CAVALIER Georges, Louis, Marie, Alexandre, dit Pipe en Bois

Né le 27 janvier 1842 à Tours (Indre-et-Loire). Mort à Paris, rue Pierre-Demours (XVIIe arr.), le 25 octobre 1878. Élève de l’École polytechnique, franc-maçon — Voir Thirifocq E. — ingénieur des voies et promenades publiques sous la Commune de Paris.

Il s’était lié dès le collège avec Vallès qui le dépeignit comme « le don Quichotte de la laideur, long, sec, dégingandé, biscornu », portrait transformé en caricature par le Figaro du 4 janvier 1876 : « Un marron sculpté sur un col de cigogne ; un torse de girafe sur des jambes de héron ; des bras de gorille, des mains de croupier ; des cheveux roux plantés comme des baïonnettes sur un crâne en pain de sucre. » Il était entré à Polytechnique en 1861 et en sortit en 1863 avec seulement le n° 75, parce qu’il avait été malade et qu’on lui avait refusé le droit de se représenter au concours l’année suivante. Léonce Dupont y voit l’origine de sa hargne contre la société.
À l’inverse de son benjamin et condisciple Rossel, il ne voulut pas servir dans l’armée et entra à l’École des Mines. En 1865, il siffla avec entrain au Théâtre-Français l’Henriette Maréchal des Goncourt et à ce propos reçut de Vallès le sobriquet de « Pipe en Bois » qui, paraît-il, convenait à son physique. Il appartenait à la remuante jeunesse universitaire de la fin de l’Empire, collabora aux journaux La Rue, La Montagne, Le Citoyen, La Marseillaise, Le Journal du Peuple. Il subit deux condamnations pour infractions à la loi sur les réunions publiques : la première à quinze jours de prison et 100 f d’amende le 13 janvier 1870, la deuxième à quinze jours de prison le 11 février. Selon le rapport fait au 3e conseil de guerre, il avait pris goût à ses succès d’orateur dans les réunions ou les cafés.

Il travaillait à l’usine Cail lorsque la guerre éclata ; il possédait des relations et, après le 4 septembre, grâce à Gambetta et Ranc, fut nommé secrétaire de Clément Laurier, directeur au ministère de l’Intérieur. Il accompagna la Délégation à Tours, puis à Bordeaux où il assista Gambetta comme secrétaire. Parti le 10 mars 1871 à Rouen, il regagna Paris le 19, ignorant ce qui s’y passait, mais retrouva ses amis parmi les hommes de la Commune et les rejoignit allègrement. Le 7 avril, sur l’intervention d’Andrieu, il fut nommé « Directeur de la voie publique », ou « Ingénieur des voies et promenades publiques » : il signa de ce titre une pièce du 5 mai. Il avait remplacé Alphand et s’acquitta de ses fonctions en bon technicien ; il était serviable, désintéressé, il fit des nominations selon l’intérêt du service, mais celui-ci le poussa à envoyer des travailleurs sur les barricades, à organiser le transport des combattants et des munitions, à fournir les plans de Paris en surface et sous terre.
Il fut arrêté dans le quartier Monceau, rue de Prony, XVIIe arr., le 28 mai 1871, et condamné, le 7 septembre 1871, par le 3e conseil de guerre, à la déportation dans une enceinte fortifiée ; il fut incarcéré au fort Boyard, mais, l’année suivante, une mesure de faveur intervint et sa peine fut commuée en dix ans de bannissement : il avait écrit à E. Arago et J. Ferry, se disant ami de Gambetta — qui, retenu par une commission, s’était excusé de ne pas paraître au procès — et avait souligné le côté purement technique de son rôle et l’importance de celui-ci pour la salubrité de la ville. Il fut conduit à la frontière belge le 11 janvier 1872.

Il vécut dès lors en donnant des leçons de mathématiques et en servant le soir de régisseur au théâtre d’Anvers. Il donnait des conférences, copiait des plans pour un ingénieur ; mais celui-ci le congédia en raison de ses opinions, et le fantaisiste incorrigible fut expulsé de Belgique par un arrêté du 25 janvier 1876, mis à exécution en mars, pour avoir, dans une revue de fin d’année, tourné en dérision le comte de Flandre, frère du roi et sourd comme un pot ; en outre il avait visité Charleroi au moment de grèves et paru en 1874 à un congrès de l’Internationale. Il faisait partie du Club français de la Mutualité et était une des figures marquantes de la proscription belge. Plus tard seulement, miné par la consomption et la fièvre, il obtint l’autorisation de rentrer en France. Il mourut huit jours après.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article54805, notice CAVALIER Georges, Louis, Marie, Alexandre, dit Pipe en Bois, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 28 mars 2020.

ŒUVRE : Deux conférences prononcées à Bruxelles sont intéressantes à propos de la Commune. L’une a trait à Gambetta et fut donnée le 15 mai 1875 à la Nouvelle-Cour. Il y montrait son ancien chef, modéré, mais honnête, et disait : « Le socialisme, quel qu’il soit, n’entrait pour rien dans ce qu’on peut considérer comme la vraie période révolutionnaire d’attente du 18 au 26 mars. Il y avait seulement des républicains [...] Ce fut après coup, quand Paris se trouva seul engagé dans la lutte, que l’allure du mouvement se modifia, et c’est seulement après la défaite qu’on en a pu constater la résultante idéale. »
Dans une autre conférence prononcée le 11 juin 1875 à l’Ancienne Bourse, lui, père d’un futur directeur de l’Enseignement supérieur, envisage « l’enfant devant la famille et la société » avec l’accent rigoureux de Polytechnique ; la famille n’est que la cellule de l’indispensable reproduction, l’école ne doit pas préparer des esprits dociles ; « tant qu’il ne sera pas donné à chacun d’avoir sa place à la grande lumière du soleil, tant que la révolte sera légitime, il faut que nous rassemblions autour de nous le plus de révoltés possible, parce que la révolte est la seule revendication du droit légitime. » L’ordre surnaturel étant inaccessible — Cavalier est franc-maçon — l’homme recherche le mieux-être par l’instruction et l’association. Sa pensée était socialiste : « Il est incontestable que le capital-argent exploite, en vertu des lois qu’il a faites, le capital-travail. Que faut-il à ce dernier pour soutenir la lutte ? l’association intelligente des travailleurs instruits, sans lesquels le capital-argent devient lettre morte [...] C’est là le but réel à poursuivre, en dehors des commotions violentes qui peuvent se produire, et qu’il ne faut pas négliger, mais qui n’amènent de solutions durables qu’autant qu’elles sont accompagnées d’une organisation logique et suivant les lois de l’équilibre. »

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/729. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., B a/1004 —. Arch. générales du Royaume (Belgique), 4e section, n° 247.812. — Vallès, Club français du livre. — Zévaès, Célébrités contemporaines.

ICONOGRAPHIE : Photo, Arch. PPo., B a/1004 et album 286/43. — G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 291. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 209.

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