MARIGNANE Albert, Émile

Par Sébastien Avy, Renaud Poulain-Argiolas

Né le 25 mai 1896 à Sorgues (Vaucluse), mort le 11 décembre 1970 à Miramas (Bouches-du-Rhône) ; ouvrier agricole, employé des chemins de fer ; syndicaliste CGTU puis CGT ; militant communiste ; conseiller municipal de Miramas (1934-1940)

Municipalité Blanc en 1936. Albert Marignane est au rang du fond, le 4e en partant de la gauche.

Albert Marignane vit le jour à Sorgues (Vaucluse), dans le hameau de Sainte-Anne, au domicile de ses parents. Son père, Siméon, Pierre Marignane, cultivateur, était né à Saint-Hippolyte-le-Graveyron (Vaucluse). Sa mère, Cécile Malen, sans profession, était née à Entraigues-sur-la-Sorgue (Vaucluse). Les parents, mariés en 1893, avaient eu cinq enfants : Émilie (1883), Ida (1885), Joseph (1893), Albert (1896) et Marie (1898).

Siméon Marignane mourut en 1899 à la maison de santé d’Avignon-Montfavet. Il avait 42 ans. Il semble qu’il disparût sans aucun papier d’identité, car son nom de famille et son lieu de naissance sont déformés sur son acte de décès. Cécile Marignane se remaria en 1905 avec François, Xavier Donat, cultivateur. Les enfants Marignane vécurent alors à Entraigues-sur-la-Sorgue avec leur mère, leur beau-père et les enfants de celui-ci : Antoine (1890) et Rose Donat (1891). L’aînée de la fratrie Marignane, Émilie, travaillait alors comme ouvrière.

Albert Marignane fut mobilisé pour la Première guerre mondiale au printemps 1915. Son état signalétique indique qu’il travaillait à cette époque comme ouvrier agricole et vivait au Pontet (Vaucluse), dépendant du bureau de recrutement d’Avignon. Incorporé au 92e régiment d’infanterie à Clermont-Ferrand le 10 avril, il passa successivement au 81e régiment d’infanterie (Montpellier) et au 175e (Grenoble). Il ne fut pas envoyé sur le front allemand, mais affecté à des opérations « intérieures », puis « aux armées ». De décembre 1917 à juillet 1919, il fut envoyé en Orient où il intégra le 210e régiment d’infanterie d’Auxonne (venant de Côte-d’Or) et le 16e régiment de tirailleurs. Rapatrié en juillet, il fut démobilisé le 20 septembre de la même année.
Le 28 avril 1920, il était classé dans l’affectation spéciale de l’administration des chemins de fer PLM en tant que manœuvre à Avignon-Le Pontet (Vaucluse).

En 1922, un journal régional, L’Eclair, mentionnait qu’il était membre d’une commission arbitrale des loyers à Avignon en tant qu’assesseur suppléant.
En 1924 il travaillait comme aide-ouvrier au centre ferroviaire PLM de Miramas. Il était domicilié à la Maison Martin dans cette commune en avril 1927. Il fut candidat lors des élections municipales de Miramas-Gare, section électorale principale de la ville cheminote, des 5 et 12 mai 1929 sur la liste du Bloc ouvrier et paysan (BOP) menée par le menuisier Isidore Blanc. Cette liste comprenait seize cheminots sur dix-neuf candidats, ainsi que le menuisier Édouard Gavaudan et le tonnelier Marius Joseph. Ceux-ci avaient fait partie des tous premiers élus communistes locaux en juin 1924. Ce fut la liste radicale-socialiste conduite par Marius Sauvaire qui remporta l’élection.

Le 20 août 1929, Albert Marignane épousa à Sorgues Antonia, Louise Marmillot, originaire du Pontet. En 1931, le couple vivait avec son fils Jean, né l’année précédente. En juillet de l’année suivante, Marignane était officiellement domicilié à Veynes, dans les Hautes-Alpes.

En juillet 1934, suite à des manifestations populaires qui s’opposaient à l’établissement d’un nouvel impôt communal, la municipalité Sauvaire et tous les conseillers de la 1ere section de Miramas démissionnèrent, provoquant une élection anticipée. Albert Marignane fut à nouveau candidat sur la liste menée par Isidore Blanc au nom du PCF. Il obtint 396 voix sur 923 suffrages exprimés lors du 1er tour le 15 juillet, le plaçant en 15e position de sa liste (21 candidats). Marcel Gitton du Bureau politique du PCF vint faire une intervention pour soutenir ses camarades au meeting qui eut lieu la veille du 2nd tour. Le 22 juillet, Marignane était assesseur à l’assemblée électorale de la mairie. Il fit un score de 582 voix sur 899 exprimés, faisant le 10e meilleur résultat de la liste PCF au 2nd tour. Cette fois-ci ce fut les communistes qui gagnèrent après 42 ans de municipalité radicale-socialiste. Blanc devint le premier maire communiste et Marignane conseiller municipal. Rouge-Midi disant ce dernier syndiqué, on peut supposer qu’il était adhérent à la CGTU puis à la CGT.

