BEAUGRAND Georges [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 24 octobre 1893 à Paris (Xe arr.), mort le 13 septembre 1981 à Vesdun (Cher) ; ouvrier boucher aux abattoirs de la Villette ; député communiste de Paris (1928-1932) ; maire de Gentilly (Seine, 1934-1940) et conseiller général de la Seine (1935-1940) ; un des responsables des services de sécurité du PCF.

Fils d’un ouvrier boucher et d’une couturière, Georges Beaugrand travailla aux abattoirs de la Villette où il fréquenta les milieux socialistes et libertaires. Prisonnier de guerre en Allemagne, Beaugrand participa à l’activité du Conseil d’ouvriers et de soldats de son usine en Bavière en 1919. Inculpé de « désertion à l’étranger en temps de guerre », il fut acquitté par le Conseil de guerre, en juillet 1919. Il adhéra en novembre 1919 au groupe ARAC du Pré-Saint-Gervais et à la section socialiste puis à la section communiste après le congrès de Tours.

Son physique robuste en fit un responsable du service d’ordre dans de multiples réunions pendant la campagne électorale de 1924. Il fut un des soixante élèves de la première école communiste de Bobigny à partir du 19 novembre 1924, où Kurella* recueillit son témoignage autobiographique.
Il fut chargé d’organiser une école léniniste régionale à Saint-Denis en avril 1927.

Georges Beaugrand fut désigné pour participer au premier congrès des Amis de l’Union soviétique à Moscou, les 10, 11 et 12 novembre 1927. Il effectua le voyage, affirme-t-il, sous le nom de Monnerot. Il était parti pour quinze jours et y resta près de deux mois. Fit-il alors un stage court à l’École léniniste internationale ? Dans un article anonyme publié dans le BEIPI du 1-15 juin 1953 (n° 90), un ancien élève de l’ELI, le cite parmi les principaux élèves avec Paul Marion, Puech, Lucien Mathieu, André Juin, Marius Magnien.

Le PC lui donna la responsabilité, avec André Latour, du Front rouge qui impliquait l’organisation de l’autodéfense ouvrière. Il le quitta vers la fin 1928 en raison d’un conflit avec Pierre Semard* qui le considérait à tort comme un « gauchiste » tout en émettant des doutes sur les conditions politiques de son élection comme député (questionnaire autobiographique, p. 9).

Tout en travaillant aux abattoirs de la Villette, il eut une activité internationale. On le trouva en Belgique et surtout en Allemagne où il était membre du conseil exécutif du Front rouge à Hambourg. Il parla à Hambourg, à Stettin, à Berlin, etc., en 1931. Il hébergea le dirigeant Edgar André pendant quatre mois, la même année. Aussi, Valtin dans Sans patrie, ni frontière évoqua-t-il son action à deux reprises (pages 345 et 508 de la première édition). Plus tard, lors du procès intenté par René Cance* contre Valtin qui l’avait décrit comme le représentant de l’Internationale communiste au Havre et un des collaborateurs de Roger Ginsburger (Pierre Villon*), Beaugrand écrivit une lettre à la direction du Parti communiste. Il indiquait que, comme pour Cance*, Valtin avait affabulé dans son cas. Pourtant, l’adresse donnée par Valtin est exacte ; il habitait bien 221, rue Étienne Marcel à Montreuil. Il y vécut avec la dirigeante syndicale CGTU Antoinette Gilles jusqu’en 1934. Les responsabilités de « chef de l’“apparat militaire” » que lui avaient attribuées Valtin pouvaient correspondre à ses responsabilités dans le service d’ordre du Parti. En faire, comme l’écrivait Valtin, un des correspondants de l’Internationale notamment à cause de ses nombreux voyages en Russie a toujours été contesté par Beaugrand. Mais, il n’a pas caché dans son témoignage qu’il avait des contacts réguliers avec l’ambassade soviétique, notamment pour assurer la protection des délégués de l’Internationale et en raison de ses responsabilités au « contrôle intérieur du Parti ».

Battu aux élections de mai 1932, il reprit son travail d’ouvrier boucher aux abattoirs de la Villette et fut recruté par Maurice Tréand, dirigeant de la commission de cadres pour s’occuper de la branche « contrôle » (filatures, enquêtes), fonction qu’il garda jusqu’en 1935.

Il fut des trois secrétaires de la Région communiste de Paris-Ville, avec Alphonse Lampe* et André Ferrat*. En 1933-1934, Beaugrand eut une activité internationale (meetings en Rhénanie en janvier 1933, meetings en France et en Belgique en faveur de Thaelmann). Élu en avril 1933 membre du comité central de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC), il représenta cette organisation à de nombreuses occasions à l’étranger, et notamment en Belgique.

Beaugrand affirma avoir appris par Jacques Doriot*, alors qu’il était responsable du service d’ordre de la manifestation à la Porte de la Chapelle, le 11 novembre 1933, la décision du dernier bureau politique de le désigner pour suivre la commune de Gentilly et s’y faire élire à la première occasion. Celle-ci se présenta en février 1934. Réélu aux élections de mai 1935, il se fit seconder à la branche « contrôle » par un militant de Gentilly, Bock, puis lui laissa la responsabilité.

Dans sa fonction de premier magistrat municipal, sans rien perdre de ses prérogatives, il se fit appuyer par Charles Frérot, son premier adjoint, qui connaissait très bien la ville. La qualité de leur gestion contribua à la pérénnité de l’implantation communiste à Gentilly. Il prit dans son cabinet municipal André Heussler qui suivait pour la commission des cadres le dossier des recrutements pour l’Espagne.

Des conflits avec l’appareil plus que des divergences politiques expliquent qu’il se soit tenu à l’écart pendant l’Occupation : " Surveillé, j’ai cru devoir assumer ma sécurité en m’éloignant de Paris " affirmait-il. En effet de maire communiste suspendu au début de la guerre puis déchu, Beaugrand se retrouvait selon l’Humanité, du 26 octobre 1944, " traître au Parti et à la France ". Son nom figurait à trois reprises sur les listes noires du Parti communistes comme ‘ex-maire de Gentilly. Fait le jeu de la Gestapo et de Capron au camp de Pithiviers. Traître » (n°4 de 1943). « Traître au parti et à la résistance patriotique du peuple français. A signé l’engagement de respecter l’œuvre et la personne du maréchal, c’est à dire l’oeuvre de trahison qui livre la France à l’ennemi » (n°8 de 1944) et sur celle parue à la libération : « déorganisateur de la résistance au camp de Pithiviers au profit de l’officine hitlérienne dite POPF ».

En mai 1977, il annonçait qu’il était à nouveau membre du Parti communiste et voulait « le servir dans la mesure de [s]es moyens jusqu’à [s]a dernière limite d’activité ».

Jusqu’à la fin de sa vie, retiré dans le Cher, ce colosse déterminé manifesta son attachement au Parti communiste et à l’Union soviétique. Il écrivit une autobiographie (Une grande gueule que voilà) qui ne fut jamais publiée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50831, notice BEAUGRAND Georges [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 15 juillet 2009, dernière modification le 4 janvier 2011.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 847, autobiographie du 4 mai 1933 ; 517 1 1547. — Arch. Beaugrand déposées au CHS du XXe siècle. — A. Kurella, Une génération léniniste, Moscou, 1925 (en russe). — Notice par J. Girault, DBMOF. — Note de Sylvain Boulouque. — Entretiens avec J. Girault et avec C. Pennetier.

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