GAVARD Paul [GAVARD Louis, Paul]

Par Jean-Louis Robert

Né le 22 mars 1838 au Havre (Seine-Maritime) ; teinturier, publiciste ; participant à la Commune de Marseille, libre-penseur, franc-maçon.

Fils d’un teinturier du Havre - un protestant qui fut élu en 1869 au conseil municipal du Havre sur la liste d’opposition à la liste officielle- Louis-Paul Gavard fut élève au collège du Havre où il reçut une bonne éducation. Paul Gavard revendiquait d’avoir participé à la bataille de Solferino, mais on n’en a pas de preuves. On ne sait quand Paul Gavard arriva à Marseille, mais l’Indicateur Marseillais le signalait comme installé 11 rue Dauphine (Nationale en 1871) à compter de 1865. Sa publicité insistait sur les bas prix de ses produits. Paul Gavard se présenta d’ailleurs toujours comme teinturier-chimiste pour souligner ses capacités.
Paul Gavard fut engagé dès 1868 dans la Libre-Pensée et aux « droits de l’Homme ». Il fit en avril 1870 un discours à l’enterrement civil d’une citoyenne.
Participant actif aux événements marseillais de septembre 1870, Gavard fut nommé commandant du bataillon de l’ordre et de la paix par Esquiros le 8 septembre. Dès lors, il fut en charge des arrestations des ennemis de la République. Il préconisa le 19 septembre à Esquiros l’arrestation de jésuites venus d’Avignon et des anciens policiers relâchés à tort et qui, selon lui, complotaient contre la République. L’épisode pittoresque de l’arrestation du maire de Septèmes a été conté par Léo Taxil. Il se défendit toujours des excès qui lui furent reprochés lors de son procès et par la presse anticommunarde. Il n’avait fait, écrivait-il, qu’exécuter scrupuleusement les mandats qui lui étaient ordonnés. Chargé d’arrêter Bakounine, il donna sa parole à Charles Alerini— selon James Guillaume — de ne le rechercher « que là où il serait sûr de ne point le trouver, et de ne point le voir s’il venait à le rencontrer ». Les sources policières le décrivent comme un homme de taille petite, cheveux bruns fournis et frisés, yeux marron et très vifs, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, barbe blonde foncée, moustache et mouche. Son costume pittoresque (qui aurait été confectionné par Alexandre Lemonier, membre de l’Internationale, délégué de la section de Marseille, à un congrès de Bruxelles) ou son chien peint en rouge, attiraient l’attention. Encore le 16 novembre 1870, il demandait des revolvers pour son groupe.

Ensuite, lorsque les autorités nationales reprirent le contrôle de Marseille, il fut muté dans la garde nationale, puis se porta volontaire pour combattre dans l’armée de Garibaldi. Il fut en janvier 1871 lieutenant aux éclaireurs de Caprera et fut blessé lors de la bataille de Dijon.

Revenu à Marseille, il participa à l’insurrection de mars-avril 1871, fut aide de camp du général Pélissier nommé chef de la Grade nationale de Marseille par Landeck. À ce titre il tenta le 2 avril d’arrêter le maire de Marseille et procéda à l’arrestation de Guibert, procureur de la République, au Palais de justice. Il put échapper à la répression et se réfugia à Barcelone. Gavard fut jugé par contumace le 24 janvier 1872 et condamné à la peine de mort. Il n’avait jamais été condamné auparavant.

Le 21 août 1872 il envoya à la presse un démenti à l’annonce de sa mort se revendiquant toujours comme un « honnête ouvrier et un ardent défenseur de la République. » Il habitait alors 31 calle Parlemento. Le 17 mai 1879, sa peine fut commuée en cinq ans de bannissement par la commission des grâces. Le restant de sa peine lui fut remis le 3 avril 1880. Il avait encore versé de Barcelone en août 1879 à la souscription pour l’élection de Blanqui à Bordeaux.
Dès la fin du mois de juillet 1880, la presse rendit compte abondamment de sa participation au congrès régional ouvrier de Marseille. Il y fut secrétaire de séance et y intervint pour que l’on mit fin révolutionnairement ou par les urnes au pouvoir de la bourgeoisie. En août 1880, il fut porté « candidat ouvrier par les électeurs de la Belle de Mai » pour le 4e canton, et se proclamait, républicain, socialiste et révolutionnaire, développant un programme précis en 26 points de l’instruction gratuite et obligatoire au divorce… et se concluant par « Vive la Commune révolutionnaire. » Mais finalement sa candidature ne fut pas retenue. Paul Gavard fit encore deux tentatives électorales, de plus en plus malheureuses. En 1884, il se porta candidat aux élections municipales de Marseille pour la 10e section et il fut soutenu par un comité de revendication d’autonomie communale. Il n’obtint que 133 voix sur 1571 votants. En 1893, il sera candidat aux élections législatives dans la 2e circonscription de Marseille comme socialiste indépendant, préconisant « la République vraie, c’est-à-dire réformatrice » et se proclamant « ex officier de l’armée des Vosges », mais il n’obtint que 3 voix !
Son évolution politique fut d’ailleurs fluctuante. Il parut d’abord proche des socialistes révolutionnaires, voire des anarchistes, organisant des réunions de soutien aux anarchistes condamnés par le tribunal de Lyon en 1883 et1884 et se revendiquant même en 1882 comme « nihiliste. » Le 22 novembre 1880, il envoyait, sous enveloppe du journal anarchiste Ni Dieu, ni maître, une lettre à Louise Michel : « Je vous salue héroïque citoyenne, amante du Devoir, le devoir est plus cher que la vie, la grandeur du citoyen est celle que vous avez montrée, la franche abnégation ! Honneur à vous ! À ceux qui veulent l’Émancipation, la Révolution, le Progrès, la Régénération sociale, l’Extinction complète des despotes, la dignité. Drapeau sans tache, nous nous rangeons autour de vous. » Mais le patriotisme n’était jamais loin puisque Gavard signait cette lettre comme « ex officier garibaldien condamné à mort par les capitulards et Thiers commandant en chef des commandos fusilleurs, signataire de la plus honteuse des paix et de la livraison de deux provinces. »

