KNECHT Frédéric, Georges [KNECHT Fritz]

Par Pierre Schill

Né le 10 février 1886 à Soultz-sous-Forêts (Bas-Rhin annexé), mort le 17 mai 1954 à Longeville-lès-Metz (Moselle) ; tourneur sur métaux aux ateliers de Montigny-lès-Metz (Moselle) de la Société des chemins de fer d’Alsace-Lorraine ; dirigeant du syndicat CGT des cheminots de la Moselle puis secrétaire de la fédération unitaire des cheminots ; dirigeant de l’Union départementale CGT de la Moselle puis membre de la commission administrative de l’UD-CGT réunifiée ; membre de la direction du sous-rayon communiste de Metz-Montigny-lès-Metz et secrétaire de la cellule communiste des ateliers de chemins de fer de Montigny-lès-Metz ; membre du comité directeur de la Caisse de maladie et de la Caisse de retraite des cheminots et membre de l’Office supérieur des assurances sociales.

Fils de Frédéric Knecht, cultivateur, protestant, et de Salomée Dorothée Régula, Frédéric Knecht, mobilisé dans l’armée impériale allemande pendant la Première Guerre mondiale, aurait prit part à la révolution allemande de novembre 1918 et, recherché par la police, aurait regagné Metz clandestinement en voyageant sur un tender. Tourneur sur métaux aux ateliers de Montigny-lès-Metz (Moselle) de la Société des chemins de fer d’Alsace-Lorraine, il dirigea la délégation des cheminots de Lorraine au 5e congrès du l’ex-syndicat allemand des cheminots d’Alsace-Lorraine à Strasbourg en mai 1919, qui vota son adhésion à la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer et à la CGT. Lors de la séance de clôture du 5 mai, il fit adopter une résolution qui demanda la révision des dossiers personnels rédigés par les Allemands, la révocation des fonctionnaires qui avaient dénoncé leurs collègues et de tous les fonctionnaires supérieurs allemands, des indemnités pour les familles des collègues licenciés par les Allemands. Bezirksleiter (secrétaire départemental) et secrétaire du syndicat des cheminots de Montigny, il fut l’un des principaux initiateurs et organisateurs de la grève des cheminots mosellans en septembre 1919. Cette grève fut un succès grâce à son engagement. Il parcourut le département mosellan en locomotive pour inciter les cheminots à cesser le travail. Ce mouvement, qui se propagea en Alsace, au Luxembourg et en Sarre fut un succès.
Arrêté par l’autorité militaire le 12 septembre 1919 au matin, il fut libéré dans l’après-midi pour pouvoir partir pour Strasbourg et y négocier avec la direction du réseau. Président du syndicat des cheminots de la Moselle, il fut, comme la majorité des syndicalistes locaux, favorable aux minoritaires, puis à l’adhésion de l’Union des syndicats de cheminots d’Alsace et de Lorraine à la CGTU.
Frédéric Knecht se présenta aux élections législatives de novembre 1919 sur la liste du Parti socialiste unifié de Moselle. La liste socialiste menée par le secrétaire départemental de la CGT, Charles Becker, obtint de bons scores dans les secteurs départementaux à forte concentration ouvrière. À l’échelle de la Moselle tout entière sur 96 099 suffrages exprimés, il obtint 27 229 voix (28,3 % et meilleur score de la liste de huit candidats socialistes, la moyenne de la liste socialiste se situant à 26 685 voix). La liste locale d’Union sacrée (dénommée l’Union républicaine lorraine) obtint en moyenne 61 718 voix et ses huit candidats furent élus.
Dirigeant du syndicat CGT des cheminots de la Moselle en février 1920, il était alors délégué à la Fédération CGT des cheminots et devait siéger au conseil national. Au printemps 1920, il effectua une tournée dans tout le département pour prendre la mesure des licenciements qui frappèrent les cheminots mosellans au lendemain de leur grève. En août 1920 il fut l’un des candidats de la CGT aux élections paritaires aux ateliers de chemins de fer de Montigny-lès-Metz.
