BRISSET Victor, Henri. Pseudonyme à Moscou : LENOIR René. [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 13 janvier 1899 à Paris (XVIIIe arr.) ; électricien socialiste anarchisant puis communiste de Paris et de la Seine ; membre de l’appareil illégal du PCF et du Komintern de 1928 à 1932 ; élève de l’ELI en 1932.

Dans une autobiographie de 1932, Victor Brisset précisait : « D’origine ouvrière ma mère était ouvrière à domicile, mon père était ouvrier serrurier et abandonna ma mère quelques mois après ma naissance. » Sa mère ayant perdu son travail, l’enfant fut confié à une tante, puis à son arrière-grand-mère avant qu’un oncle, cheminot, l’adoptât. « Enfance plutôt malheureuse tant au point de vue physique que moral » écrivit-il en 1932. Victor ne se sentait bien qu’à l’école et, l’influence de son instituteur supplanta, dit-il, celle du curé. Malgré son éducation religieuse, il perdit la foi vers douze ans. Au même âge, il réussit le certificat d’études primaires à Châteaudun puis quitta l’école pour devenir apprenti serrurier. Âgé de quinze ans, il travaillait chez un mécanicien à la déclaration de guerre. Il fut ardemment patriote, dévorant récits de guerre et journaux et attendant avec impatience les dix-huit ans pour pouvoir s’engager dans l’armée. « Touché par la propagande d’ouvriers d’ateliers, je vins peu à peu aux idées révolutionnaires » en 1918 (autobiographie de 1932). Il adhéra au syndicat des électriciens en juin 1918 mais il fallut attendre l’armistice pour le voir participer plus activement à la vie politique et sociale.

Entré aux chemins de fer Paris-Orléans au début de l’année 1919, il s’affilia au groupe socialiste des Grandes carrières, 18e section socialiste de Paris en juillet 1919. Il adhéra à la minorité. Rapidement « dégoûté » des discussions au sein de la section socialiste, il fréquenta les réunions anarchistes qui l’attiraient depuis plusieurs années. Sa vision politique s’éclaircit avec l’expérience des grèves de mai 1920. Pour lui, les réformistes portaient la responsabilité de l’échec. Il renforça son action au Comité de la IIIe Internationale et réorganisa le syndicat des cheminots dans son secteur.

Son appel sous les drapeaux, en octobre 1920, l’empêcha de vivre les mois de la scission. Mobilisé à Épinal (Vosges), il fréquenta cependant les réunions d’un groupe « anarchiste ». Reconnu à la sortie de la Bourse du Travail, il fut envoyé en Syrie où il resta un an après sa démobilisation, travaillant comme ouvrier.

Installé à Ivry-sur-Seine (Seine) en décembre 1922, ouvrier électricien dans diverses usines d’Ivry, il prit sa carte du Parti communiste en avril 1923, entra quelques mois plus tard au comité de section dont il devint secrétaire. Il participa à l’organisation du 4e rayon et en fut secrétaire temporaire (1924-1925). Le Parti communiste le désigna pour suivre les cours de l’École de Bobigny, fin 1924-début 1925. Victor Brisset fut élu conseiller municipal communiste d’Ivry-sur-Seine (Seine) le 10 mai 1925, sur la liste dirigée par Georges Marrane. Son nom ne figura pas sur la liste élue en mai 1929.

Permanent du comité central pendant six mois, en 1925, il en fut, dit-il, « renvoyé comme incapable de remplir l’emploi ». De 1926 à 1928, Brisset se spécialisa dans le travail antimilitariste illégal comme chef de secteur comprenant les forts d’Ivry, de Charenton, de Bicêtre, le 23e colonial dans le XIIIe arr. et le champ d’aviation d’Orly. En 1928, le Parti communiste lui demanda d’abandonner tout travail en usine et toute activité communiste publique pour se voir confier des tâches illégales plus importantes : fabrication de faux passeports, contacts avec l’étranger (notamment avec la Belgique), acheminement clandestin de documents et de personnes. Il semble que ce mandat ait pris fin le 1er juin 1932, quinze jours avant la rédaction de son autobiographie pour la commission des cadres dans laquelle il se présentait comme politiquement « faible », et incapable de tirer bénéfice des cours de l’École léniniste et des articles de fond qu’il tentait de lire. Un questionnaire du 29 octobre 1932 atteste de son passage dans les locaux du Komintern et précise une de ses fonctions : travail de contre-espionnage.

Son nom disparaît ensuite. On peut faire l’hypothèse d’une mise à l’écart dans la réorganisation des services après « l’affaire Barbé*-Celor* ».

Eugen Fried, représentant de l’Internationale communiste écrivit un rapport sur lui le 1er juin 1933 : “Il m’est connu sous le nom de Gémier (je [ne] le connais pas personnellement). Les renseignements reçus dans le PCF le caractérisent comme un militant sérieux, avec une initiative limitée, mais avec un sentiment de responsabilité, qui exécute avec assez de soins les tâches confiées à lui.
Il militait un certain temps à Ivry. Ici [Fried était logé clandestinement à Ivry-sur-Seine] je n’ai pas entendu rien de lui qui serait négatif.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50864, notice BRISSET Victor, Henri. Pseudonyme à Moscou : LENOIR René. [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 17 juillet 2009, dernière modification le 29 décembre 2019.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 8631 — Alfred Bernard (Kurella), La Génération léniniste, 1925, (en langue russe). — Notice par Jean Maitron et Claude Pennetier, DBMOF.

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