LEROY (veuve) [née SPINOY Marie, Alexandrine]

Par Jean Maitron

Née le 4 juin 1850 à Rouen (Seine-Inférieure), morte le 11 janvier 1933 à Paris (Xe arr.) ; communarde, déportée en Nouvelle-Calédonie.

Elle était la fille de Jean Louis Pierre et de Scolastique Adam (mariés à Bruxelles le 6 septembre 1845), demi-sœur d’Adolphe Spinoy. Elle se maria, à seize ans, à Alexandre Leroy, soldat cuirassier en garnisson, à Rouen, le 10 octobre 1866 ; il décéda le 5 décembre 1867 à Boussois. Le commissaire de police de Rouen la signala « comme ayant un caractère extravagant, fantasque, qu’a dû surexciter encore la passion des romans feuilletons ; intelligente et femme d’énergie, elle avait vécu dans l’inconduite avant son mariage et avait été simultanément, depuis son veuvage, la maîtresse de plusieurs individus dont les lettres sont au dossier » (rapport à la commission des grâces, 7 mai 1872). Résumant ce rapport en l’aggravant, on accusa la veuve Leroy de s’être livrée à la prostitution. Elle avait été condamnée à Paris, le 23 septembre 1868, à un mois de prison pour vol.

Pendant le Ier Siège, elle fit la connaissance au club de Pré-aux-Clercs de Raoul Urbain qui devint membre de la Commune et elle fut sa maîtresse. Raoul Urbain (1837-1902) fut membre de la Commune.

Pendant la Commune, « elle fit opérer des perquisitions et des réquisitions. Douée d’énergie pour le mal, on peut la considérer comme l’auteur principal des illégalités commises dans le VIIe arrondissement » (rapport de police). Elle appartint au « Comité des dames » qui s’occupa des orphelinats de la Garde nationale durant la Commune (Cf. Murailles..., op. cit., p. 397) — Voir femme Chauvet — et particulièrement de celui du VIIe arr. Pendans le Semaine sanglante, Barral de Montaud la cacha, elle fut arrêté en venant chercher du linge dans son ancienne maison où s’étaient refigés Marie Leroy, Roual Urbain et son fils. Elle fut conduite à la prison dus Chantiers de Versailles

Elle fut condamnée, le 18 septembre 1871, par le 3e conseil de guerre, à la déportation simple. Elle fut conduite à La Rochelle . Partie le 10 août 1873 de la rade de l’île d’Aix sur La Virginie, en même temps que Louise Michel, elle arriva le 8 décembre suivant en Nouvelle-Calédonie.

Autorisée à résider au chef-lieu, elle fut renvoyée pour inconduite et internée sur sa demande à la presqu’île Ducos où elle travailla comme couturière. Le 11 décembre 1874, elle épousa le déporté Nair ou Jean-Jacques Mair ; depuis « elle n’a donné lieu à aucune plainte ». On dit d’elle en 1880 : « Bonne conduite, bonne moralité, vit en bonne intelligence avec son mari, déporté gracié » ; après la mort de Jean-Jacques Nair en février 1877, elle se remaria le 7 février 1878 avec Isidore Duvergier. Elle était employée comme comptable chez un charcutier à Nouméa.

Sa peine fut commuée, le 15 novembre 1879, en cinq ans de bannissement ; elle rentra par le Navarin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article64373, notice LEROY (veuve) [née SPINOY Marie, Alexandrine] par Jean Maitron, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 8 mai 2022.

Par Jean Maitron

Extrait de Troisième conseil de guerre, Procès des membres de la Commune, Versailles (1871).
Marie Leroy (Musée Carnavalet, Paris).

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/743, n° 2824 et H colonies 101 (sous le nom de Spinoy). — Notes de Jean-Pierre Bonnet et d’Alain Dalançon. — Michèle Audin, « 26 octobre 1870, la veuve Leroy écrit à La Patrie en danger », 26 octobre 2020, et « 18 septembre 1871, procès de la "veuve Leroy" », 20 septembre 2021. — Gérard Dittmar, "Marie Spinoy", La Commune, n° 90, 2e trimestre 2022.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 317. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 174.

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