DUMAY Auguste [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 31 août 1888 au Creusot (Saône-et-Loire), mort le 9 mai 1955 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; mécanicien de la Marine ; secrétaire de la Fédération CGTU des marins : un des dirigeants de France-Navigation ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1931-1933).

Fils d’un cantinier du Creusot, Auguste Dumay arrêta ses études à l’âge de quatorze ans et commença à travailler en 1902 comme apprenti ajusteur sur locomotives chez Schneider-Le Creusot. Il continua dans ce métier d’ajusteur à Lunéville-Nancy, dans les Ardennes, à Saint-Ouen, au Havre. Engagé volontaire dans la marine de guerre en 1909 comme matelot mécanicien, il devint deuxième maître torpilleur en 1917 puis, en août 1919, officier mécanicien de 1re classe dans la marine marchande. Adhérent de la SFIO en 1917, il milita à Bone puis à Philippeville où il fit adhérer la section socialiste à la IIIe Internationale huit mois avant le congrès de Tours. En 1926, il collabora à la création à Marseille d’un « Club international des Marins » dont il assuma la direction. La CGTU lui aurait remis une somme de 40 000 F provenant, en fait, de l’Internationale syndicale rouge, pour réaliser ce projet, sur le modèle de clubs existant déjà en Union soviétique, en Hollande, en Belgique, en Grande-Bretagne, et, en France, à Bordeaux.

Dumay trouva un local près de la Joliette et le club fut inauguré en mars 1927. Il comportait une salle de lecture et une de réunions ; Dumay y était logé. Cette initiative attira l’attention de la police qui soupçonnait Dumay, sous couvert du club « filiale de l’Internationale rouge », d’organiser des échanges de courrier et de correspondance secrète avec le club soviétique de Novorossisk, sur la mer Noire, et d’y préparer la propagande communiste à bord de navires.

En juillet 1928, au cours de la 5e conférence internationale des ouvriers des transports tenue à Moscou, il fut délégué du comité international de propagande et d’action des transports pour l’ensemble des pays latins. À ce titre, il participa à la création, à Paris, en mai 1929, de la Fédération unitaire des marins et devint son secrétaire. Installé dans la région parisienne, il éditait Le Cri du Marin. En octobre 1930, quand se constitua, à Hambourg (Allemagne), l’Internationale des marins et ouvriers des ports, affiliée à l’Internationale syndicale rouge (ISR), il fut désigné pour y représenter la France. Élu à sa commission exécutive par le 6e congrès de la CGTU en septembre 1931, il n’y siégea que deux années. Les difficultés de création d’un syndicat de marins l’avaient affecté. En septembre 1930, il fit une déclaration virulente, auprès du Komintern, contre « la carence coloniale criminelle de la commission du PC », disant avoir « une haine physique contre Cormon, Lozeray* et Celor* ». Il était de toute évidence l’organsiation d’un réseau iollégal en direction des colonies, comme l’indique par exemple les attestation qu’il fournit à RFenée Marceau*. Au début de 1932, Auguste Dumay, « excessivement fatigué », se disait incapable d’aller plus loin, assurant tout juste ses fonctions jusqu’au congrès fédéral, s’engageant toutefois à revenir à l’activité si son état s’améliorait, cérébralement surtout. La CGTU décida alors de l’employer au bureau du Secrétariat international ce qui lui permit d’assurer une partie de ses fonctions le soir.

À l’époque du Front populaire et de la guerre d’Espagne, il fut un des responsables de la Compagnie France-Navigation qui, soutenue par l’IC, aidait l’Espagne républicaine. Officier-mécanicien de première classe et capitaine d’armement à cette compagnie, membre du conseil d’administration, Dumay était présenté comme l’organisateur de fait de cette Compagnie. Selon le témoignage de Georges Gosnat* cité par Alain Guérin dans La Résistance (tome I, p. 254), Dumay était « un vieux militant de l’Internationale des Marins, une tête de lard, un homme terrible, mais un révolutionnaire ».

Embarqué le 15 septembre 1939 sur le vapeur Espiguette, appartenant à cette dernière Compagnie, puis débarqué le 20 octobre lorsque France-Navigation fit l’objet de poursuites, Dumay représenta à Marseille les intérêts de France-Navigation en liquidation, auprès de la maison Worms. En août 1940 se tint au Tribunal maritime de Toulon le procès des dirigeants de France-Navigation. Quatre des cinq accusés étaient présents : Joseph Fritsch président de la Compagnie, Simon Posner, Aimé Legrand, et Auguste Dumay. Georges Gosnat*, directeur de la Compagnie était alors prisonnier de guerre. Selon Hertzog et Grisoni (Les brigades de la mer, Grasset, 1979), Dumay « se t[int] droit, sec, fier. Il f[it] front, ignorant l’épuisement qui taraud[ait] son corps. On ne sent[it] aucune inquiétude sous le masque figé qu’il arbor[ait] comme un défi. Immobile, il attend[ait] » (p. 406). Ceux-ci attribuèrent à la qualité de la défense de Maître Moro-Giafferi l’acquittement, le 27 août, des quatre inculpés présents. Cependant, la Liste noire établie par la direction communiste régionale officielle le 16 septembre1942 affirmait : « À renié le Parti et son action au procès de France-Navigation. À profité de la situation pour soustraire de l’argent revenant au Parti. Fréquente des éléments adversaires du Parti. Très douteux. Très dangereux. » La période était, il est vrai, propice aux accusations peu fondées. Il reçut le grade d’officier de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50948, notice DUMAY Auguste [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 28 janvier 2012.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI 495 270 614 (questionnaire de septembre 1930) et 495 270 852 (autobiographie du 2 mars 1932). — Notice par Antoine Olivesi in [DBMOF}.

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