CYRILLE Victor [CYRILLE Marie, Antoine, Victor]

Par Marc Vuilleumier

Né à Grasse (Alpes-Maritimes) le 17 juin 1848 ; employé de commerce ; célibataire ; commandant du 167e bataillon fédéré ; commissaire de la Commune dans les départements et « l’un des agents les plus actifs de l’Internationale ».

Le père de Victor Cyrille était un républicain avancé et il éleva son fils dans ses idées. Victor étudia la chimie à Paris et, selon ses dires, il se serait engagé dans l’armée impériale pour y faire de la propagande démocratique. Il aurait combattu en Crète, fait campagne contre le plébiscite de 1870 à Paris, et aurait été condamné à mort à la suite de la journée du 31 octobre 1870. Lors du premier Siège, il avait été élu capitaine du 167e bataillon de la Garde nationale, grade qu’il conserva d’abord sous la Commune, mais dont il fut révoqué ; il eut, semble-t-il, une violente altercation avec Rigault, le 1er mai. Le 28 avril, Cournet l’envoya en mission à Auxerre. À en croire le commissaire central de Nice, il aurait pris part aux troubles de Lyon (son nom figure effectivement au bas des affiches placardées en cette ville le 27 mai) et aurait cherché à faire proclamer la Commune à Nice, en se présentant à la mairie avec un drapeau rouge. Le 28 juin, il signa, en tant que secrétaire, un appel adopté par une assemblée de l’Union des Travailleurs des Bouches-du-Rhône. Le 5e conseil de guerre le condamna par contumace, le 18 octobre 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Son dernier domicile parisien connu, avant 1871, était, 13, rue de l’Échiquier, Xe arr.

Cyrille se réfugia en Italie ; le 1er octobre 1871, il envoyait une lettre datée de Palerme à l’Ordre social de Nice. Le 22 décembre 1871, il vint passer plusieurs jours avec Bakounine, à Lugano. Ce dernier l’envoya en mission à Milan, les 27 et 28 décembre. Le 31, Cyrille partit pour Genève. En avril 1872, il arriva en Belgique, où il dépista la police qui le chercha vainement à Bruxelles, Liège et Anvers. En août 1872, il fit paraître, dans la capitale belge, avec l’aide du réfugié Benjamin Gastineau, une brochure de 63 pages, La Liquidation sociale, prophétie, sorte d’évocation de la société nouvelle. Le 30 août, il partit pour La Haye où il représenta une section française de Bruxelles au congrès de l’AIT ; il se rangea au côté des adversaires du Conseil général. Toutefois, s’il vota contre l’exclusion de l’Internationale de Bakounine, J. Guillaume et Schwitzguébel, il ne semble pas avoir voté la déclaration de la minorité.

Cyrille revint à Bruxelles et repartit aussitôt pour Londres, avec l’intention de se rendre en Espagne. On le signala à Genève, en décembre 1872. Au début de 1873, il se trouvait en Italie d’où il lança un appel à Garibaldi pour l’engager à se porter au secours de la république espagnole (cf. À Monsieur Castelar, ministre des Affaires étrangères de la République espagnole, 1 p. signée « Victor Cyrille, condamné à mort et à je ne sais plus quoi »). Il assista au Congrès de Bologne de la Fédération italienne de l’AIT, du 15 au 17 mars 1873 (cf. son article dans la Liberté de Bruxelles, du 20 avril 1873). Cela lui valut d’être arrêté et conduit à la frontière suisse.

Sans y être délégué, il assista au congrès de la Fédération jurassienne à Neuchâtel, les 27 et 28 avril 1873. Expulsé de Genève le 17 mai, il y revint aussitôt et assista au 6e Congrès de l’AIT (tendance hostile au Conseil général), du 1er au 6 septembre 1873, muni de mandats des sections de Florence, Livourne, Pomarance, Cortona et Burolo.

Le 24 mars 1874, il fut arrêté à Gênes et refoulé vers la Suisse, où on ne voulut pas l’accepter. Il fut alors emmené à Brindisi et embarqué sur un navire à destination de Corfou.

En 1875, il était à Buenos-Aires.

Il semble être revenu en Italie ; en juillet 1879, il était à Londres. Il fut « suspecté de connivence avec la police italienne » — Mme André Léo, dans une lettre de 1878, affirmait qu’on en avait la preuve, « et deux fois plutôt qu’une ». Nous lui laisserons la responsabilité de cette accusation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article56381, notice CYRILLE Victor [CYRILLE Marie, Antoine, Victor] par Marc Vuilleumier, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 janvier 2020.

Par Marc Vuilleumier

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/855, n° 1911, BB 30/486 (proclamation à l’armée et appel à la province signé V. Cyrille, correspondant de Paris, affichés le 27 mai 1871 à Lyon). — Arch. Min. Guerre, 5e conseil. — Arch. PPo., B a/431 et listes de contumaces. — Arch. d’État, Genève, RC et J. 93. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 14 U 101. — Le Révolté, 14 juin, 12 et 26 juillet 1879. — J. Guillaume, L’Internationale..., t. II, pp. 251-252, t. III, pp. 69, 110. — J. Freymond, La Première Internationale, op. cit., t. II.
Biographie rédigée pour l’essentiel par M. Vuilleumier qui a publié la correspondance de Victor Cyrille dans la revue Movimento Operaio e Socialista, a. XII, n. 3-4, juillet-décembre 1966.

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