ALLIX Émile [ALLIX Léon, Émile]

Par Gauthier Langlois

Né le 10 mars 1836 à Fontenay-le-Comte (Vendée), mort le 19 juin 1911 à Saumur (Maine-et-Loire) ; médecin ; militant républicain réfugié avec son frère Jules Allix et sa sœur à Jersey, intime puis médecin de la famille de Victor Hugo ; médecin d’une ambulance du VIIIe arr. de Paris administré par son frère Jules pendant la Commune.

Émile Allix photographié par Charles Hugo à Jersey entre 1852 et 1855 (Source : BNF)
Émile Allix photographié par Charles Hugo à Jersey entre 1852 et 1855 (Source : BNF)

Neuvième et dernier enfant de Pierre François Allix (1790-1844), qualifié de marchand mercier, quincaillier puis négociant à Fontenay-le-Comte, et de Gabrielle Thérèse Vexiau (1791-1884).

Militant républicain et étudiant en médecine il s’exila à Jersey, après le coup d’État du 2 décembre 1851, après être peut-être passé par la Belgique. Il y fut rejoint par sa sœur, Augustine Allix, cantatrice qui subvint aux besoins de son frère en donnant des cours de chants. Ils furent à leur tour rejoints par leur frère Jules Allix qui, le 16 novembre 1853, avait été condamné par la cour d’assises de la Seine, à la suite du complot dit de l’Hippodrome à huit ans de bannissement. Les Allix étaient des familiers de la maison Hugo à Marine Terrace : leur nom figurent aux côtés de celui d’Auguste Vacquerie et d’autres parmi les procès-verbaux des réunions consacrées aux tables tournantes ; Gustave Simon, qui les a publiés, présente les Allix comme « spectateurs sans opinions », et ils paraissent notamment en février-mars 1855 aux séances où les esprits évoquent le christianisme.

Plus qu’un familier, Émile était un véritable intime de la famille Hugo. Madame Hugo, dans ses lettres à sa sœur Julie, le mentionnait généralement par son seul prénom, parlait des commissions dont elle le chargeait et racontait, en 1861, qu’il écrivait pour elle afin de se reposer les yeux. En 1866 elle écrit : « Si Émile était resté quelques jours de plus, il m’aurait soigné et relevé de mes défaillances morales et physiques ». À cette date Émile n’était pas encore médecin. Il n’obtint son doctorat de médecine qu’en 1867, car ses études à Paris avaient été entrecoupées de manifestations universitaires et politiques et de longs séjours à Jersey et Guernesey auprès de son frère, de sa sœur et des Hugo. Madame Hugo signale un de ses départs en octobre 1854. Dans une autre lettre, datée du 24 février 1856 elle raconte qu’il est en prison pour avoir contesté un de ses professeurs et avoir participé à l’enterrement du républicain David d’Angers : « Notre pauvre et gentil Émile est en prison pour trois mois. Son crime est d’avoir crié : « Qu’on m’amène Dubois ! » (Dubois est un professeur) — d’avoir battu des pieds et d’avoir été à l’enterrement de David — rien de plus. Pour cela, il est à Mazas mangeant une nourriture inqualifiable... Son frère est toujours fou... Il faut avouer que les républicains ont bien souffert, m’écrivait Mme David ». En 1864, elle raconte à son mari qu’Émile avait été, avec Paul Meurice et Auguste Vacquerie, l’un des organisateurs d’un banquet à Paris en l’honneur de la sortie d’un livre d’Hugo, banquet immédiatement interdit. Quand elle alla à Lille consulter le docteur Achille Testelin, un des chefs du parti républicain de la région, elle se fit accompagner par Émile. Profondément attaché à Madame Hugo, Émile se chargea, avec Vacquerie et Meurice et en l’absence de Victor Hugo, de l’accompagner dans sa dernière demeure auprès de sa fille Léopoldine, en 1868 au cimetière de Villequier (Seine-Maritime).

Selon le docteur Cerise, c’est à Bruxelles qu’Émile termina ses études où « il gagna par un travail assidu, et l’estime de ses maîtres et le titre de docteur. Attaché par gout à la pathologie de la première enfance, il a consacré à cette étude trois années d’externat et d’internat dans le service de l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, dirigé par le professeur Isidore Henriette. Revenu à Paris, il fut reçu médecin à Paris, le 27 février 1867, et conquit, par la même assiduité, et le titre de docteur et l’estime de ses nouveaux maîtres ».

