MAITRE Gustave [MAITRE Nicolas, Gustave]

Né le 30 avril 1841 à Liffol-le-Grand (Vosges), mort le 13 octobre 1911 à Paris (Ve arr.) ; professeur de mathématiques ; chef du bataillon des « Enfants Perdus du Père Duchêne », sous la Commune de Paris.

Son père était instituteur communal et instruisit son fils ; à dix-sept ans, celui-ci s’engagea au 5e bataillon de chasseurs à pied, mais ne put entrer à Saint-Cyr. Toutefois, il avait suffisamment étudié les mathématiques pour devenir professeur à l’école Verdeau, à Paris, quartier du Marais. Il était célibataire.

Pendant la guerre, Gustave Maître appartint au 129e régiment de marche ; il fit le Siège aux chasseurs de Vincennes. Une lettre de son frère, 28 ans, employé à l’Assistance publique de Paris, mais qui quitta la ville du 20 mars au 1er juin 1871, dépeint ainsi la situation : « Les prisonniers ne sont pas rentrés, le marasme économique sévit et la province accuse Paris ; les officiers sont très mal vus ; le clergé cherche à démonétiser les garibaldiens ». Thiers arrête lettres et journaux « pour isoler Paris [...] ; il usera de toutes ses ficelles de vieux singe pour embrasser la Commune ». La famille était suspecte de socialisme ; au 10 avril 1871, Mme Maître écrivait bien à son aîné pour lui demander de quitter Paris, mais elle ajoutait : « Je connais tes opinions et ton frère les partage ».
Cependant, Maître demeura à Paris ; le 205e bataillon l’avait élu pour chef, mais au début de mai, après quinze jours d’une garde épuisante à Issy, il ramena ses hommes à Paris et accepta le commandement du corps franc dit « bataillon du Père Duchêne », assez péniblement constitué et qui occupait la caserne de la Cité. Maître y adopta par dérision un sabre fleurdelisé à l’inscription gravée « Vive le Roi ». Le 23 mai, il se battait au Panthéon, puis tint la barricade construite à l’angle des rues Racine et de l’École-de-Médecine, VIe arr. ; la position devenant intenable, il se replia avec ses hommes sur la mairie du XIe arr. et défendit la barricade construite sur les rues du Faubourg-du-Temple et de la Folie-Méricourt, XIe arr. Le dimanche 28, tout espoir perdu, il s’enfuit et trouva un gîte pour la nuit rue de Turenne.

Il regagna son pays natal où son père, dépositaire du cachet de la mairie, le fournit de papiers qui lui permirent de passer en Suisse où il travailla un temps avec P. Piavoir ce nom. Maxime Vuillaume le crut mort, pour avoir vu à la Cour martiale du Luxembourg le sabre fameux — confié par Maître à un sous-ordre. Le 7e conseil de guerre le condamna par contumace, le 28 août 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Maître voyagea en Europe : on le trouvait en Valachie, professeur de français, de mathématiques et aussi d’escrime. L’amnistie le ramena à Paris où il reprit son métier d’enseignant. De 1888 à 1905, il fut professeur d’allemand à l’École Colbert.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article65092, notice MAITRE Gustave [MAITRE Nicolas, Gustave], version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 22 novembre 2022.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/861. — Arch. Min. Guerre, 7e conseil. — Arch. PPo., listes de contumaces. — Arch. Dép. Vosges, 10 M 31 (cité par M. Bossu). — Vuillaume, Mes Cahiers rouges, op. cit., p. 216 à 220. — L. Descaves, Philémon..., op. cit., pp. 178 et 263. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, 2021.

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