La campagne qui précéda le renouvellement intégral du conseil du 5 mai 1935 fut particulièrement âpre. Rouge-Midi se fit l’écho de l’échec de l’unité d’action décidée entre communistes et socialistes en faveur d’« intérêts généraux » tels que les luttes contre l’allongement du service militaire à deux ans, le fascisme et la guerre. Selon le journal, les socialistes avaient sapé l’union par une « campagne ignoble et mensongère » visant le conseil municipal sortant. Ils avaient notamment critiqué l’Union Soviétique et l’idée de lutte des classes défendue par le PCF. Le compte rendu de mandat de l’équipe sortante fut accompagné d’une intervention de François Billoux, défendant l’URSS comme garant de la paix et de la lutte contre le fascisme.
Il n’y eut là qu’un tour de scrutin. Albert Marignane fut 4e assesseur de l’assemblée électorale de la mairie. Malgré quelques changements au sein de la liste communiste, celle-ci conserva tous les sièges gagnés en 1934 et Marignane le sien. En septembre 1938, il était délégué sénatorial.

Suite au pacte germano-soviétique et à la dissolution du parti communiste par le gouvernement, Albert Marignane vit son mandat suspendu le 12 octobre 1939, comme les autres conseillers municipaux de Miramas, pour la durée de la guerre. La municipalité Blanc fut entièrement remplacée par une délégation spéciale nommée jusqu’à la paix. Le 25 janvier 1940, Marignane fut en tant que communiste déchu de ses fonctions électives par le gouvernement Daladier. Selon Le Petit Marseillais cette mesure toucha 74 élus dans le département.

Le 3 avril 1940, il était rayé de l’affectation spéciale. Appelé sous les drapeaux, il fut incorporé au dépôt d’infanterie 154 le 25 avril, avant d’être démobilisé le 31 juillet. On peut supposer qu’il refusa de combattre et passa cette période en prison, car son dossier au Service historique de la Défense de Vincennes fait mention à une arrestation le 25 avril. Il sollicita par la suite l’homologation Résistance intérieure française (RIF), qui lui fut refusée en décembre 1950 par un courrier du secrétaire d’État aux Forces armées au prétexte que son arrestation avait eu lieu avant juin 1940.
À cette date, Albert Marignane habitait 4 rue Marius Sauvaire à Miramas. On ignore s’il était encore militant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article6366, notice MARIGNANE Albert, Émile par Sébastien Avy, Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 27 avril 2021, dernière modification le 21 septembre 2022.

Par Sébastien Avy, Renaud Poulain-Argiolas

Albert Marignane à l'armée d'Orient en 1917
Albert Marignane à l’armée d’Orient en 1917
Candidats du Bloc ouvrier et paysan aux municipales de juillet 1934 à Miramas, Rouge-Midi, 21 juillet 1934.
Municipalité Blanc en 1936. Albert Marignane est au rang du fond, le 4e en partant de la gauche.

SOURCES : Arch. Dép. Vaucluse, État civil de Sorgues, Naissances 1895-1896, Acte n°41, 1E129 ; État signalétique et militaire : MARIGNANE Albert, Émile, classe 1916, matricule 1791. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/11379 ; 3M 156 ; 3M 406 ; 3M 423 ; 3M 433. — SHD Vincennes, GR 16 P 394355. — Recensement de la population d’Entraigues-sur-la-Sorgues, 1906 (Filae). — Recensement de la population de Miramas, 1931, Relevés collaboratifs (Généanet). — Rouge-Midi, 21 juillet 1934, 27 avril 1935, 4 mai 1935. — Le Petit Provençal, 21 septembre 1938. — Le Petit Marseillais, 11 février 1940. — Renseignements communiqués par la mairie de Miramas. — Site Généanet.
[Concernant Siméon Marignane] Arch. Dép. Vaucluse, État civil de Saint-Hippolyte-le-Graveyron, Naissances, 1857, Acte n°1, 1E109 ; État civil d’Avignon, Naissances, mariages et décès de Montfavet, 1899, Acte n°106, 1E500.

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