Émile, qui était déjà l’ami et le confident de la famille Hugo, devint alors aussi son médecin de famille à Guernesey puis à Paris. Il soigna Auguste Vacquerie, assista François-Victor Hugo et Victor Hugo jusqu’à leur mort. C’était aussi le médecin de plusieurs proches des Hugo dont Paul Meurice et Gustave Flourens -le futur communard- qu’il soigna à l’issu de son duel avec Paul de Cassagnac en 1869. Il était encore le médecin de la Comédie française et du théâtre de la porte Saint-Martin.

Il était membre fondateur de la Société de médecine légale en 1867, administrateur de la société protectrice de l’enfance en 1868, médecin inspecteur du service de protection des enfants du premier âge et des crèches à Paris depuis 1878, auteur d’ouvrages de physiologie et d’hygiène sur la première enfance. Fait rare à une époque où l’on tenait peu de cas de l’avis des femmes, pour son ouvrage Le livre des jeunes mères, il collabora avec la féministe et agronome Cora Millet-Robinet. Son engagement professionnel lui valu l’attribution de la Légion d’honneur en 1889.

Il fut pendant le siège de Paris de 1870, médecin de la légion d’artillerie de la Garde nationale, puis médecin des employés de l’octroi et ensuite, jusqu’à la fin de la Commune, médecin d’une ambulance à la mairie du VIIIe arr. administrée par son frère Jules Allix. Mais contrairement à ce dernier il ne fut pas poursuivi pour sa participation au mouvement communal.

Il s’était marié, en 1873 à Paris (XVII arr.), avec une belge qu’il avait probablement rencontrée à Bruxelles, Philippine Pauline Depret (1837-1927) dont il eut deux filles, Marcelle-Thérèse (née en 1875) et Geneviève (née en 1882).

Après avoir été autrefois proscrit et démuni, il prit sa retraite riche et comblé d’honneurs comme médecin à Saumur où il continua à augmenter sa collection d’objets d’arts et à s’adonner à l’horticulture. Il mourut en son château du Petit-Puy à Saumur et fut enterré dans son village natal. Sa collection d’art, dispersée après sa mort, comprenait de nombreux dessins que lui avait dédicacés Hugo.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article51144, notice ALLIX Émile [ALLIX Léon, Émile] par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 23 juillet 2020.

Par Gauthier Langlois

Émile Allix photographié par Charles Hugo à Jersey entre 1852 et 1855 (Source : BNF)
Émile Allix photographié par Charles Hugo à Jersey entre 1852 et 1855 (Source : BNF)
Émile Allix photographié par Auguste Vacquerie chez les Hugo à Jersey, entre 1852 et 1855 (Source : BNF)
Émile Allix photographié par Auguste Vacquerie chez les Hugo à Jersey, entre 1852 et 1855 (Source : BNF)

ŒUVRE : Sa thèse soutenue le 27 février 1867 : Étude sur la physiologie de la première enfance, Paris : V. Masson et fils, 1867. — Hygiène de l’enfance. De l’alimentation des nouveau-nés, Paris : G. Baillière, 1868. — Avec Cora Millet-Robinet : Le Livre des jeunes mères, la nourrice et le nourrisson, Paris : Librairie agricole de la Maison rustique, 1884, réédité en 1887 et 1890.

SOURCES : Dossier de la Légion d’honneur. — Notice auteur Bnf. — Notice wikipédia. — Auguste Vacquerie, Profils et grimaces, Paris : Michel Lévy frères, 1856. — Gustave Simon, Les tables tournantes de Jersey : chez Victor Hugo : procès-verbaux des séances, Paris : L. Conard, 1923. — « Lettres de Madame Victor Hugo à sa sœur Julie », Les Annales romantiques : revue d’histoire du Romantisme, t. 9, 1912, p. 326. — Jules Janin, Almanach de la littérature, du théatre et des beaux-arts, Paris, 1869, p. 66. — La Liberté ; 9 août 1864, p. 4. — Le Rappel, 28 avril 1871. — L’union médicale : journal des intérêts scientifiques et pratiques, moraux et professionnelles du corps médical, t. 1er, Paris, 1867, p. 557. — Théophile de Lamathière, « ALLIX (Léon-Émile) », Panthéon de la Légion d’honneur, t. 20, p. 349. — « Un médecin de Victor Hugo : le docteur Émile ALLIX », La Parole républicaine, 25 juillet et 1er août 1931. — Lettre de L. Bretonnière.

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