MOUROT Eugène, Charles

Né le 16 juin 1848 à Nant-le-Grand (Meuse), mort le 5 mai 1909 à Paris ; journaliste ; collaborateur de Rochefort avec qui il fut arrêté après la Commune, déporté en Nouvelle-Calédonie.

« D’une famille honorable », il commença ses études en 1859 au séminaire de Verdun et fut même tonsuré ; mais il ne devint pas homme d’Église et fit à Paris carrière de journaliste. Il écrivit dans la Rue (« les Boulevards », Chronique rurale », « Informations de dernière heure »). Un procès de presse aboutit pour lui à une première condamnation, le 8 décembre 1869, à deux mois de prison et 200 f d’amende ; le 22 décembre, toujours pour délit de presse, il fut condamné à trois mois de prison. Sans doute y eut-il confusion des peines.

À Sainte-Pélagie, il connut Rochefort qui lui donna la place de secrétaire de rédaction à la Marseillaise, et plus tard au Mot d’ordre. Le journal, durant le Siège, fut supprimé par Vinoy ; mais il reparut sous la Commune, et Mourot, qui avait regagné la capitale le 28 ou le 30 mars 1871 avec Rochefort, y conserva ses fonctions.
Avec Rochefort toujours, il quitta Paris en mai ; tous les deux furent arrêtés à Meaux (Seine-et-Marne), et incarcérés ; le 3e conseil de guerre reprocha à Mourot ses articles des 13 et 22 avril, du 14 et du 17 mai dans le Mot d’ordre ; il reconnut les faits, y ajouta l’article du 6 avril, mais nia avoir été franc-maçon ; quant à l’Internationale, il avait voulu, dit-il, s’y affilier sous l’Empire, mais « ignore si les formalités de son admission ont été remplies ». Il refusa de signer les procès-verbaux des séances au conseil de guerre : on ne signe pas un interrogatoire politique, dit-il ; il refusa aussi de solliciter sa grâce.

Condamné le 21 septembre 1871, par le 3e conseil de guerre, à la déportation simple, il arriva à l’île des Pins le 2 juin 1872. Il fut un collaborateur apprécié des journaux locaux. Amnistié le 5 juin 1879, il resta à Nouméa et, conformément à la jurisprudence, on lui reconnut en 1882 la propriété définitive de sa concession parce qu’il l’avait tenue cinq ans : un hectare en bordure du fleuve Uro et que traversait la rivière la Pirogue. Il était conseiller municipal de Nouméa et vice-président de l’Union démocratique de propagande anticléricale.
Puis en 1884, il préféra rentrer en France. Fidèle aux amitiés nouées en Calédonie, il offrit généreusement l’hospitalité au chef de l’insurrection kabyle Azziz El Haddad, qui venait de s’évader du pénitencier et était recherché par toutes les polices. Ce dernier mourut dans les bras de Mourot le 22 août 1895, le jour même où, enfin grâciés, quelques rares survivants de la « Commune kabyle » embarquaient à Nouméa pour rentrer au pays. Une collecte effectuée parmi les anciens communards déportés permit le rapatriement du corps du défunt en Algérie.
Eugène Mourot mourut à Paris en 1909. Il était célibataire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article66865, notice MOUROT Eugène, Charles, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 5 février 2020.

SOURCES :Arch. Nat., BB 24/830, S 77, n° 719, BB 27, et H colonies, 93. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Gazette des Tribunaux, 21 septembre 1871. — Murailles..., 1871, op. cit., p. 228. — Enquête parlementaire, op. cit., p. 117. — Patrice O’Reilly, Calédoniens, op. cit. — « Kabyles du Pacifique », documentaire filmé de Mehdi Lallaoui, 1994. — Notes de M. Cordillot.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo., album 286/43.

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