LULLIER Charles, Ernest

Né le 28 avril 1838 à Mirecourt (Vosges), mort le 24 juillet 1891 à Panama ; officier de marine, homme de lettres, tint un rôle militaire important dans les premiers jours de la Commune.

Alors qu’il était à l’École navale (1854), ses chefs l’estimaient « élève intelligent, mais paresseux ; esprit indiscipliné, caractère insociable ». Sa carrière, son rôle sous la Commune ne démentent guère ce jugement. Aspirant, au sortir de l’École, sur le vaisseau Austerlitz, il croisa, en 1861, sur les côtes orientales d’Afrique ; après trois ans de retrait d’emploi motivé par sa violence, il fut réintégré en 1864, mais un an après fut mêlé à un scandale à propos d’une maison de tolérance de Granville (Manche). Dans l’intervalle, en 1862, il s’était présenté comme député dans le Finistère. « Caractère ombrageux, à la fois exalté et susceptible, faible et violent », il fut de nouveau rappelé à l’activité en juillet 1867 et envoyé en Cochinchine, puis, sur de nouveaux incidents, mis à la retraite en avril 1868. De 1868 à 1870, il essuya encore quatre condamnations (au total onze mois de prison) pour coups, rébellion, outrages.
En 1870, il était interné à Sainte-Pélagie avec Flourens, mais les deux hommes ne se ressemblaient pas : « J’avais beaucoup d’affection pour lui, dit Lullier, mais nous différions essentiellement d’idées en ce sens que pour lui la transformation politique n’était qu’un moyen d’arriver à la transformation sociale, et que pour mon compte personnel, non seulement je ne me suis jamais occupé de socialisme, mais encore je ne comprends pas les questions dites sociales. » Il est vrai que cette confession fut proférée en 1871 devant le conseil de guerre. Selon les Minutes du conseil général de l’Internationale (cf. vol. III, op. cit.), il aurait fait partie du conseil en mai-juin 1870.
Le 9 septembre 1870, Lullier figurait au « Comité de défense » constitué par l’Internationale et qui était composé de Cluseret, Demay, Flourens, W. Fonvielle, Ch. Lullier, G. Naquet, Édouard Vaillant (deux jours plus tard, Fonvielle ne faisait plus partie du comité ; par contre, Mangold y était entré et en assurait le secrétariat).
Dès le 11, Lullier était chargé par le gouvernement d’une mission à Copenhague, puis A. Crémieux l’envoya aux États-Unis d’où il revint le 12 mars 1871. Ses allures tranchantes lui valurent-elles une certaine popularité ? À la réunion du Comité central au Vauxhall, le 15 mars, on lui proposa le commandement de l’artillerie, et le 18 mars il reçut le commandement en chef de la Garde nationale. Il fit occuper les Tuileries, la Préfecture de police, la Place de Paris ; mais il fit valoir plus tard avoir laissé siéger Thiers et ses ministres au lieu de les capturer et avoir mis à la disposition des troupes de l’ordre un secteur d’écoulement avec plusieurs issues donnant sur Versailles. Le 21 mars il installa Tony Moilin avec deux bataillons à la mairie du VIe arr. ; mais, sciemment ou non, il commit la faute capitale de ne pas faire occuper le Mont Valérien. Lorsqu’il refusa d’obéir à Assi lui ordonnant d’empêcher la manifestation des amis de l’ordre, Lullier fut arrêté au club Saint-Eustache, emmené à l’Hôtel de Ville et de là à la Conciergerie ; il fut destitué (25 mars), mais s’évada (2 avril) et se proclama commandant de la flottille de la Seine. Arrêté une seconde fois, enfermé à Mazas, il s’évada de nouveau. Il dit plus tard avoir essayé auprès de Thiers de jouer les conciliateurs : « Ces gens-là veulent le monde renversé, ils veulent faire tenir la pyramide sur la pointe, il faut les balayer » (déclaration faite devant le conseil de guerre). Vaine tentative, et le 7 août 1871 il fut arrêté par les troupes de Versailles et traduit devant le 3e conseil de guerre.
Il eut beau faire valoir ses bonnes intentions et son rôle dans la libération de Chanzy, la peine capitale fut prononcée contre lui le 2 septembre, commuée en travaux forcés à perpétuité le 27 novembre 1871.

À l’île Nou, il resta tout aussi violent et contradictoire : « Agité des passions politiques les plus ardentes, doué d’une force herculéenne, d’une énergie indomptable », il fut présenté comme un fauteur de troubles dont l’ascendant était grand sur ses codétenus. Da Costa dit l’avoir pressenti au sujet d’une évasion en commun ; Lullier ébaucha des plans gigantesques, puis dénonça ses compagnons ; le fait est rapporté aussi par Lissagaray. Une commutation de peine lui fut refusée en 1873 ; en 1879 seulement sa condamnation fut transformée en déportation simple.
Amnistié, il fut, en 1881, candidat à la députation à Paris ; il partagea son temps entre la Corse et Paris, et avait si peu renoncé à la violence qu’en 1882, lors d’un meeting salle Wagram, il tira des coups de revolver sur ses contradicteurs...
En 1891 il mourait à Panama, où l’avait conduit son poste d’agent à la Compagnie générale transatlantique.
Vraisemblablement, il appartint à la franc-maçonnerie — Voir Thirifocq E.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article64897, notice LULLIER Charles, Ernest, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 21 mars 2021.

ŒUVRE : Mes Cachots, 1881, chez l’auteur. — Collaboration, sous la Commune, à L’Action de Lissagaray (4-9 avril 1871) et au Mot d’ordre de Rochefort (3 février-20 mai).

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/729 et H colonies, 90. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., B a/1164. — Murailles... 1871, op. cit., pp. 7 et 17. — Da Costa, Dommanget, Lissagaray, op. cit. — Minutes..., op. cit., vol. 3. — Pierre-Henri Zaidman dans Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo., B a/1164 et E a/102-26. — G. Bourgin, La Commune 1870-1871, op. cit., p. 175.

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