MENOU Damien [« Gaby » puis « Franck » dans la Résistance]

Par Pierre Lapeyre

Né le 31 janvier 1904 à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), mort le 23 avril 1997 à Varilhes (Ariège) ; cheminot conducteur électricien ; résistant ; syndicaliste CGT et communiste.

Damien Menou dit Franck
Damien Menou dit Franck
Clichés communiqués par Robert Menou

Fils d’un ouvrier sur bois, Damien Menou perdit sa mère en 1912. En cette année, la famille s’installa à Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Damien Menou, après le certificat d’études, fréquenta l’école professionnelle jusqu’en 1919. Ensuite il travailla comme ajusteur chez Gaches puis aux Constructions électriques de France (devenu Alsthom). Le 10 mai 1924, il partit faire son service militaire à Pau (Basses-Pyrénées), au 36e Groupe d’Aviation – 12e escadrille de l’Armée de l’Air). Puis il partit en Syrie le 9 septembre 1924 avec le 39e Régiment d’Aviation. Nommé Caporal le 20 avril 1925, il suit ensuite la préparation d’élève officier de réserve. Sous-officier, il partit le 20 décembre 1925 pour le djebel Druse comme mécanicien mitrailleur. De retour en France sur le vapeur Cordillère et débarqua à Marseille le 3 janvier 1926.

Il fut embauché comme mécanicien chez Latécoère à Toulouse (Haute-Garonne) et adhéra à la CGTU.
Repartit à nouveau pour le Levant le 5 février 1927 et participa au contrôle de l’Armée Turque en guerre contre les Kurdes. Revint le 25 mars 1929 en congé libérable. Puis il travailla chez Dewoitine, et fin 1929, il entra à la Compagnie du Midi comme chauffeur surnuméraire au dépôt de Toulouse, avant d’être titularisé en 1930. En 1939 il fut nommé élève mécanicien. En 1944 il suivit le stage pour la conduite des machines électriques.

Damien Menou milita à la CGT et participa notamment à la grande manifestation de 1934. Lors de la grève de novembre 1938, , il désobéi à l’ordre de réquisition de la SNCF (Document du 28 novembre 1938) il fut suspendu puis réintégré. En 1931, Damien Menou, parrainé par Marcel Bergé et Albert Taurinya, adhéra au Parti communiste. Aux côtés de Georges Fournial, il participa à la création du comité Amsterdam-Pleyel à Toulouse.

Dès la guerre il fut mobilisé sur place et affecté spécial comme la plupart des cheminots. Avec l’interdiction du PC la plupart des responsables syndicaux furent arrêtés. Damien Menou reprit le contact avec un premier groupe de militants Élie Doutres, Septime Bergé, André Séguy, Joseph Bonzom. Après la naissance de l’Organisation spéciale (OS), en été 1940, Damien Menou, sous le pseudonyme de « Gaby », fit partie d’un groupe qui comprenait deux triangles et se renforça par la suite. Il fut chargé du secteur action et de l’éducation auprès des jeunes. Le groupe avait une activité importante : propagande, sabotages, hébergement des clandestins, solidarité aux familles d’emprisonnés. La répression frappa le groupe qui passa aux FTPF le 1er janvier 1943. Placé sous les ordres du C.O.R. Gravas Fernand Cortale Menou, qui devint « Franck », se retrouva commissaire aux opérations à la 3402e Compagnie de FTPF, matricule 20.010.

