JANSSOULÉ Armand, Ferdinand

Né le 13 août 1834 à Bordeaux (Gironde) ; mort le 26 juillet 1883 à Nogent-sur-Marne ; il fut autorisé par le délégué civil à la guerre, Delescluze, à organiser pendant la Commune de Paris le corps franc des « Lascars » (cf. J.O. Commune, 18 mai 1871).

D’ascendance béarnaise, Janssoulé était fils d’un peseur en douane qui en 1848 s’était signalé dans les clubs de Bordeaux ; Jean-Pierre Janssoulé avait perdu plusieurs enfants, et un administrateur de la compagnie des chemins de fer d’Orléans le convainquit de l’intelligence et des talents dramatiques d’Armand, désormais fils unique ; on lui laissa tenter sa chance... dans les salons et les pensionnats de Bordeaux, de La Rochelle, où il composa des bouts-rimés. De 18 à 25 ans, il servit aux chasseurs à pied en Afrique, en Crimée ; en 1865, il était musicien aux chasseurs de Vincennes ; malade, il fut hospitalisé à Bayonne ; il habita aussi Nantes. Il était marié.

En septembre 1870, il vint de Tarbes à Paris et servit au 117e bataillon de la Garde nationale comme sergent ; en mars 1871, il était adjudant, secrétaire du commandant du 258e bataillon ; après le 18 mars, il fut nommé chef du bataillon et commanda jusqu’au 26 avril la place d’Asnières pour remédier à la désorganisation qu’il avait signalée. Ses hommes le jugeaient trop sévère ; il fut arrêté, incarcéré trois jours au Cherche-Midi ; accusé d’indélicatesse, il écrivit à Vermorel, à Gérardin, et invoqua « la démoralisation occasionnée par l’inconstance de l’esprit parisien ». Libéré, il demanda à Vermorel un laissez-passer pour quitter Paris, mais se laissa gagner à l’idée d’organiser un corps franc, celui des Lascars, dont il fut le chef.

Arrêté par les troupes de Versailles, il écrivit des lettres théâtrales et invoqua des circonstances atténuantes : depuis 1863, l’Empire lui versait des allocations (?) ; n’avait-il pas été regardé comme traître à la fois par la Commune et par Versailles ? Les chefs de la Commune — Okolowicz et Dombrowski par exemple — étaient des incapables ; lui-même reconnaissait son rôle, mais l’attribuait au patriotisme ; « la théorie brillante des libertés communales », dit-il, l’avait retenu un temps. Le 3e conseil de guerre estima que « le bruit, l’odeur de la poudre le grisèrent », et la condamnation du 1er décembre 1871 à la déportation simple fut commuée, le 20 juin 1872, en cinq ans de prison et en dégradation civique. À Landerneau, il fut puni pour avoir pris part à un soulèvement des détenus en 1873 ; ramené du quartier cellulaire de Fontevrault (Maine-et-Loire), il dirigea longtemps le chant religieux pour la célébration du culte, malgré les quolibets de ses camarades de détention.
Il revint à Paris au début de 1877 et exerça son activité d’auteur et de compositeur.
Durement éprouvé par ses années d’incarcération, Janssoulé sombra dans la démence et dut être interné en 1881 à Sainte-Anne, puis à l’asile d’aliénés de Ville-Evrard à Nogent-sur-Marne, où il mourut.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article62259, notice JANSSOULÉ Armand, Ferdinand, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 2 février 2020.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/754 et BB 27. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — J.O. Commune, op. cit., 18 mai 1871. — Michel Cordillot (dir.), Dictionnaire de la Commune de Paris, éditions de l’Atelier, septembre 2020.

ICONOGRAPHIE : Une photographie de Jeansoulé — y a-t-il identité ? — est donnée dans l’album 286/43 des Arch. PPo.

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