DUPONT Marius [DUPONT Auguste, Marius]

Par Jacques Girault, Jean Maitron et Claude Pennetier

Né le 5 février 1857 à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), mort le 26 avril 1940 à Noailles (Tarn) ; professeur à l’École des sourds et muets ; président de la commission nationale des conflits du Parti communiste ; trésorier de la Fédération communiste de la Seine ; retiré dans le Tarn.

Avant-guerre : présence de la cellule Marius Dupont, section des Sourds-Muets, dans une manifestation.
Avant-guerre : présence de la cellule Marius Dupont, section des Sourds-Muets, dans une manifestation.
Collection Maryse Bezagu

Marius Dupont était issu d’une famille originaire de Figeac (Lot) : son père Firmin, né en 1821 était dentiste, sa mère Virginie Laperruque, née vers 1831, n’avait pas de profession. Il naquit à Villefranche-de-Rouergue où ses parents étaient de passage mais n’y garda aucune attache. On ne connaît les activités militantes de Dupont avant 1919 que par cette déclaration faite au congrès communiste national de Lille, le 25 juin 1926 : « Je suis probablement le seul membre de cette assemblée qui a vécu les heures douloureuses de 1871, et lorsque je revois nos vieux camarades amis, les combattants d’alors, ils me disent que leur suprême espérance c’est de revoir un jour cette Commune qu’ils ont vue une fois et qu’ils espèrent revoir avant de s’en aller. Je suis probablement un des rares de l’assemblée qui ait assisté, avec mon vieil ami Rappoport, à une vingtaine de congrès du Parti. » (compte rendu sténographique, p. 503) Cependant son nom n’apparaît pas dans les comptes rendus des congrès d’avant la Première guerre mondiale. Sa profession de professeur à l’École des sourds et muets (254, rue Saint-Jacques à Paris) l’obligeait peut-être à utiliser un pseudonyme. Il fut secrétaire de la section socialiste de Sceaux (Seine).

Installé à Bourg-la-Reine vers 1914, Marius Dupont dirigea la liste socialiste unifiée aux élections municipales du 30 novembre 1919 et fut candidat socialiste au conseil général dans le canton de Sceaux le 23 novembre (2 645 voix). Âgé de soixante-deux ans, il était vraisemblablement retraité. Dupont siégeait à la commission exécutive de la Fédération socialiste de la Seine en 1919 et 1920. Ancien membre du Comité pour la reconstruction de l’Internationale, il signa la résolution Cachin*-Frossard* pour le congrès de Tours (décembre 1920) où il représentait sa Fédération. Le congrès le désigna, le 30 décembre 1920, comme membre de la commission des conflits du nouveau parti adhérent à la IIIe Internationale, fonction qui lui fut renouvelée en 1921, 1923 et 1924. Son nom figurait sur la liste des membres du conseil fédéral communiste de la Seine en 1921 et 1922. Ayant pris sa retraite en 1922, il fut trésorier de la Fédération, il appartint au conseil d’études qui dirigeait l’École de propagandiste de la Seine en 1921 et, assura des cours à l’école léniniste fédérale de la Seine en décembre 1924-janvier 1925 (sur « la situation internationale », sur le « Bloc des gauches et le fascisme », sur « la conquête des masses »).

Au congrès national de Lyon (janvier 1924), il présenta, comme président de la commission nationale des conflits, un rapport où il indiquait notamment qu’en 1923 cette commission s’était peu réunie en raison de sa maladie. Les délégués le réélurent à la commission des conflits. Il présenta également le rapport de la commission de vérification des mandats, le 21 janvier 1924, et intervint le lendemain à la suite du rapport de Dormans sur les groupes d’enfants. Au congrès national de Clichy, il présenta, le 22 janvier 1925, le rapport de la commission des conflits et fut désigné comme membre de la commission nationale de contrôle politique. Signe de sa popularité croissante, l’Humanité du 23 janvier publia sa photographie : le vieux militant portait une grande barbe blanche. Le texte précisait que son passage à la tribune avait été « accueilli par une ovation ». En juin 1926 ce fut le dessinateur Cabrol qui donna un croquis de « Papa Dupont ». Symbole de la liaison entre les révolutionnaires de la fin du XIXe siècle et la Jeunesse communiste des années 1920, il était aussi un politique averti qui, comme le notait Albert Vassart* dans ses mémoires, sous une « apparence bonasse » faisait preuve d’une « finesse remarquable ».

