DELPECH Louis

Par Roger Vignaud, Pierre-Henri Zaidman

Né le 8 septembre 1834 à La Tour d’Aigues (Vaucluse) ; comptable ; militant de l’AIT ; participant à la Commune de Marseille (Bouches-du-Rhône) ; plus tard député.

Fils d’un cordonnier, Louis Delpech fit ses études à l’école des arts et métiers d’Aix-en-Provence d’où il fut exclu puis arrêté et relâché après le coup d’état du 2 décembre 1851. Il servit de 1854 à 1856, en Algérie, dans le 70e régiment d’infanterie, il était caporal. Il vint ensuite s’installer à Marseille et devient voyageur de commerce avant d’entrer en qualité de comptable chez Guieit Frères, tanneur de la rue du Bon Pasteur. Il adhéra à l’Internationale et devint le trésorier de la section de Marseille.

Dans une lettre qu’adressa Bastelica à Murat, le 29 novembre 1868, il disait : « Sur la liste des dix candidats figure un des nôtres, le citoyen Delpech, comptable, homme jeune, convaincu, estimé, ex-trésorier de l’Association Internationale. »

C’est à l’occasion de ces législatives de 1869, qu’il quitta sa place de comptable pour se consacrer exclusivement à la politique. Initié à la loge La Réforme, celle de Gambetta, il contribua, d’ailleurs, à l’élection de celui-ci ainsi qu’à celle d’Alphonse Esquiros.

Il collabora à plusieurs journaux, Le Peuple, La Voix du peuple, L’Égalité. L’année d’après, il se présenta aux élections du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et du Conseil d’arrondissement de Marseille le 18 juin 1870 sur la liste de l’Union démocratique soutenue par le journal L’Égalité. C’est lui qui le 4 septembre 1870, annonça à la population de Marseille, la chute de l’Empire et la proclamation de la République, depuis le balcon de l’Hôtel de ville. Le 5 septembre 1870, il fit partie de la Commission départementale provisoire qui s’installait à la préfecture. Il fut nommé ensuite sous-préfet à Aix-en-Provence, mais Gambetta ne ratifia pas sa désignation.

Le 24 septembre 1870, le Préfet des Bouches-du-Rhône, Alexandre Labadié, démissionna de ses fonctions à cause des exactions commises par les gardes civiques ; il fut remplacé par Louis Delpech. Après son échec aux élections municipales du 14 novembre, où il n’obtint que 8 200 voix contre 28 600 en faveur de la liste modérée, et la capitulation des troupes françaises à Metz, il démissionna et quitta Marseille pour rejoindre l’armée de Garibaldi. Le général italien le nomma commandant de la 2e brigade de l’armée des Vosges où se trouvaient les Francs-tireurs de l’égalité qu’il avait créées. Il était fait prisonnier lors de la prise de l’Alsace-Lorraine.

Après l’armistice, en février 1871, il revint à Marseille. Il ne fut pas inquiété par les autorités judiciaires pour son éventuelle action au sein de la Commune. Le 28 juillet 1871, il se battit en duel avec un anglais, Robert Middleton, qui avait publié dans le Salut public de Lyon un article contre l’Armée des Vosges. Il voyagea ensuite en Europe et en Amérique centrale, et fut employé dans une entreprise de travaux publics, participant à la construction de voies ferrées en France et au Portugal. Bien qu’installé à Paris, il tenta de se faire élire dans le Vaucluse.

Dès 1883, il saisit l’occasion d’une élection partielle, dans la circonscription d’Apt, au siège laissé vacant par la nomination au Sénat d’Alfred Naquet, pour tenter sa chance pour la première fois ; mais il n’obtint que 3 502 voix sur 8 337 votants, contre 4.735 à Laguerre qui fut élu. Lors des élections générales législatives des 4 et 18 octobre 1885 qui se déroulèrent au scrutin de liste, il obtint 10 426 voix au premier tour, sur la liste de l’Union républicaine, mais ne se maintint pas au second tour. Le retour au scrutin uninominal aux élections des 22 septembre et 6 octobre 1889 lui permit d’être élu au second tour de scrutin dans l’arrondissement d’Apt. En seconde position, au premier tour, avec 4 488 suffrages sur 10 735 votants et 4 737 au boulangiste Callier, il l’emporta au scrutin de ballottage avec 6 271 voix sur 11 461 votants, contre 5 076 à son adversaire. En même temps, il brigua et obtint un siège au Conseil général du Vaucluse dont il fut élu président.

Désigné par le Congrès républicain antiboulangiste, résolument contre « César et ses complices », Louis Delpech se posa surtout devant ses électeurs comme le défenseur de l’agriculture, principale ressource de sa circonscription, pour la liberté du régime commercial et pour une énergique « protection » de cette même agriculture.

A la Chambre, où il siégea dans les rangs des républicains, il appartint à diverses Commissions, dont celles des chemins de fer (1890), celle relative à la réglementation du travail (1890) et celle chargée de l’examen du projet et des propositions de loi concernant la liberté d’association (1892). S’il ne déposa aucune proposition de loi, sa compétence en matière ferroviaire l’amena à rapporter de nombreux projets de loi d’intérêt local concernant l’établissement de chemins de fer à voie étroite, ainsi que le projet de loi relatif au rachat par la Compagnie P.L.M. du chemin de fer d’Arles à Saint-Louis-du-Rhône (1893). Il participa en outre à la discussion d’une interpellation relative au couchage des hommes de troupe, à celle du projet de loi, adopté par le Sénat, concernant le travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements industriels (1890), à celle, la même année, du budget de l’exercice 1891, à celle d’une interpellation sur les manifestations ultramontaines de certains évêques français à propos de laquelle il déposa un ordre du jour motivé (1891) ; l’affaire de Panama retint par deux fois son attention, lorsqu’il fut entendu sur l’urgence de la proposition de loi Pourquery de Boisserin sur les pouvoirs de la Commission d’enquête (1892), ainsi que de la proposition de loi Thellier de Poncheville, tendant à instituer un tribunal spécial pour assurer la répartition des sommes indûment payées au préjudice des porteurs de titres de la Société du canal de Panama (1892).

Nommé membre du conseil d’administration des chemins de fer de l’Etat en 1890, il ne se représentât pas aux élections d’octobre 1893 et abandonnât la présidence du conseil général. Il mourut le 2 avril 1896 à Paris (17e).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article57142, notice DELPECH Louis par Roger Vignaud, Pierre-Henri Zaidman, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 14 septembre 2019.

Par Roger Vignaud, Pierre-Henri Zaidman

SOURCES : CARAN F1b I 158/13. — Arch. P. Po B/a 1030. — Antoine Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille et ses origines, op. cit., p. 89. — Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940. — Georges Gugliotta, Les mobiles et francs-tireurs des Bouches-du-Rhône, Auto-édition, 2009.

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