MAZATAUD Louis

Par Pierre Mazataud

Né le 10 septembre 1892 à la Jonchère-Saint-Maurice (Haute-Vienne), mort à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) le 11 octobre 1967 ; charron, puis cheminot à Montluçon (Allier) ; secrétaire du syndicat CGTU des cheminots de Montluçon ; communiste exclu en 1934 pour insubordination ; rallie le PPF fondé par Jacques Doriot ; cesse toute vie militante en 1940 ; interné administratif fin 1944 ; libéré sans jugement en mai 1945.

Son enfance se déroula à La Jonchère-Saint-Maurice (Haute-Vienne), au pied des monts d’Ambazac. Dans ce bourg où plusieurs familles nobles et quelques notables donnent le ton, son grand-père maternel cordonnier semble passer pour un esprit fort. Son apprentissage de charron se déroula dans la commune voisine Saint-Laurent-les-Églises, dans une ambiance très différente et presque paradoxale : son père, qui lui apprit le métier, était un ouvrier apprécié d’humeur paisible : en fait, c’est lui qui, salarié, fit marcher un petit atelier qui gravitait autour d’une forge. Le patron en titre, maréchal-ferrant, forgeait les socs, tenait débit de boisson et répandait le socialisme dans les campagnes limousines. Admirateur de Jaurès, il fut un agent électoral très efficace de Léon Betoulle, le député-maire de Limoges. Louis Mazataud passa trois ans dans ce cadre (décembre 1907-septembre1910. Il y rencontra Anna Lafrançaise, la fille du patron, qu’il épousa en 1919. Fin 1910, il partit vers la région parisienne ; vers 1911on retrouva sa trace chez des petits patrons d’Olivet et d’Eure-et-Loir. En 1912 et 1913, il travailla à Paris dans diverses entreprises spécialisées dans l’entretien des fiacres et la menuiserie automobile de l’époque. Il habita dans les quartiers ouvriers du XVIIe arrondissement.

Incorporé en 1913, il fut volontaire pour partir au Maroc en juillet 1914. Il fut rappelé en métropole dès le début de la guerre où il combattit dans un régiment de zouaves. À partir de 1915, il fut versé dans l’artillerie de tranchée dans l’Argonne puis à Verdun et en Champagne. À la fin de la guerre, l’armée le maintint en occupation avant de la démobiliser au début de 1919.

Louis Mazataud, embauché dans la compagnie de Chemin de fer d’Orléans ( P.O.) fut affecté au service d’entretien de Montluçon ( La Loue). Il participa activement à la grande grève des cheminots du printemps 1920. Militant socialiste, il fut délégué au congrès de la fédération socialiste de l’Allier qui se tint le 5 décembre 1920 à Saint-Germain-des-Fossés pour rendre hommage aux militants cheminots très nombreux dans cette petite ville. L’essentiel de ce congrès fédéral fut consacré à la préparation du congrès de Tours. Louis Mazataud s’opposa à la motion de Blum-Paoli défendue par Marx Dormoy : il soutint la motion Longuet-Paul Faure défendue par Ernest Montusès qui accepta l’entrée du parti dans la IIIe internationale avec des réserves. Au lendemain du congrès de Tours, il devint un actif militant du jeune Parti communiste et de la CGTU.

Louis Mazataud était secrétaire du syndicat unitaire des cheminots de Montluçon de 1926 à 1929. Le 1er août 1929, Il présida le meeting organisé à Montluçon par ce syndicat. Il travailla en pleine confiance avec le secrétaire de l’Union locale de la CGTU, Louis Vénuat, candidat communiste à plusieurs élections. En revanche, ses relations devinrent de plus en plus conflictuelles avec Jean-Baptiste Aucouturier dit « Jean la Sacoche », secrétaire du rayon communiste de Montluçon. Celui-ci épura le parti en éliminant systématiquement les militants qui ne suivent pas ses consignes à la lettre. Après Tuélais, Pallot, Louis Vénuat et Ladrey, responsable des Jeunesses communistes, Louis Mazataud finit par être du nombre en avril 1934. Le prétexte est apparemment futile : il avait empoigné « un peu rudement » Jean-Baptiste Aucouturier venu faire de la propagande communiste au sein des locaux de l’union syndicale locale unitaire.

Rejeté par le Parti communiste, Louis Mazataud s’investit de plus en plus dans les activités syndicales et joua à fond la carte de l’unité syndicale. Il apporta « sa solidarité la plus entière » au nouveau syndicat CGT des cheminots de la Compagnie d’Orléans dont il devint le secrétaire adjoint. Il fut délégué de l’union locale unifiée au sein de la commission administrative de l’Union départementale et organisa une grande réunion présidée par Pierre Semard. Les socialistes montluçonnais et Marx Dormoy à leur tête lui rendirent hommage pour la manière dont il jouait « honnêtement la carte de l’unité ». Simultanément le crédit de Jean-Baptiste Aucouturier s’amenuisait dans les sphères du Parti communiste.

Dès son exclusion, Louis Mazataud s’est solidarisé avec un autre exclu, Jacques Doriot qui fonda en 1935 les « Amis de l’unité ouvrière ». Lors des élections municipales de mai 1935, il fut second sur la liste formée par Louis Vénuat qui reçoit le soutient de Ladrey. Cette liste ne comportait que dix noms, les électeurs sont priés de la compléter en choisissant des personnalités capables de participer à la gestion de la ville sans appartenir nécessairement au parti socialiste. Cette initiative lui valut les foudres du PC et l’intérêt des milieux conservateurs de la ville. En 1936, les mêmes se retrouvèrent dans l’assemblée constitutive de la section locale du PPF dont Louis Mazataud devient le président local. Cette section au recrutement hétérogène fut la cible des critiques des vieux militants de gauche qui ironisèrent sur cette étrange coalition où figuraient un certain nombre de représentants des milieux conservateurs. L’activité militante de Louis Mazataud au sein du PPF demeura soutenue jusqu’en 1939.

Le pacte germano-soviétique le confirma dans son antisoviétisme. Il n’adhéra pas pour autant aux valeurs de la « Révolution nationale ». Il cessa toute activité militante et renonça aux responsabilités que le nouveau régime aurait pu lui offrir (à la différence de Louis Venuat). Au reste, à partir de 1942, un accident cérébral grave dont il se releva difficilement l’en rendait incapable. Il n’en figura pas moins sur les listes de gens à épurer que les dirigeants communistes, qui ont pris le pouvoir après la Libération de Montluçon, imposèrent à la signature de Georges Rougeron. Arrêté, il fut dirigé vers le camp de Tronçais tenu par la « police du maquis ». Sans en être victime, il fut témoin des tortures, sévices et exécutions sommaires qui y étaient pratiquées jusqu’à la fermeture du camp à la fin de 1944. Il fut alors transféré dans un autre camp à Vichy tenu dans des conditions plus régulières. Il fut libéré sans jugement en mai 1945 et reprit son activité à la SNCF en gare de Limoges-Bénédictins. Il s’isola de toute vie politique, mais garde ses sympathies envers ses anciens camarades victimes des purges « staliniennes ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article6542, notice MAZATAUD Louis par Pierre Mazataud, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 1er novembre 2016.

Par Pierre Mazataud

SOURCES : « Carnet de route » de Louis Mazataud pour les années 1914, 1915, 1916. — L’émancipateur, 1926. — Le Syndiqué du Centre, 1926-1929. — Le Combat socialiste, (1er avril 1934, 21 octobre 1934 3 mars 1935, 29 décembre 1935, 19 avril 1935, 5 mai 1935, début juillet 1937.

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