Il semble ensuite s’être éloigné des milieux socialistes, restant fidèle à la Libre pensée (il faisait de nombreux discours lors des enterrements civils), adhérant on ne sait à quelle date à la loge des frères de l’Union régénérée. Cependant en juin 1884, la pétition des citoyennes socialistes pour la suppression du travail dans les couvents était déposée chez lui pour signature.
Sa notoriété lui valut d’être un des deux intervenants lors du passage, gare de Marseille, du convoi funèbre de Gambetta, le 13 janvier 1883. Mais il parla devant le préfet, lui l’ancien communard, au titre d’ancien des éclaireurs de Garibaldi, et son discours fut patriote. Gavard signait toujours aussi ses textes comme condamné par « les capitulards. »
Paul Gavard avait aussi des activités de publiciste. Il écrivit dans l’Indépendance de Toulouse et dans Le Fleuret. Il tenta en 1883 de lancer un journal La Trinité diabolique, journal des prolétaires, qu’il adressait aux « souffrants », y dénonçant l’église, l’armée et le capital. Le journal n’eut que trois numéros et une tentative de le relancer en 1884 échoua. Gavard avait une écriture fort pittoresque, peu soucieuse de la grammaire et très ampoulée qui suscitait l’ironie de ses adversaires.
Paul Gavard se consacra aussi à l’organisation des anciens garibaldiens de Marseille, établissant des relations avec l’Italie, rappelant les « espérances communes des deux nations sœurs. » Il participait aussi aux réunions des anciens combattants de Solferino en 1891. En 1895 Gavard livra un petit opuscule comprenant une Marseillaise de la paix et un court poème, Ce que j’aime.
Le 12 mai 1881 Gavard annonçait dans la presse qu’il était de nouveau établi teinturier-chimiste. Ses ateliers étaient signalés 3 rue des Templiers, 7 rue des Dominicaines et 4 chemin de Sainte-Marthe, près de la Belle de Mai.
Sa femme, qu’il avait épousée au Havre, mourut en janvier 1905. L’Humanité signalait en mars 1907 que Gavard vivait à la Belle de Mai, se consacrant à la lecture et à ses souvenirs. On ignore la date de son décès.
Paul Gavard a-t-il servi de modèle à Émile Zola ? Un Gavard, marchand de volailles, proche du jeune héros, opposant à l’Empire, plus bavard que sérieux, y est déporté à Cayenne en fin du Ventre de Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article60105, notice GAVARD Paul [GAVARD Louis, Paul] par Jean-Louis Robert, version mise en ligne le 13 mai 2022, dernière modification le 13 mai 2022.

Par Jean-Louis Robert

SOURCES : Archives Départementales des Bouches-du-Rhône, 2R.322 et 2R.521. — Arch. Nat., BB 24/866. — Arch. PPo., listes de contumaces. — État-civil du Havre.
Léo Taxil, Confessions d’un ex-libre penseur, Letouzey et Ané, 1887. — Henri Jouve, Dictionnaire biographique des notabilités de la Seine Inférieure, 1892. — Pierre Ardaillou, Les républicains du Havre au 19e siècle, PURH, 1999. — Bertol-Graivil et Eugène Plantié, Léon Gambetta-Souvenirs, Tolmer, sd. — Le collège du Havre, Impr du Havre-éclair, 1905. — Indicateur marseillais (de 1865 à 1892. — Roger Vignaud, La Commune de Marseille – Dictionnaire, Édisud, 2005. — J. Guillaume, L’Internationale, op. cit., t. II, p. 113.
Le Journal de Toulouse, 5 janvier 1871. — Le Petit Marseillais, 21 août 1872, 29 avril 1884 ; 11 mai 1884. — La Jeune république, 26 mai 1879. — Le Sémaphore de Marseille, 25 janvier 1872, 3 avril 1880, 4 février 1883. — Le Mot d’ordre, 30 juillet 1880. — Le Messager du Midi, 30 juillet 1880, 23 novembre 1880. — Le prolétaire, 14 août 1880. — Le Petit Provençal, 25 décembre 1880, 25 avril 1882 15 mai 1888, 1er juin 1890, 26 juin 1891, 15 août 1893, 26 janvier 1905. — Le Rappel, 21 juin 1893. — L’Humanité, 18 mars 1907.

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