Toujours spécialisé dans les problèmes financiers, Dupont participa à l’Assemblée générale constitutive de la Banque ouvrière et paysanne, le 26 juin 1926 et présida la commission administrative jusqu’en septembre 1929. Le conseil le remplaça par Garchery et le nomma président honoraire. Il siégeait au conseil d’administration de l’Humanité. Sans être membre du Comité central du Parti communiste en 1929 et 1931, comme l’affirme à tort un rapport de police de janvier 1935 (Arch. PPo. Ba/1715), il restait président de la commission de contrôle. Le VIIIe congrès national l’élut président de la commission de contrôle financier dont Clamamus assurait le secrétariat. Il fut en 1936 membre du conseil d’administration de l’Humanité et que son nom figurait encore sur la liste de la commission de contrôle financier au congrès d’Arles en 1937.

Marius Dupont resta un militant actif de Bourg-la-Reine. Après le congrès de Tours la majorité des militants socialistes locaux avaient rejoint le Parti communiste. L’Humanité du 17 janvier 1921 annonçait « deux dissidents sur cinquante. Plusieurs longuettistes se sont inclinés ». Le nombre de cartes placées fut de cent quarante en 1921. Dupont conduisit la liste communiste aux élections municipales du 5 mai 1935. Les candidats recueillirent, selon l’Humanité, 268 voix de moyenne sur 1 948 suffrages exprimés.

Il était en 1935, chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Instruction publique.

Retiré à Noailles (Tarn), il eut de l’influence sur Roger Garaudy, jeune professeur de philosophie au lycée d’Albi (Tarn) et lui fit connaître Maurice Thorez.

Il mourut en avril 1940 à Noailles. Il s’était marié le 7 décembre 1925 à Bourg-la-Reine (Seine) avec Marguerite Bonnoront. Veuf en 1936, Marius Dupont n’avait pas d’enfants.

Sa maison resta, en l’état, dans la famille de sa gouvernante. Le descendant, un universitaire, conserve encore, en 2011, son bureau et sa bibliothèque avec quelques documents écrits de sa main.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50752, notice DUPONT Marius [DUPONT Auguste, Marius] par Jacques Girault, Jean Maitron et Claude Pennetier, version mise en ligne le 27 juin 2009, dernière modification le 5 janvier 2021.

Par Jacques Girault, Jean Maitron et Claude Pennetier

Avant-guerre : présence de la cellule Marius Dupont, section des Sourds-Muets, dans une manifestation.
Avant-guerre : présence de la cellule Marius Dupont, section des Sourds-Muets, dans une manifestation.
Collection Maryse Bezagu

SOURCES : Arch. Nat. F7/13090, F7/13092. — Arch. PPo., Ba/1715, janvier 1935 et Cabinet du préfet, dossier 89. — Arch. Dép. Seine, Versement 10451/76/1. — I.M.Th., bobines 59, 75, 139. — L’Internationale, 1er octobre 1921. — L’Humanité, 20 novembre 1919, 25 novembre 1919, 16 et 17 janvier 1920, 13 avril 1920, 23 janvier 1925, 24 juin 1926 et 7 mai 1935. — A. Vassart, Mémoires, op. cit. — D. Tartakowsky, thèse, op. cit. — Fédération communiste de la Seine, congrès fédéral trimestriel, 23 avril 1922. — Comptes rendus des congrès nationaux. — État civil de Villefranche-de-Rouergue. — Bulletin de décès communiqué par la mairie de Noailles le 8 juillet 1982. — Témoignage de Claude Pourcel.

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