MORAND Georges, Almire, Léandre

Par Gilles Morin, Claude Pennetier

Né le 28 janvier 1900 à Meslay (Mayenne), mort le 1er février 1977 à Angers (Maine-et-Loire) ; cheminot ; militant communiste du Maine-et-Loire ; membre de la seconde Assemblée nationale constituante (1946) puis député du Maine-et-Loire (1946-1951).

Fils d’un couvreur, titulaire du certificat d’études primaires, Georges Morand, membre de la classe 1920, effectua son service militaire en Haute-Silésie de 1920 à 1922. Durant son service, il épousa le 12 septembre 1921, Jeanne Ménard, née le 9 février 1898, avec laquelle il eut immédiatement un enfant.

Georges Morand, syndiqué depuis 1923, adhéra au Parti communiste français en 1929. Cheminot, nommé au dépôt d’Angers en 1936, il se fit élire secrétaire du syndicat de la corporation de 1937 à 1940. Il déclarera en 1943 n’avoir pas participé aux grèves de 1936 et 1938.

Affecté spécial à la SNCF en septembre 1939, Georges Morand fut envoyé au 93 DC de la Laval. Secrétaire général du « nouveau syndicat des travailleurs de chemin de fer d’Angers », rassemblant les éléments communistes, il mena la bataille contre le syndicat confédéré. Surpris par le chef de gare d’Angers en distribuant à l’intérieur du service des tracts, il fut suspendu de ses fonctions le 1er novembre 1940 et interné par l’autorité militaire, au centre de séjour surveillé d’Oraison (Basses-Alpes), comme militant du Parti communiste. Emprisonné au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), il refusa de se désolidariser des meneurs lors des incidents survenus au camp le 2 avril 1941, car, selon le rapport du directeur du camp, « il n’approuve pas les déportations en Afrique ». Sa situation est régularisée par un arrêté d’internement du préfet du Maine-et-Loire, daté du 3 décembre 1941, pour infraction au décret-loi du 18 novembre 1939. Le 27 février 1943, invité à signer l’engagement d’honneur réglementaire qui lui permettrait d’être libéré, il écrivit : « Je m’engage à obéir aux lois de mon pays et à travailler à son relèvement. Étant depuis 1940 dans les camps et ignorant ce qu’a fait le gouvernement, je ne puis m’engager à suivre le maréchal Pétain dans sa politique de Révolution nationale. » Maintenu en détention, il fut transféré à la maison centrale d’Eysses en novembre 1943, avec l’appréciation suivante : « particulièrement dangereux et non susceptible d’amendement. » Il fut de nouveau transféré au centre de Séjour surveillé de Sistéron (Basses-Alpes), d’où il s’évada le 29 juin 1944.

Georges Morand, secrétaire de la fédération communiste du Maine-et-Loire après la Libération, fut désigné comme tête de liste du PCF pour les élections à la première Assemblée nationale Constituante. Mais, avec 21 860 suffrages sur 311 993 inscrits et 234 113 exprimés, le parti n’eut pas d’élu, trois des six sièges de parlementaires du département allant au MRP, un à la SFIO, un autre à la liste d’entente républicaine et le dernier à l’Union gaulliste.

Pour les élections à la deuxième Assemblée constituante, le 2 juin 1946, la liste communiste, toujours conduite par Georges Morand, progressa avec 25 685 suffrages sur 309 810 inscrits et 246 584 exprimés. Il fut le dernier élu du département du Maine-et-Loire à la plus forte moyenne, le MRP ayant quatre élus et les socialistes un. L’effondrement de la liste du rassemblement gaulliste, qui perdit dix mille suffrages et la disparition de la liste d’entente républicaine permirent également ce succès. Le nouveau député fut nommé à la commission des affaires économiques, des douanes et des conventions commerciales le 26 juin suivant, puis à la commission des pensions civiles et militaires et des victimes de guerre et de la répression pour laquelle il présenta un rapport visant « à accorder des délais de paiement aux sinistrés et spoliés, acquéreurs de biens sous séquestre provenant de patrimoines ennemis ou de collaborateurs ». Enfin, il fut nommé juré à la Haute Cour de justice.

La liste communiste progressa de nouveau à l’occasion des élections à l’Assemblée nationale le 10 novembre 1946, obtenant 33 325 sur 311 831 inscrits et 230 099 exprimés. Georges Morand conserva donc son siège, même s’il était toujours le dernier élu à la plus forte moyenne. Il fut nommé à la commission des moyens de communication, où il siégea durant toute la législature, et à la commission des boissons le 31 mai 1949. Il fut enfin reconduit à la Haute Cour de justice le 27 décembre 1946. Il se montra très actif durant cette première législature de la IVe République. Il défendit plus particulièrement les ardoisiers, nombreux dans son département, déposant une proposition de résolution tendant à les faire bénéficier des avantages intégraux du statut des mineurs, ainsi que d’autres textes sur leurs maladies professionnelles. Il défendit encore les cheminots, présentant des textes sur leurs retraites, pour le maintien en activité de dépôts et ateliers, ou pour l’octroi de primes. Il proposa encore d’indemniser les habitants de sa région victimes des intempéries. Morand fit aussi de nombreuses interventions, plus particulièrement sur les travaux publics et les transports. Il participa activement aux débats budgétaires sur la SNCF, les PTT et l’aviation civile. En cette période de guerre froide, le ton de ses interventions fut nettement plus modéré que celui de la plupart de ses camarades communistes.

Lors du renouvellement de l’Assemblée, le 17 juin 1951, la liste communiste recula légèrement, avec 26 632 suffrages en moyenne (mais 27 179 pour Georges Morand), sur 298 108 inscrits et 229 761 exprimés. Si l’apparentement conclu entre le MRP et les indépendants n’obtint pas la majorité qui lui aurait assuré la totalité des sièges, la liste du Rassemblement du peuple français bouleversa les équilibres locaux, elle emporta trois sièges, les trois derniers allant aux partis apparentés. Communistes et socialistes perdirent leurs représentants et Georges Morand fut battu. Il reprit du service à la SNCF et devint secrétaire régional du syndicat CGT des cheminots. Morand présenta une ultime candidature à l’élection partielle le 30 mai 1954, consécutive au décès du député MRP, Joseph Lesciellour.

En 1955, Georges Morand prit sa retraite. Il ne fut pas représenté par le PCF aux législatives du 2 janvier 1956. Conseiller municipal d’Angers depuis 1947, il le demeura jusqu’en mars 1959, où il fut battu. Il cessa alors toute activité politique.

Georges Morand décéda le 1er février 1977, des suites d’une longue maladie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article6866, notice MORAND Georges, Almire, Léandre par Gilles Morin, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Gilles Morin, Claude Pennetier

SOURCES : Comités fédéraux du PCF. — Enquête de Maurice Poperen. — Le Ralliement, organe du PC en Maine-et-Loire, 25 mai 1946. — Le Monde, 3 février 1977. — Notice DBMOF. — Dictionnaire des parlementaires français, op. cit. — État civil.

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