GONZALES Gabriel

Par René Gallissot, Fouad Soufi

Né le 6 juillet 1900 à Aïn Allem (Algérie), mort le 1er décembre 1988 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; secrétaire du syndicat CGT des mines de Beni-Saf près d’Oran en 1930, militant socialiste ; maire de Beni-Saf (1930-1941, 1945-1958), délégué à l’Assemblée algérienne (1945-1956).

Quand naquit Gabriel Gonzalès à Aïn Allem près du petit port de Beni-Saf à l’ouest d’Oran, son père y exploitait depuis quatre ans, un petit lot de terres coloniales ; la famille compta dix enfants. Les parents étaient des immigrants arrivés en 1875 de la province espagnole d’Alméria Le père fit la cueillette de l’alfa sur les hautes plaines oranaises, puis fut ouvrier agricole d’un caïd algérien, propriétaire protégé et doté par l’administration coloniale. À son compte ensuite, ayant pu acheter une charrette et un attelage, il fit le petit transporteur dans la région de Tassin. C’est donc son rêve de redevenir un paysan indépendant sur sa propriété, qu’il réalisa en 1896 sur son lopin colonial d’Aïn Allem. Criblé de dettes, il dut le vendre en 1913. Il se replia alors sur un petit terrain à Beni-Saf qu’il loua à la Compagnie Mokhta-el-Hadid, qui détint amplement des terres coloniales et exploita les mines de fer voisines. Il jardina et vendit ses légumes. Il mourut en avril 1930, à soixante-quinze ans, et fut enterré civilement au cimetière de Beni-Saf.

Selon la loi française, fils d’immigrant « européen », Gabriel Gonzalès devint français, Français d’Algérie donc, d’autant qu’il fut passé par l’École primaire française. Il obtint le certificat d’études primaires à treize ans. À quinze ans, il entra à la mine de la Compagnie Mokhta-el-Hadid comme manœuvre, parlant couramment l’arabe des travailleurs, Au bénéfice encore rare de son instruction, il fut employé ensuite dans les bureaux, aide-géomètre puis aide comptable. Après son service militaire qu’il effectua comme radio-télégraphiste, il tenta bien d’obtenir un lot de terre coloniale pour revenir à l’agriculture ; après deux tentatives infructueuses, il fit retour à la Compagnie Mokhta-el Hadid où il fut employé cette fois comme électricien.

« Conquis par le socialisme » dit-il, il s’engagea en 1928 dans l’action syndicale à la CGT et politiquement à la SFIO. Face à l’activisme de la CGTU sous impulsion communiste, il participa à la fondation du syndicat CGT des mineurs dont il fut secrétaire en 1930 et qui compta peut-être jusqu’à 1600 adhérents. En 1929, il était devenu délégué à la propagande de l’Union départementale CGT d’Oran ; il assista au conseil national de la Fédération CGT du sous-sol qui se tint à Marseille ; il plaida pour l’extension à l’Algérie des lois sociales métropolitaines. Au reste, son action auprès de la compagnie minière et à Beni-Saf, fut essentiellement sociale : application de la loi de 8 heures, relèvement des salaires, construction de logements ouvriers. A la suite d’une altercation avec un petit responsable de la Compagnie Mokhta-el-Hadid, il subit une mise à pied.

Il fut candidat aux élections municipales de 1929 sur la liste SFIO qui l’emporta. Si Beni-Saf devint peut-être la première mairie socialiste d’Algérie, il n’était pas le premier maire ; celui-ci fut l’instituteur Vignaux*, en disponibilité pendant une année, puis sommé par l’Inspection académique de rejoindre un poste éloigné, précisément pour l’écarter de la mairie. Gabriel Gonzalès lui succéda alors en 1930 pour être longuement maire de Beni Saf. En 1937, il se présenta sans succès aux élections cantonales à titre indigène, ce qui était possible pour les « Européens ». Un arrêté du 15 mars 1941 le déclara « démissionnaire d’office » ; le régime de Vichy le renvoya donc de la mairie.

Après 1945, à nouveau maire de Beni-Saf, il fut élu conseiller général et soutint l’action réformatrice du gouverneur socialiste Yves Chataigneau* qu’il fit acclamer à Oran, malgré la hargne du colonat. Il fut élu en avril 1948 et réélu en février 1951, délégué de la circonscription de Nemours, Beni Saf-Marnia, à l’Assemblée algérienne. Il intervint sur les questions de législation sociale ; en 1949, il fut rapporteur sur le projet des retraites minières en Algérie qu’il défendit âprement jusqu’au vote. Il fut nommé vice-président du conseil d’administration de la Caisse de retraite des mineurs d’Algérie. Il échoua en 1952 dans une candidature au Sénat. Pendant la guerre de libération, la vague coloniale ne laissait plus guère de place au vote socialiste. Après le 13 mai 1958, la mairie est perdue. Se situant dans le courant de Gaston Defferre de la SFIO en métropole face aux gaullistes, Gabriel Gonzalès tenta de rassembler ce qui restait de socialistes, de libéraux et de votes algériens modérés derrière sa candidature aux élections législatives du 30 novembre 1958 dans le département de Tlemcen ; il était devancé par les candidats gaullistes ; il échoua aux élections cantonales de mai 1960. Le socialisme français en Algérie fut à l’abandon. En 1962, Gabriel Gonzalès se retira en France, à Collioure dans les Pyrénées-Orientales. 

Un autre Gabriel Gonzalès, né le 1er octobre 1913 à Baja (Espagne), moniteur de formation professionnelle, fut en 1954, assesseur du syndicat CGT de la formation professionnelle de l’Oranie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50824, notice GONZALES Gabriel par René Gallissot, Fouad Soufi, version mise en ligne le 14 juillet 2009, dernière modification le 13 mai 2013.

Par René Gallissot, Fouad Soufi

SOURCES : Le Peuple, 1930 et 1931. — Arch. Wilaya d’Oran. — Notice par A. Caudron, Parcours, n° 13-14, octobre 1990.

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