KIOULOU Georges

Par Pierre Broué

Né le 25 mai 1916 à Aimo (Grèce), mort en 2000 ; photographe, artisan, ouvrier de l’industrie chimique ; militant des Jeunesses et du Parti communistes ; maire d’Échirolles (Isère), conseiller général, conseiller régional.

Fils de travailleurs grecs immigrés, né en Crête mais aussitôt parti à Paris, Georges Kioulou fit des études primaires et apprit le métier de photographe qu’il exerça chez différents patrons. Il militait à la FSGT et en fut le secrétaire départemental. Il adhéra très jeune aux Jeunesses communistes et, en 1935, au Parti communiste. Après son service militaire, il ne retrouva pas d’emploi et ouvrit en 1938 un petit atelier-magasin de photographie à Grenoble.

Ajourné en 1939 en raison de son état de santé, il fut contraint vers cette époque de renoncer à son activité d’artisan. Il fut employé pendant quelques semaines dans les PTT, puis à la SNCF, dans une maison de commerce, et chaque fois licencié en raison de ses activités politiques antérieures. La police le surveillait étroitement, le soupçonnant d’avoir contribué à la permanence du PC dans la clandestinité, après sa dissolution.

En fait, fin 1939- début 1940, l’organisation communiste était virtuellement détruite à Grenoble, plus du fait de la mobilisation sans doute que de la répression réelle. À l’automne 1940, lorsque le contact fut repris avec le comité central clandestin, par l’intermédiaire de Georges Marrane*, puis Alain Signor*, Georges Kioulou fit partie du petit noyau de militants qui reconstituèrent le Parti dans la clandestinité, en reprenant personnellement le contact avec les militants d’avant-guerre qu’il était le seul à tous connaître, et en s’appuyant notamment sur les Jeunesses communistes. Il fut responsable départemental de janvier à novembre 1941, période décisive de la reconstitution, malgré les arrestations massives du début de l’année. Il fut notamment à l’origine de la distribution massive de tracts et de l’installation de drapeaux rouges dans la nuit du 1er mai 1941.

Il avait été embauché en novembre 1940 à l’usine de la Viscose, et continuait d’être l’objet d’une surveillance policière étroite. À partir de novembre 1941, par mesure de sécurité, il fut « mis au vert » pendant quelques semaines et fut investi par son parti dans l’activité de création du Front national. Il fut l’un des organisateurs des premières unités de FTP dans l’Isère.

En août 1943, il reçut l’ordre de passer dans la clandestinité, ainsi que plusieurs autres militants responsables. Il avait été désigné pour prendre le commandement du maquis FTP de Malleval, mais fut finalement affecté, avec son camarade et ami René Thomas*, au commandement FTP pour les départements de l’Ain, du Jura et de la Saône-et-Loire, et y créa de toutes pièces l’organisation FTP. Devenu le commandant Philippe, il échappa par hasard au coup par lequel la Gestapo décapita la direction des FTP en zone Sud : malade, il fut remplacé à la réunion du 17 mai 1944 par son adjoint. Après un mois de convalescence, il fut affecté au commandement départemental des FTP de l’Isère. Croix de guerre et Médaille de la Résistance, il fut homologué comme lieutenant des FFI.

Aux élections municipales de 1945, il fut élu conseiller municipal et maire d’Échirolles (Isère) et révéla à ce poste des qualités d’administrateur qui lui valurent d’être ultérieurement réélu, sans liste concurrente, du fait de sa popularité et de sa réussite locales. Il fut également membre du comité fédéral de l’Isère du PCF de 1950 à 1955.

Son frère, Marius Kioulou dit Prosper Stephan, né à Grenoble le 11 novembre 1925, ouvrier métallurgiste, milita aux Jeunesses communistes reconstituées dans la clandestinité. Travaillant à l’usine Neyrpic à Grenoble, il devint rapidement membre du triangle de direction des JC de cette ville et participa à l’organisation et à l’encadrement de la manifestation du 11 novembre 1943 devant le monument des Diables bleus qui se termina de façon tragique. Il fit partie des cinq cents personnes arrêtées dans le parc de l’Exposition et fut déporté à Bergen-Belsen en février 1944 où il mourut au mois d’août de la même année.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article5307, notice KIOULOU Georges par Pierre Broué, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 8 juin 2011.

Par Pierre Broué

SOURCES : Arch. Dép. Isère, 52 M 119. — Le Travailleur alpin, 1944-1974, passim. — Témoignage de Georges Kioulou. — Gil Emprun, "Immigrés et étrangers dans la résistance Grenobloise", n° 93, septembre 2010, Cahiers d’histoire sociale, Rhône-Alpes

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