Il tenta en octobre 1920 de créer une coopérative pour les syndicats de cheminots CGT de Metz, Montigny-lès-Metz et du Sablon pour lutter contre la vie chère. Cette coopérative de la CGT devait ouvrir ses portes à Montigny-lès-Metz en décembre 1920.
Dès le début des années vingt et jusqu’à la guerre, Frédéric Knecht fut un propagandiste communiste acharné. Il anima, à travers tout le département, plusieurs dizaines de réunions publiques notamment auprès des cheminots mosellans de la CGTU puis de la CGT réunifiée.
Il participa, le 18 août 1920, à Montigny-lès-Metz, à un rassemblement de huit cents personnes. Il fut, avec Émile Béron, Marcel Kirsch et Charles Offerlé, un des orateurs qui protesta contre toute nouvelle guerre, préconisa la grève générale en cas de mobilisation générale et appela au combat contre le capitalisme, « les profiteurs de guerre », les « mercantils » et demanda la reconnaissance des soviets russes.
Le 4 décembre 1920 à Metz il présida, avec Marcel Kirsch, une réunion organisée par le Parti socialiste et accueillant Marcel Cachin. Entre six cents et mille deux cents personnes, selon les sources administratives, ont écouté le député de Paris faire un exposé sur la révolution russe et exprimer « l’espoir qu’en raison de la situation économique la révolution éclaterait en France ». Frédéric Knecht « invita les travailleurs à adhérer à la Troisième internationale ». Il s’attacha à partir de ce moment de rallier les cheminots de la Moselle à l’Internationale communiste.
Du 8 au 10 avril 1921 se tint à Sarreguemines (Moselle) le congrès des cheminots CGT du réseau Alsace-Lorraine, rassemblant des syndiqués des trois départements recouvrés de Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Une centaine de délégués représentant près de quinze mille adhérents devaient se prononcer sur l’adhésion à la IIIe Internationale. Frédéric Knecht fut le principal orateur du congrès au cours duquel il déclara que « notre chemin nous dirige vers Moscou, nous n’avons pas de temps à perdre ». Le congrès se prononça en faveur de l’internationale communiste par 9 897 voix contre 4 453 voix. La police le considérait comme « très dangereux par son influence et son ascendant sur les ouvriers communistes des chemins de fer ».
Frédéric Knecht participa au congrès confédéral de la CGT de juillet 1921 à Lille (Nord). Depuis le printemps 1921 il était signalé comme l’un des dirigeants de l’UD-CGT de la Moselle.
Il fut candidat aux élections des 14 et 21 mai 1922 au conseil d’arrondissement de Metz-campagne (Moselle) pour le canton de Metz-campagne. Candidat sur la liste communiste, il obtint au second tour 1 708 voix sur 3 911 suffrages exprimés et ne fut pas élu, car la liste conservatrice rassembla plus de 2 000 voix.
Du 11 au 13 mai 1923 à Bischheim (Bas-Rhin) il représentait la Moselle au congrès de l’Union d’Alsace-Lorraine des cheminots unitaires. Frédéric Knecht participa au deuxième congrès confédéral de la CGTU de novembre 1923 à Bourges (Cher) où il représentait la fédération unitaire des cheminots de la Moselle.
Il résidait en 1928 à Longeville-lès-Metz (Moselle), lorsqu’il se présenta au mois d’avril aux élections législatives pour le Parti communiste dans la circonscription de Sarreguemines. Pour mener sa campagne électorale il sollicita de l’administration des chemins de fer d’Alsace-Lorraine, un congé sans solde de quatorze jours à partir du 9 avril 1928. Au premier tour, il arriva en seconde position avec 4 415 voix derrière Henri Nominé, maire de Sarreguemines et candidat de l’Union républicaine lorraine (droite), qui obtint 6 127 voix sur 15 574 suffrages exprimés. Le candidat de droite l’emporta largement au second tour avec 8 045 voix, sur 15 580 votants, contre 4 455 voix au candidat communiste.
Au début du mois de septembre 1928 se déroula à Sarreguemines une fête de propagande de la Fédération sportive du travail de Lorraine. Des manifestations sportives et musicales devaient se dérouler dans la ville et populariser ces organisations communistes parmi lesquelles la société de musique « La Prolétarienne » peut-être présidée par Fritz Knecht.
