GRÊLIER Victor, Élie

Né le 10 juillet 1831 à La Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne) ; mort en 1889 à Paris ; garçon de lavoir ; membre du Comité central de la Garde nationale pendant la Commune de Paris, déporté en Nouvelle-Calédonie.

Grêlier vint à Paris à l’âge de huit ans et y pratiqua bien des métiers : apprenti bijoutier d’abord, puis, en 1846, cuisinier dans la famille de Noailles. En 1848, il fut garde mobile, puis se retrouva, en Afrique du Nord, cuisinier d’un général ; en 1851, il souscrivit un engagement pour éviter le tirage au sort. En 1861, libéré des obligations militaires, il était garçon de lavoir dans le quartier de Charonne, XXe arr., et il épousa la fille de son patron ; avec la dot de sa femme, il put verser 10 000 F comptant sur les 45 000 que valait le lavoir ; son beau-père resta son associé. Blond aux yeux bleus, un peu contrefait, il sanctionna sa promotion sociale en entrant à la Garde nationale en 1861, et, cinq ans plus tard, il y avait grade d’officier. Nulle condamnation à son casier avant 1870, même au procès des blanquistes, en juillet-août 1870, à Blois où il comparut ; au reste, on le dépeignit assez peu soucieux de politique.
Il joua, lors de l’affaire des pompiers de la Villette, un rôle de conciliateur et, parmi ses amis blanquistes, semble plus proche de du Bisson Raoul ; lieutenant porte-drapeau du 157e bataillon durant le Siège, il participa, le 21 octobre 1870, à l’envahissement de la mairie du XIe arr. Il l’administra quelque temps et distribua libéralement des secours, au besoin de sa propre poche.
Il assista en mars 1871 aux réunions du Comité fédéral républicain et en devint l’un des membres actifs ; nommé délégué près du Comité central, il travailla à la fusion des deux commissions et au vote des statuts du 15 mars ; il ne cessa dès lors de faire partie du Comité central (commission des subsistances).
Dans la soirée du 18 mars 1871, il fut choisi comme délégué au ministère de l’Intérieur ; le 20, il déclarait à M. Schmitt, sous-chef de cabinet « resté à Paris en vertu d’ordres supérieurs », qu’il voulait se mettre à l’abri avec les siens ; le sous-chef lui proposa un moyen de fuir ; dans la journée, Grêlier quitta Paris avec sa famille et la conduisit à Montereau, mais il revint à Paris le lendemain ; il fut aussitôt attaché au Commerce avec Arnold et délégué au ministère de la Guerre avec Édouard Moreau dans la première quinzaine d’avril. Le 8 avril au ministère des Affaires étrangères, le 11 à l’archevêché, il dressait avec Viard l’inventaire et s’occupait d’envoyer l’argenterie à la Monnaie ; il retourna le 15 à l’archevêché pour une perquisition, puis participa au « pillage » du couvent des jésuites de Vaugirard ; toutefois il aurait laissé les indications nécessaires pour retrouver les objets enlevés. Le 19 mai, il passa aux Subsistances ; il dit avoir cessé toute activité le 22 et avoir été pourvu d’un emploi par le supérieur du couvent de Vaugirard jusqu’au 22 janvier 1872, date de son arrestation.
Les témoins devant le 4e conseil de guerre le dirent honnête homme, bon administrateur, soucieux de récupérer par exemple les stocks des Magasins généraux ; le courtier Aubé, qui lui opposa une sourde résistance, le dépeignit « rêveur, d’un petit esprit, ayant à coup sûr conservé [...] une incontestable honnêteté et un désintéressement étranger à ses collègues ». L’opinion d’un employé : « il n’était pas un exalté en politique », sembla partagée par tous ; il paraissait d’ailleurs avoir hésité à plusieurs reprises ; fin avril, il aurait projeté d’aller aux avant-postes, accompagné d’un prêtre, et de demander à Versailles des élections à une Constituante. « D’un naturel fort doux, faible de caractère, n’ayant qu’une instruction plus que médiocre, il devait plier facilement devant ces hommes pour lesquels il était un précieux auxiliaire » ; il sembla en effet avoir toujours tenu la seconde place, aux côtés de Viard notamment, et la signature qui lui fut imputée du décret paru au Journal Officiel de la Commune du 21 mai, prescrivant de brûler le Grand Livre de la Dette publique, est assez improbable psychologiquement. L’affaire était difficile à éclaircir, et le 4e conseil de guerre condamna Grêlier, le 28 mai 1872, aux travaux forcés à perpétuité ; mais on accepta son recours en grâce apostillé par le supérieur du collège de Vaugirard et la peine fut commuée, le 22 janvier 1873, en déportation simple.
On dit de lui en déportation : « Il est bon travailleur, sa conduite ne laisse rien à désirer. » Son fils demanda à le rejoindre, et sa femme refusa pour ne pas payer l’indemnité qui lui serait alors demandée pour ses deux filles pensionnaires d’un établissement religieux professionnel. Il fut autorisé, le 13 novembre 1877, à rester à Nouméa ; à l’île des Pins, il avait été garçon marchand de vins, puis gérant, puis patron ; il perdit ses économies lorsqu’on l’arrêta pour avoir aidé à l’évasion de Rochefort — à tort dit-il : « D’un imbécile, ils en ont fait un héros. » Amnistié, on le retrouvait, en 1880, marchand de vins à la Villette, XIXe arr.
Il était marié, père de quatre enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article60933, notice GRÊLIER Victor, Élie, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 juin 2020.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/776 et H colonies 83. — Arch. Min. Guerre, 4e conseil. — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — Murailles... 1871, op. cit., p. 537. — P. V. Commune, op. cit., liste donnée à la séance du 28 mars). — J.O. Commune, 20 mars 1871. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

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