DURUOF Jules [DUFOUR Claude, Jules, dit] [et non DURNOF]

Par Louis Bretonnière

Né le 9 décembre 1841 à Paris ; capitaine des aérostiers civils et militaires de la Commune de Paris.

Demeurant rue Magnan, 32, près de la Douane, à Paris, Jules Dufour se fit aérostier de foire pour gagner sa vie sous le nom de Duruof, qui était l’anagramme de son patronyme. À la fin de l’Empire, son atelier se trouvait 214, rue Saint-Maur (XIe arr.). Il possédait alors deux vieux ballons, qu’il prêtait à Nadar.
Le 18 août 1870, Nadar, Duruof et Dartois, fondèrent la 1re compagnie d’aérostiers militaires. Le 20 septembre, Gambetta valida la soumission officielle pour la construction des ballons enregistrée la veille et contresignée par « J. Dufour, dit Duruof ».
Le 23 septembre, à 7 heures du matin, ce dernier s’envola de la place Saint-Pierre à Montmartre à bord du Neptune, un vieux ballon usé qui fut le premier à quitter Paris. Chargé de sacs de dépêches, il fila vers l’ouest et se posa au château de Cracouville à 5 km au sud-est d’Evreux. Il fut accueilli par le préfet de l’Eure, à qui il remit les trois sacs de dépêches pesant 125 kg. Duruof venait ainsi de créer la poste aérienne.
Resté en province, il se mit à la disposition du gouvernement de Tours, fabriqua les aérostats qu’on lui commandait et créa une nouvelle équipe d’aérostiers. Après l’armistice, il regagna Paris et s’installa chez sa mère, 32, rue Magnan (aujourd’hui rue Beaurepaire, Xe arr.).

Le 20 mars 1871, une trentaine de ballons furent ramenés de province et entreposés dans les locaux de l’Administration des Postes, 61, quai de Grenelle. Malade, Nadar demanda le 19 avril à Félix Pyat de nommer Duruof directeur du service des ballons. Il joignit à sa lettre le texte d’un décret portant création d’une compagnie d’aérostiers civils et militaires de la Commune et, le 20 avril, la Commission exécutive décréta cette création, nommant Claude-Jules Duruof capitaine des aérostiers et son ami Jean-Pierre Alfred Nadal lieutenant magasinier général. Le même jour, Duruof fut convoqué à l’Hôtel de Ville par Parisel, qui le chargea de réunir quai de Grenelle, où étaient déjà entreposés des ballons du siège, tous les matériels dispersés un peu partout.
Le 21 avril, un premier ballonnet de 120 m3 portant 40 kg de dépêches fut lâché, mais quelques minutes après il s’abîma dans la Seine. Le 3 mai un second ballonnet s’enflamma lors de son ascension. Le 4, un nouveau lancer de ballon eut lieu à 14 heures, suivi d’un autre à 16 heures 30. Ces ballons étaient chargés de circulaires des Francs maçons destinées aux loges de province. Le 6 mai, sur ordre de Paschal Grousset, Duruof lança un nouveau ballon chargé d’exemplaire du texte Au peuple des campagnes et du Manifeste du peuple de Paris ; ce ballon tomba dans les bois de Cudot (Yonne).

Le 11 mai, Duruof écrivait à propos du « propulseur à réaction » inventé par un certain Fayol : « La compagnie des aérostiers pourrait aider le citoyen Fayol à mettre son projet à exécution en ce qui concerne l’aérostation. » Le 21 mai, il réclama à Lependy, commissaire délégué à la fabrication du gaz d’éclairage, qu’on lui amène du gaz dans la cour des Tuileries. Mais l’entreprise de Duruof se réduisit finalement à peu de choses, faute de temps, de moyens... et de vent. Il ne semble pas qu’il ait pu lancer plus de 4 ou 5 ballons.

Le 25 mai, Duruof réussit à échapper aux Versaillais alors qu’il se trouvait à Ménilmontant. Il gagna la Belgique, où il prit une chambre à l’Hôtel de la Poste Verte à Molenbeck-Saint-Jean. Le 25 septembre 1871, il s’envola du Jardin de la Société royale de zoologie de Bruxelles à bord du Jules Favre, qui était sorti de Paris le 16 octobre 1870. Il se rendit ensuite en Italie, d’où il entretint une longue correspondance avec Nadar.

De retour à Paris en octobre 1872, il retrouva sa mère rue Magnan et épousa sa voisine, Caroline Morière, qui habitait 162, rue Saint-Maur (XIe arr.) et chez qui il s’installa. Il ignorait sans doute qu’un ordre d’informer avait été délivré contre lui le 18 août 1872. Bien qu’un premier rapport de police du 10 juillet 1873 lui ait été très favorable, il fut néanmoins convoqué à Versailles le 13 novembre et arrêté le 16 décembre. Il resta 3 semaines à la prison des Chantiers. Il comparut le 6 janvier 1874 devant le 4e Conseil de guerre, qui l’acquitta grâce à l’intervention énergique de Nadar, venu à la barre défendre l’accusé.
Duruof reprit aussitôt ses activités d’aérostier. Le 31 octobre 1874, alors qu’il inaugurait avec sa femme à Calais un nouveau ballon, le Tricolore, il tomba en mer au large et fut secouru d’extrême justesse par un bateau anglais, alors que sa femme évanouie n’avait plus que la tête hors de l’eau. Il poursuivit toutefois ses ascensions jusqu’en 1883 (85 au total). Puis atteint d’un mal qualifié de mystérieux, il s’isola, déprima et divorça, avant de tomber dans le plus complet dénuement. Pour lui venir en aide Nadar ouvrit en 1894 une souscription dans Le Figaro, mais elle ne rencontra guère d’écho.
Duruof mourut le 12 février 1898 à Esquéhéries (Aisne), où il s’était établi trois ans auparavant dans une petite propriété.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article58493, notice DURUOF Jules [DUFOUR Claude, Jules, dit] [et non DURNOF] par Louis Bretonnière, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 juin 2020.

Par Louis Bretonnière

SOURCES : J. O. Commune, 22 avril 1871. — Louis Bretonnière dans Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

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