Frédéric Knecht faisait partie à la fin des années vingt de la direction du sous-rayon communiste de Metz-Montigny-lès-Metz. Il était très actif dans la mobilisation des cheminots de la région messine en animant notamment la cellule communiste des ateliers de Montigny-lès-Metz. Son fils appartenait en juin 1930 à la cellule messine des Jeunesses communistes qui comptaient alors une quinzaine de membres. Au début du mois d’avril 1932 il essaya de créer une section cheminots unitaires retraités à Montigny-lès-Metz. En avril 1932 il était membre du bureau du syndicat unitaire des cheminots de Montigny-lès-Metz. Le 16 octobre 1932 il se présenta aux élections sénatoriales en Moselle. Il obtint 57 voix sur 1 456 suffrages exprimés et ne fut pas élu.
En 1934, Frédéric Knecht était toujours l’un des militants les plus influents de la cellule communiste des ateliers de chemin de fer de Montigny-lès-Metz qui comptait une quarantaine de membres mais il semble qu’il n’occupait plus de responsabilité au comité du rayon communiste de Metz-Montigny-lès-Metz. En revanche, il était toujours l’un des dirigeants du syndicat unitaire des cheminots de Metz-Montigny-lès-Metz qui comptait alors près de mille membres. Frédéric Knecht prit part à la manifestation organisée par le Front populaire de Moselle le 25 août 1935 à Metz contre les décrets-lois du gouvernement de Pierre Laval. Il prit la parole devant près de quatre mille personnes.
Le 21 novembre 1935, alors qu’il était membre du comité directeur de la région Lorraine du Parti communiste, il présida, en tant que secrétaire départemental des cheminots unitaires, l’assemblée de réunification des cheminots confédérés et unitaires de Metz-Sablon. Il supervisa au début du mois suivant, avec Eugène Stosse représentant les syndicats cheminots CGT, la fusion de l’ensemble des organisations de cheminots du département. Après la réunification de la CGT, il occupa la fonction de président du syndicat des cheminots confédérés de Montigny-lès-Metz qui comptait un peu plus de neuf cents membres. Le 5 janvier 1936 cent cinquante délégués mosellans de la CGT et de la CGTU constituèrent l’Union départementale unifiée qui rassemblait trente-cinq syndicats.
Le 12 janvier 1936 à Metz, il assista au congrès réunissant une soixantaine de délégués du Parti communiste mosellan. Il critiqua la direction du PC et notamment son secrétaire Eugène Anstett. Il ne faisait alors pas partie des instances dirigeantes. Il anima les grèves du mois de juin 1936 et participa à la manifestation du Front populaire du 14 juillet 1936 à Metz qui rassembla près de 5 000 personnes. Il prit la parole au nom de la CGT. En août il critiqua à nouveau les dirigeants du bureau régional du PC qui, d’après lui, délaissait la Moselle au profit de l’Alsace. Au printemps 1938 à Metz, il participa au congrès de l’Union départementale des syndicats confédérés de la Moselle et fut élu à la commission administrative de l’UD.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Frédéric Knecht fit partie du groupe de résistance « Mario », le plus important du département de la Moselle, alors annexée à l’Allemagne. Ce groupe affilié au mouvement de résistance communiste Front national, avait été mis sur pied par l’instituteur messin Jean Burger, aidé par les cheminots Charles Hoeffel et Georges Wodli. Son activité clandestine lui valut d’être arrêté le 4 juillet 1944 aux ateliers de Montigny-lès-Metz et d’être détenu au camp de Woippy (Moselle) d’où il réussit à s’évader le 1er septembre 1944, en profitant d’une panique des gardiens SS..
Son nom figurait par ailleurs dans le compte rendu d’interrogatoire d’Alphonse Rieth, arrêté par la Gestapo en octobre 1940. Le secrétaire général du Syndicat confédéré des mineurs de Moselle y décrivait dans le détail les structures de la CGT mosellane. Frédéric Knecht était présenté comme l’un des principaux dirigeants de l’Union départementale et comme le secrétaire de la fédération des cheminots, dont Rieth estimait le nombre d’adhérents avant-guerre à 9 000.
