BÉE Émile

Par M. Cordillot, R. Sutton

Tailleur ; marié tardivement avec une des filles de Jules Leroux ; membre des sociétés secrètes, puis communiste icarien ; exilé en Californie après le 2 décembre 1851 ; de retour en France en 1862, prit part à la guerre franco-prussienne et à la Commune ; reparti à San Francisco, membre de l’AIT, puis du SLP ; co-fondateur de la communauté d’Icaria Speranza.

Installé à Paris à l’âge de 16 ans pour y exercer sa profession de tailleur, Émile Bée adhéra à la société secrète dite « des Saisons » organisée par Blanqui et Barbès. Après l’échec de l’insurrection du 12 mai 1839, il abandonna toute activité clandestine et s’abonna au « Populaire ». Converti au cabétisme, il souscrivit au fonds de soutien à Icarie et demanda à faire partie de la première Avant-garde. Mais il n’avait ni l’argent de l’apport ni le trousseau exigé, et sa candidature fut en conséquence écartée.
Après juin 1848, Émile Bée reprit du service dans les sociétés secrètes républicaines et conspira contre le prince-président. Au lendemain du deux décembre, il fut arrêté et banni de France. Il s’embarqua pour l’Amérique, mena durant plusieurs années une vie d’aventure, et fut même chercheur d’or en Californie.
En 1862 Émile Bée revint en France. On sait qu’il participa en 1870 à la défense de Paris assiégé par les Prussiens, puis combattit dans les rangs de la Commune.
De nouveau expulsé (sans doute la nationalité américaine le protégea-t-elle d’un sort moins enviable), Émile Bée repartit pour la Californie et s’installa à San Francisco. En 1873, on retrouve son nom sur la liste des membres et des sympathisants de la section française n° 19 de l’AIT ayant versé leur écot à la souscription ouverte au profit des veuves et des orphelins des combattants de la Commune. Il assista également en mars 1874 à la cérémonie de commémoration du 18 mars organisée par les Internationaux de San Francisco et versa à cette occasion son obole à la collecte organisée pour venir en aide Jules Leroux, suite à l’incendie qui avait détruit tous les biens de ce dernier. Quelques années plus tard, Émile Bée figurait parmi les dirigeants de la section locale du « Socialist Labor Party ».
En 1881, renouant avec ses premiers idéaux, Émile Bée s’abonna au journal de Jules Leroux. La même année, il fit la connaissance d’Armand et Théodore Dehay, et il poussa les Jeunes Icariens à quitter l’Iowa pour se réinstaller en Californie. Lorsque la décision fut arrêtée, il les aida à trouver un site adapté à Cloverdale qui fut baptisé Icaria Speranza. C’est sans doute à cette époque qu’il épousa Caroline Leroux, une des filles de Jules.
Émile Bée et son épouse Caroline figurèrent parmi les signataires de la charte de la colonie, mais ils n’y exercèrent aucune responsabilité. On notera que les chefs des quatre familles constituant la communauté en 1883 (Émile Bée, Armand Dehay*, Étienne Pépin* et Émile Zurchère* étaient beaux-frères, puisque tous avaient épousé une fille de Jules Leroux.
Après la dissolution de la communauté en 1886, Émile Bée retourna s’installer à San Francisco.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article52273, notice BÉE Émile par M. Cordillot, R. Sutton, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 août 2021.

Par M. Cordillot, R. Sutton

SOURCES : —Le Socialiste, 9 mars 1873. — L’Étoile du Kansas, 1er mai 1874. — La Jeune Icarie, 26 juin, 15 août 1879, 31 décembre 1880. — Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur Étienne Cabet, Paris, Cornély & cie, 1907. — Robert V. Hine, California’s Utopian Colonies 1850-1950 , San Marino, Huntington Library, 1953. — Maurice Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la révolution de 1848. Premiers combats et premières prisons, Paris-La Haye, Mouton, 1969. — Robert P. Sutton, Les Icariens : The Utopian Dream in Europe and America, Urbana, University of Illinois Press, 1994. — Dale Larsen (ed.), A History and Census of the Icarian Communities : Soldiers of Humanity, The National Icarian Heritage Society, sl, 1998, p. 278.

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