BAUBEAU DE SECONDIGNÉ Hippolyte, Achille, Henry

Né le 20 février 1844 (ou 1846 ?) à Melle (Deux-Sèvres), mort le 22 décembre 1904 à Buenos Aires (Argentine). Homme de lettres. Journaliste de la Commune de Paris.

D’après l’état civil, sa véritable identité est Baubeau Hipolyte (sic), Achille. Le nom de Secondigné vient du nom de la commune et du village (aujourd’hui Secondigné-sur-Belle, canton de Brioux, Deux-Sèvres) où son père a débuté dans ses fonctions d’instituteur. Son frère aîné, tué en 1870, était entré à l’École polytechnique ; lui-même avait choisi une carrière littéraire et parisienne ; en 1868, il fonda le Pavé, qui publiait des chroniques parisiennes, théâtrales, etc. ; mais il semble que le journal ait disparu au moment où il devenait payant, le 1er janvier 1869 ; en outre, son directeur fut condamné à un mois de prison pour l’avoir fait paraître sans autorisation. Sous l’Empire, il avait aussi collaboré au Soleil, au Corsaire de 1868. Les Tablettes de Paris, La Petite Lanterne et Le Citoyen, l’avaient eu aussi et successivement comme rédacteur.

Pendant le 1er Siège de Paris, il fut capitaine au 189e bataillon de la Garde nationale, et dit avoir démissionné le 18 mars 1871. Sous la Commune, il resta avant tout journaliste : le Mont Aventin, journal des Buttes-Montmartre, parut dès le 26 mars, mais n’eut qu’une existence éphémère. Il s’exprima surtout dans Le Bonnet rouge (10 au 22 avril), puis sous un autre titre dans l’Estafette (23 avril au 15 mai). Plutôt que des études nuancées de la situation, il préférait répéter inlassablement et sur le mode lyrique des vérités accessibles à l’homme du peuple : la Commune est née du pourrissement de l’Empire, aggravé en 1870 par des politiciens incapables : « Tu as fait jaillir la grande révolution sociale au frontispice de laquelle on lit ces mots sublimes : Liberté ! Égalité ! Fraternité » (l’Estafette, 23 avril). Il mettait l’accent sur le caractère moral, et donc inéluctable, de l’insurrection : « Justice, vigueur et honnêteté — ces trois mots définissent essentiellement la Révolution du 18 mars, due à l’initiative du Comité central » — pouvoir émanant directement du peuple armé (l’Estafette, 7 mai). Mais la révolution doit rester vigilante : « la Commune est beaucoup trop parlementaire. Elle décrète, mais ses décrets n’ont de vigueur que sur le papier » (l’Estafette, 14 mai).
_Après la Semaine Sanglante, Baubeau changea plusieurs fois de domicile. Demeurant cité de Trévise, dans le IXe arrondissement, il fut arrêté en civil le 13 octobre 1871 à l’angle de la rue Richer, ou au coin des rue de Maubeuge et Lamartine, selon les sources. Ayant échappé de peu aux fusillades du collège Rollin, Baubeau suivit un périple difficile à préciser : emmené près du parc Monceau, il fut gardé jusqu’au début de novembre au Dépôt de la Préfecture de Police, puis incarcéré à Versailles, dans les prisons des Grandes-Écuries, puis des Chantiers et enfin à Satory. Il fut envoyé enfin à Brest sur les pontons ; il y resta quatre mois, « n’ayant pas le plus petit incendie et le plus infime otage sur la conscience » ; puis un ami obtint qu’il fût ramené, malade, à l’hôpital de Versailles et l’en fit évader.
Il se réfugia à Bruxelles où il écrivit ses souvenirs ; le 3e conseil de guerre siégeant à Versailles le condamna par contumace, le 26 janvier 1872, à la déportation simple pour ses activités journalistiques. Il fut arrêté de nouveau, car, selon un document d’origine familiale parvenu à Jean Maitron, le 27 mars 1872, ou le 2 mai selon le registre d’écrou, sa peine fut commuée en 5 ans de prison et dégradation civique pour avoir par ses écrits provoqué à la guerre civile et insulté le chef du gouvernement et l’Assemblée nationale. Il fut incarcéré le 4 juin 1872 à Belle-Île-en-Mer (Morbihan) et transféré à la prison d’Embrun (Hautes-Alpes), le 11 septembre 1872, où il resta jusqu’au 11 décembre 1872, puis à celle de Sainte-Ménehould. Il ne fut amnistié qu’en 1879.

Remis en liberté en 1875, il écrivit dans Le Peuple, Le Réveil et Le Républicain. A partir de 1880, il devint le directeur du Citoyen, journal radical quotidien à cinq centimes, où il soutint les doctrines collectivistes et révolutionnaires. Le 21 août 1881, il fut candidat aux élections législatives dans la 2ème circonscription de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), cantons d’Elbeuf, Boos et Grand-Couronne, où sa candidature fut patronnée par le parti socialiste ouvrier, et soutenue par l’Union Républicaine de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) et le Comité central électoral des Travailleurs Socialistes d’Elbeuf. Il réunit 1083 voix sur son nom, soit 7,3%, face au député sortant Dautresme qui fut réélu avec 86,2%.

Après s’être marié, probablement en Belgique, sans que l’on sache si c’était lors du premier séjour ou après, il émigra en Argentine où sa famille et ses descendants vivaient toujours, à Buenos-Aires, en 1972.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article52054, notice BAUBEAU DE SECONDIGNÉ Hippolyte, Achille, Henry , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 9 février 2020.

ŒUVRE : Les Pontons : Versailles, Satory, Brest ; histoire d’un évadé (Arthur Lévy, 1871). — L’Assommé : les Kerney-Séverol, histoire d’une famille française au XIXe siècle (Paris, A. Sagnier, 1877 : réponse à l’Assommoir de Zola ; l’auteur rend la société responsable de toute dépravation et pense que le vice naît de la richesse. — Journaux : Le Bonnet Rouge, L’Estafette.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/736. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. Dép. Morbihan, série Y, écrou 1764. — Arch. Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français, document dactylographié d’origine familiale. — Emile Mermet, Annuaire de la Presse Française, Paris, 1881 — Article d’Alexandre Zévaès, dans La Nouvelle Revue, 1937, n° 1. — Notes de Jean Maitron, J.-Y. Mollier et Pierre Largesse. — Michel Cordillot (dir.), Dictionnaire de la Commune de Paris, éditions de l’Atelier, septembre 2020.

ICONOGRAPHIE : Cliché fourni par Marcela Baubeau de Secondigne [machibs@icloud.com]

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