À la Libération, Frédéric Knecht tenta d’organiser le ravitaillement des populations civiles de Moselle en créant une coopérative qui affréta des wagons qui sillonnaient la France dans le but d’acheter des denrées alimentaires sur leurs lieux de production. Une épicerie et une boucherie furent ouvertes à Montigny-lès-Metz.
Frédéric Knecht fut candidat aux élections municipales d’octobre 1947 à Longeville-lès-Metz sur la Liste d’Union républicaine et résistante (communiste). La liste rassembla une moyenne de 283 voix sur 1 191 suffrages exprimés et il ne fut pas élu.
Il occupa des postes de responsabilités dans divers organismes sociaux : il fut ainsi, vers la fin des années vingt, membre du comité directeur de la Caisse de maladie et de la Caisse de retraite et siégea à l’Office supérieur des assurances sociales.
Ses obsèques, le 19 mai 1954, donnèrent lieu à un important rassemblement.
Frédéric Knecht avait orné la façade de sa maison de l’île Saint-Symphorien à Longeville-lès-Metz d’un bas-relief représentant le marteau et la faucille. Le bas-relief fut déposé dans la deuxième moitié des années trente quand son fils devint directeur des abattoirs de Metz.
Marié avec Marie Victorine Matuszewski, il fut père d’un fils et d’une fille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article5327, notice KNECHT Frédéric, Georges [KNECHT Fritz] par Pierre Schill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 20 avril 2012.

Par Pierre Schill

SOURCES : Arch. Nat. F7/13090, 13256, 13377, 13403, AJ 30/224. — Arch. Dép. Moselle, 301 M 75, 76, 77, 78, 79, 83 et 86 ; 303 M 53 et 67 ; 310 M 95 et 116 ; 151 W 821 ; 1330 W 265 et 266 ; 24 Z 16 et 18 ; 26 Z 15 et 16 ; M Industrie 93, 24 Z 20 et 21. — Arch. Dép. Bas-Rhin, 98 AL 639, 661, 723, 102 AL 47. — Arch. personnelles de Ralph Konopnicki. — Journal d’Alsace-Lorraine, Strasbourg, 4-5 et 6 mai 1919. — Freie Presse, Strasbourg, 12 septembre 1919. — La Tribune du peuple, Thionville, puis Metz, 1919-1922. — L’Humanité, Strasbourg, 22 août 1935. — Metzer Freies Journal, 14 et 15 juillet 1936. — Le Républicain lorrain, 20 octobre 1947 et 18 mai 1954. — La Voix du Peuple. — Le Populaire de l’Est. — E.L. Baudon, Les élections en Moselle, 1919-1956, Metz, 1956, 94 p. — Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965, 194 p. — R. Kieffer, Les élections législatives de 1919 et 1924 en Moselle, DES Histoire, Nancy, 1967, 121 p. — Gérard Diwo, Le communisme en Moselle (1925-1932) à travers les élections législatives d’avril 1928 et de mai 1932, mémoire de maîtrise, Université de Metz, 1983, 176 p. — Didier Kompa, La formation du Front populaire en Moselle, 1934-1936, mémoire de maîtrise, Université de Metz, 1985, 173 p. — Fernand Leroy, Montigny cité cheminote. Histoire des ateliers SNCF de Montigny-lès-Metz... qui n’a jamais eu de gare !, Metz, Union départementale d’économie sociale de Moselle, 1993 (2e édition), 127 p. — Valérie Mangenot, Les syndicats ouvriers en Moselle de 1919 à 1934, mémoire de maîtrise, Université de Metz, 1994, 162 p. — Luitwin Bies, Gestapo contra CGT Lothringen. Die Auskünfte des Alphonse Rieth von 1940, Saarbrücken, VVN-Bund der Antifaschisten, Landesverband Saar, 2000, 27 p. — Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne, Strasbourg, 21, p. 2023 (Léon Strauss). —État civil de Soultz-sous-Forêts et Longeville-lès-Metz. — Renseignements fournis par Jean Geiger et par Émile Breton.

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