune instituteur à Millau (Aveyron), entra en contact avec le mouvement Libération. Pendant l’année scolaire 1941-1942, il rencontra aussi Arthur Giovoni, professeur communiste muté d’office de Bastia à Rodez, qui devint l’un des chefs de la Résistance corse. Par l’intermédiaire de son collègue Gleye, en août 1942, il eut un autre contact avec le mouvement Combat. Il était connu dans les milieux de la Résistance pour son hostilité au régime de Vichy et à la politique de collaboration. Il enseignait au cours complémentaire de jeunes filles quand il fut requis le 4 mai 1943 par le STO. Prévenu et aidé par sa directrice (qui était elle-même membre de Combat) et par un inspecteur, il se cacha d’abord à Requista puis à Lestrade-et-le-Thouet. Il fut alors révoqué.

En décembre 1943, il rejoignit le Front national et son pseudonyme fut « commandant Charles ». Il avait pour missions l’organisation des FUJP du Tarn et de l’Aveyron et la contribution à la création d’un journal clandestin, L’Espoir. À sa demande, en avril 1944, il passa à l’organisation militaire du Front national. Nommé responsable régional aux maquis, il fut chargé d’établir un plan qu’il dénomma «  de chaîne », pour l’implantation de petites structures maquisardes qui allaient de la Montagne noire à l’Aubrac. Il intervint directement en mai dans la création du maquis des Bessades près de Nayrac (4202e Compagnie des FTPF) et du maquis de Martrin. En juillet, de concert avec le lieutenant alsacien Mein qu’il rencontra à Saint-Affrique (Aveyron), il constitua un maquis d’une vingtaine d’Alsaciens à 2 kilomètres de Saint-Pons (Hérault). Ces hommes combattirent plus tard sur le Rhin avec le 81e RI. De plus, Raymond Fournier prit contact à Espalion (Aveyron) avec deux instituteurs : Charbonnier, et Mazenq, secrétaire de mairie à Nayrac (Aveyron). Grâce à eux, la Résistance put disposer de fausses cartes d’identité. Au début du mois d’août, les FFI de l’Aveyron comptaient environ 6 000 hommes. Fournier était présent le 14 août à une réunion constitutive qu’organisa Gilbert de Chambrun à Saint-Georges-de-Luzençon (Aveyron), entre Millau et Saint-Affrique, pour former un état-major départemental : le « commandant Charles » devint, avec le commandant Puget de l’ORA, l’adjoint du commandant Richard pour le département. La BBC émit le 14 août l’ordre d’exécution des Plans vert, bleu et violet. Mais les sabotages avaient déjà commencé. Fournier obtint que le premier parachutage attendu, celui du 17 août, fût destiné aux FTPF. Selon l’organigramme des FTPF zone Sud Aveyron, le commandement revint au colonel Devillers dont le PC était à Tournemire (Aveyron) ; Raymond Fournier fut alors l’officier de liaison responsable régional aux maquis. Les colonnes allemandes furent harcelées. Avant de quitter Rodez le 17 août, les Allemands exécutèrent trente personnes sur la butte de tir de Sainte-Radegonde (Aveyron). Millau fut libéré le 22.

À Montpellier, Gilbert de Chambrun disposait, à la fin de 1944, de 500 Aveyronnais prêts au combat sous les ordres du commandant Fournier pour renforcer le 81e RI. Le 25 décembre, ils quittèrent Montpellier. Fournier commandait le IIIe bataillon du 81e RI qui franchit le Rhin avec les hommes du 81e RI le 4 avril et atteignit Karlsruhe le lendemain, puis Fribourg. Après un mois de violents combats, ils parvinrent au lac de Constance.

À son retour Raymond Fournier demanda sa réintégration professionnelle et rencontra des difficultés liées à la disparition de son dossier. Aussi ne fut-il pas nommé dans l’Aveyron mais dans le Calvados, à Orbec puis à Caen avant d’obtenir un poste dans les Pyrénées-Orientales, à Ille-sur-Têt au collège Pierre-Fouché où il occupa, plusieurs années avant son départ à la retraite, un poste de PEGC de Lettres-Histoire.

Raymond Fournier fut un actif militant du SNI. Délégué de la section départementale du SNI de l’Aveyron, il intervint dans la séance de l’après-midi du 24 juillet 1946 au congrès national de Grenoble du syndicat. Il évoqua le rôle de l’école dans la Résistance qui devrait se prolonger par une attitude combative. Il fut à deux reprises l’élu du SNI à la CAPD des Pyrénées-Orientales (6 avril 1965, 4 mars 1970).

Dans les années 1970, avant son départ à la retraite qu’il prit dans les Pyrénées-Orientales, à Rodès, Raymond Fournier était toujours un militant du PCF. Il fut , dans les années 1970-1980 président départemental de l’ANACR des Pyrénées-Orientales. En 1982, il donna un entretien à l’historien britannique Harry Kedward qui le publia intégralement dans son livre À la recherche du maquis (1999). Il mourut trois jours après un accident d’automobile.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50735, notice FOURNIER Raymond. Pseudonyme dans la clandestinité : Commandant Charles par Hélène Chaubin, version mise en ligne le 19 juin 2009, dernière modification le 14 novembre 2020.

Par Hélène Chaubin

SOURCES : Arch. privées André Balent, notes communiquées par Michel Ribera (juillet 1984) à partir des archives de la section du SNI, consultées à la même date par André Balent. — Christian Font, Henri Moizet, Maquis et combats en Aveyron, chronologie 1939-1944, CDDP Rodez, 1995, 253 p ; L’Aveyron et les Aveyronnais dans la 2° guerre mondiale, CDDP Rodez, 1996. ; Construire l’histoire de la Résistance, Aveyron 1944, CDDP Rodez, 1997, 341 p. — H. R. Kedward, À la recherche du maquis, Paris, Éditions du Cerf, 1999, 473 p. [entretien avec R. Fournier, pp. 355-358]. — Actes du Colloque de Saint- Affrique, octobre 1993, Résistance en Rouergue, 1994. — Actes du Colloque de Rodez, mars 1995, L’Aveyron 1939-1945, ANACR Rodez, 1995, 179 p. — Actes du colloque de Millau, octobre 1998, De la Libération de l’Aveyron à la Libération de la France, Rodez, CDDP, 1998. — Gilbert de Chambrun, Journal d’un militaire d’occasion, Les presses du Languedoc, Montpellier, 2000. — L’École libératrice, 15 septembre 1946. — Notes d’André Balent et de Jacques Girault.

ŒUVRE : La fin du Geste, éd. Jeanne Saintier, 1947 . — Terre de combat, Maury imprimeur, Millau, 1973, 349 p. (Réédition ANACR Tarn-Aveyron, 1999).

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