Avec son détachement créé le 9 mars 1943, il réalisa et participa à de nombreuses opérations :
- Le 12 mars 1943, destruction à Négreneys des boitiers de connexions téléphoniques des lignes Toulouse-Sète et Toulouse-Bordeaux-Paris. Important retard dans l’acheminement des troupes allemandes.
- Le 11 avril 1943, trois déraillements par ruptures d’essieux occasionnés par sablage des boites d’essieux. En gare de Matabiau, sabotage par cisaillement des conduits de graissage et des circuits électriques de 6 avions destinés à l’Afrika-Corps.
- En septembre 1943, déraillement d’un train de troupes allemandes sur la commune de Labège. Hébergement et acheminement vers des filières d’évasion en direction de l’Afrique du Nord de trois officiers aviateurs alliés abattus près d’Abbeville.
- En octobre-novembre, destruction de l’alimentation en eau des locomotives au dépôt de Montauban.
- Le 22 mars 1944, destruction des pylônes de la ligne HT 60.000 volt de la station de Montlaur.
- Le 3 avril 1944, incendie en gare Raynal de wagons de troupes ennemies.
- Le 23 juin 1944, destruction par bombe du central téléphonique de la gare de Matabiau occupé par les régulateurs allemands. Dégâts importants.
- Le 13 juillet 1944, plasticage à Portet/Garonne et à la Croix-Falgarde de quatre pylônes jumelés supportant la ligne de 150.000 volts. Le même jour, plasticage de quatre pylônes de 60.000 volts à Vieille-Toulouse. Conséquence : Arrêt de plusieurs centres travaillant pour l’ennemi et remorquage de train de troupes et de matériel par des machines vapeurs créant ainsi de gros retards.
- Enlèvement de l’infirmerie-prison de l’hôpital de la Grave, du Chef de Groupe Paul (Pardiac) ainsi que ses deux gardiens. Lors des plasticages précédents, Paul avait été arrêté par les gardes voies, puis torturé par la brigade de répression Marty avant d’être transféré à la Grave.
- Le 22 juillet 1944, tentative d’enlever de Purpan les Commandants Georges (Rouquet) et Prosper faits prisonniers. Après franchissement de deux barrages et devant un ennemi trop nombreux et bien retranché, l’ordre de repli fut donné par le colonel Gravas (Cortale), présent sur les lieux, afin d’éviter des pertes inutiles.

Le 12 août 1944, Damien Menou, alias « Capitaine Franck », sur ordre du Colonel Fourest, est nommé commandant de la 3402e Compagnie de FFI- FTPF par le Commandant en chef Gravas (Fernand Cortale*).

Il reçut un message pour la préparation de la grève insurrectionnelle des cheminots de Toulouse pour le 19 août. C’est là que se créa le « groupe Matabiau ». Aux côtés d’autres résistants, son unité participa aux combats de la gare Matabiau et du pont Raynal, et le 20 août, au combat du pont Saint Michel contre une colonne allemande des jeunesses hitlériennes. Le groupe FTPF laissa deux morts le 19 et un autre le 20 août (Le commandant Philippe de la MOI) et quatre blessés. Son détachement fut décoré par le général Cazaux de la croix de guerre avec étoile de bronze.

_Nommé C.O.R.4. adjoint et chef de bataillon le 1 novembre 1944 au 1er Régiment (Valmy), jusqu’au 1 février 1945, il devint instructeur à l’école des cadres de Lespinet, puis intégra l’armée de l’air comme sous-lieutenant.
Il refusa de partir en Indochine et, sur sa demande, fut démobilisé le 15 avril 1946.

Il réintégra la SNCF comme conducteur électricien au dépôt de Toulouse. En 1947 il fut muté au dépôt de Foix (Ariège) où il prit sa retraite en 1954. Il devint alors secrétaire de la section des cheminots retraités CGT de Foix.
Agent d’assurance loisir de 1956 à 1990, il se retira à Varilhes dans l’Ariège où il décéda le 23 avril 1997.

Titulaire de très nombreuses Croix et médailles, chevalier de l’ordre du mérite, ouvert du drapeau tricolore, il fut incinéré sans fleurs ni couronnes.
Ses cendres reposent au columbarium de Varilhes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article6603, notice MENOU Damien [« Gaby » puis « Franck » dans la Résistance] par Pierre Lapeyre, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 27 juin 2014.

Par Pierre Lapeyre

Damien Menou dit Franck
Damien Menou dit Franck
Clichés communiqués par Robert Menou
Franck, 3e rang, à droite, avec un béret
Franck, 3e rang, à droite, avec un béret
Henri Petit* avec Georges Séguy*, en 1999, se recueillant devant les cendres de Menou
Henri Petit* avec Georges Séguy*, en 1999, se recueillant devant les cendres de Menou

SOURCES : Notice biographique rédigée, d’après le témoignage de l’intéressé en 1974, par Claude Delpla. — Registres du secteur CGT de Toulouse. — Bulletin municipal de Varilhes (article d’Henri Petit), 1997. — Informations fournies par Jean Canal de Foix. — Renseignements fournis par Robert Menou.

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