MATUSZEWICZ Ludomir, Boleslas, Denis

Né le 9 octobre 1837 à Salins-les-Bains (Jura) ; mort le 10 septembre 1884 en Guyane ; militaire de carrière ; communard ; informateur de police.

Fils d’un réfugié polonais de l’insurrection de 1831 qui fut médecin à Salins, le jeune Matuszewicz fut orphelin dès l’enfance. Élevé au collège de Besançon (Doubs) aux frais de personnes charitables reconnaissantes des soins reçus de son père, il entra à Saint-Cyr le 1er octobre 1854 et sortit, un an plus tard, sous-lieutenant au 99e régiment de ligne ; il fut lieutenant le 2 juin 1862, capitaine le 1er novembre 1864. Il passa quatre ans à l’armée d’Afrique, fit l’expédition du Mexique après la campagne d’Italie. Il avait été cité à l’ordre du jour le 14 août 1863, était titulaire des médailles d’Italie et du Mexique, de la croix de la Guadeloupe et fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 28 mars 1864.
Il était signalé, lors du plébiscite de 1870, comme se livrant à la propagande révolutionnaire. Il était à Paris à la fin d’août 1870 et se vanta par la suite « d’avoir proclamé la République le 3 septembre » ; il échoua aux élections à l’Assemblée nationale, collabora ensuite au Vengeur, au Combat, au Réveil, et signait « un officier républicain ».
Trois jours avant le 18 mars 1871, sa compagnie reçut l’ordre de se diriger sur Evreux (Eure) ; lui prétexta une maladie pour rester à Paris. Le 21 avril, il fut nommé colonel de la XXe légion ; il « n’aurait accepté le commandement de la légion que pour se créer des ressources et participer à la défaite de la Commune en désorganisant les services et donnant des conseils contraires aux intérêts de l’insurrection ». Le 23 mai, il se cacha à Montreuil, se fit délivrer un passeport au nom de Couders, sujet anglais, professeur de mathématiques, et gagna l’Angleterre avec sa concubine.
Il fut condamné par contumace, le 25 mars 1872, par le 1er conseil de guerre, à la peine de mort . Il fut affilié à la loge maçonnique révolutionnaire « la Fédération » fondée par Vésinier et Landeck en mai 1872.
Il revint à Paris le 23 juillet 1873 pour voir sa maîtresse qui l’avait abandonné, et fut arrêté le même jour. On l’accusa d’avoir pillé le ministère de la Marine, mis le feu aux maisons de la rue Royale, et d’avoir commandé le secteur de la rue Haxo. Il « flétrit énergiquement les horreurs et les actes de l’abominable Commune » et fut condamné de nouveau, le 15 novembre 1873, par le 18e conseil de guerre, à la peine de mort, peine commuée le 25 février 1874, en déportation dans une enceinte fortifiée et remise le 9 août 1879. Il revint par la Picardie et gagna l’Égypte ; en 1884, il demandait un poste d’inspecteur à la transportation.

On sait aujourd’hui que Matuszewicz fut, de 1871 à 1873, le célèbre agent n°4 qui communiqua à la police française des renseignements extrêmement précis sur le milieu de la proscription à Londres. Le 24 mars, il fut nommé commissaire de surveillance près la Société forestière et agricole du Maroni en Guyane, où il mourut.

Voir W. Wroblewski.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article65796, notice MATUSZEWICZ Ludomir, Boleslas, Denis, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 juin 2020.

ŒUVRE : La Capitulation de Paris, prédictions d’un officier républicain, Paris, in-8°, 1871, 48 p., Bibl. Nat. 8° Lb 57/1471.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/797, BB 27 et H colonies 91. — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — K. Wyczanska, Polacy W. Komunie...., op. cit. — André Combes, « Des Origines du Rite de Memphis à la Grande Loge des Philadelphes, 1838-1870 » Chroniques d’histoire maçonnique, n°35, 1985. — Paul Martinez, "A Police Spy and the Exiled Communards", English Historical Review, t. XCVII, janvier 1982, pp. 99-112. — Notes de M. Cordillot. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

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