QUEILLE Richard, Abel, Alphonse

Par Agnès Fuzibet, Claude Pennetier

Né le 21 juillet 1837 à Vire (Calvados) ; comptable aux travaux publics ; communard, déporté en Nouvelle-Calédonie puis disparu en Australie.

La famille Queillé est originaire de Vire, département du Calvados en Normandie, au moins depuis le milieu du XVIIIe siècle. Richard Adel Alphonse, né le 21 juillet 1837 à Vire, était le fils légitime de Louis Queillé, tailleur d’habits, et de Françoise Chêné qui avaient déjà plusieurs enfants. Du côté paternel, son grand-père, tisserand, était fils et petit-fils de drapier.
Richard Queillé quitta Vire pour Granville, Manche, Pichot, 25 ans. Née le 24 juillet 1832, elle était le septième enfant d’une fratrie de douze, engendrée par un marin de Granville, Jean Pichot, et son épouse, Aimable Julie née Breux, dite Julie, originaire de Donville, une localité voisine.
L’été précédant son mariage, Aimable Virginie perdit sa mère, Julie, marchande, morte à 58 ans, le 6 juillet 1858 à Granville.
Françoise, la mère de Richard Adel Alphonse, décéda à l’automne, le 9 octobre 1858 à Vire, moins d’un mois avant la cérémonie. Son père consentit à cette union devant notaire.
L’acte de mariage précise la profession des époux. Richard Adel Alphonse était employé des ponts et chaussée et Aimable Virginie fabricante de filets.
De cette union naquit à Granville, trois ans plus tard, le 15 décembre 1861, leur fils Richard Jules François, dit Richard. Il semble qu’ils avaient eu un premier enfant, une fille sur qui les informations manquent.
Au début de l’année 1866, Richard Adel Alphonse abandonna définitivement les siens qui restèrent dès lors sans aucunes nouvelles de lui. Son fils Richard avait cinq ans.
C’est dix-huit ans plus tard, en 1894, que le problème crucial de sa disparition ressurgit à l’occasion du mariage du fils. Bien qu’Aimable Virginie ait entrepris des démarches administratives à ce sujet, l’absence civile n’ayant pas encore été établie, le maire fut dans l’obligation de consigner que : "Madame Queillé, a appointé celle-ci à prouver et justifier par témoins … que son mari a quitté Granville, au mois de février 1866, et qu’il n’a pas, depuis cette époque, donné signe de vie. Le futur époux nous a également déclaré, par serment, que le lieu du décès de son père, s’il est décédé, ou celui de son dernier domicile, autre que Granville, s’il est encore existant, lui sont inconnu".
À la fin des années 1860, Richard Queillé exerçait la profession de comptable aux travaux publics dans la capitale. Il vivait à Paris dans le XVIIe arrondissement, au N°10, rue Saint-Jean, une petite voie située de nos jours entre le boulevard de Clichy et l’avenue de Saint-Ouen, à l’ouest du cimetière Montmartre. Il avait déjà eu de légères démêlés avec la justice : deux condamnations, l’une à 5 F d’amende pour pesage inexact, l’autre à huit jours de prison pour outrage aux agents.
En 1871, il participa activement à la Commune de Paris et se fit prendre. Son arrestation date du 17 août 1871, trois mois après le massacre de la semaine sanglante de mai. Reconnu « coupable d’avoir dans un mouvement insurrectionnel porté des armes apparentes étant revêtu d’un uniforme militaire. », il fut condamné le 3 février 1872 à Versailles, par le quatrième conseil de guerre permanent de la première division militaire, à la peine de déportation simple et à la dégradation civique.
À la date du procès, Richard Adel Alphonse avait 35 ans. De grande taille, 1,83 m, il avait les cheveux et sourcils châtains, Richard Queillé le nez long, la bouche moyenne, le menton rond, le visage ovale et le teint naturel. Dans son dossier militaire, à la rubrique « renseignements sur sa conduite, son caractère, ses moyens de subsistance », il est écrit : « conduite en France – bonne ».
Répartis en 20 convois, plus de 4 000 insurgés de la Commune furent déportés en Nouvelle-Calédonie. Quatre raisons motivèrent le choix de ce lointain territoire insulaire : un climat chaud pouvant pallier au manque de structures d’accueil, un éloignement maximum de la métropole, une administration pénitentiaire en place depuis la création du bagne de l’île de Nou en 1864, et une sécurité renforcée, due à la présence de requins, rendant les évasions quasi impossibles.
Le voyage en mer durait de trois à cinq mois. Il arriva à Nouméa le 9 février 1873, puis fut amnistié en 1879.
Richard Adel Alphonse, dit Richard sur les listes de déportés, fut embarqué dans le quatrième convoi pour la Nouvelle-Calédonie, à bord du transport à vapeur, le Var. Les détenus étaient regroupés en cale basse dans de grandes cages en principe destinées aux chevaux.
Quittant les côtes de France au départ du mouillage de l’île d’Aix en Charente-Maritime, le 10 octobre 1872, le navire parvint à destination, le 9 février 1873, après 122 jours d’une pénible traversée.
Après une première escale de ravitaillement sur l’île de Gorée à Dakar, Sénégal, le Var sillonna l’Atlantique pour un second arrêt au sud du Brésil avant de doubler le cap de Bonne-Espérance. Il franchit l’océan Indien, passa le détroit de Bass entre l’Australie et la Tasmanie, avant d’atteindre enfin son but : Nouméa.
Sur les 580 déportés, 5 périrent au cours du trajet, 429 furent parqués à l’île des Pins et 146 prisonniers politiques furent internés à la presqu’île fortifiée de Ducos.
Débarqué le 17 du mois sur l’île des Pins, un atoll isolé à 50 km au sud-est de la Grande Terre, Richard Queillé arriva à Nouméa le 8 septembre et fut autorisé à résider au « Port-des-Français ».
Le 29 octobre 1875, il lui fut permis de résider à Nouméa.
Puis, mis à la disposition de la justice, il fut interné à la presqu’île de Ducos, le 8 juin 1878, et ramené à Nouméa le 20 octobre suivant (Ordonnance de non-lieu).
Suite à sa « remise à la déportation simple » par décret du 15 janvier 1879, et enfin amnistié, Richard Adel Alphonse partit pour l’Australie le 2 février 1880, après 8 ans de rétention dont 7 passés aux antipodes.
Suite à l’amnistie générale des Communards en juillet 1880, la plupart d’entre eux furent rapatriés en métropole et quelques-uns choisirent d’immigrer en Australie.
On ne sait pas ce qu’il advint de Richard après sa libération. Aucun Queillé ne figure aux NAA, archives nationales d’Australie.
La parution au Journal officiel du jugement définitif d’absence le concernant par le tribunal d’Avranches, Manche, date du 28 mars 1895.
Son fi !ls Richard, né à Graville le 15 décembre 1861, mort en décembre 1919, fut agrégé de lettres, professeur au lycée de Coutances et conseiller municipal. Il fut père de six enfants. La famille semble avoir ignoré le destin communard de Richard Queillé, jusqu’à des recherches généalogiques récentes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article69129, notice QUEILLE Richard, Abel, Alphonse par Agnès Fuzibet, Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 mars 2021.

Par Agnès Fuzibet, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/830. — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — Note de Louis Bretonnière. — Jean-Claude Farcy, "La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)", communards-1871.fr. — Registre matriculaire H3365, Nouvelle-Calédonie, N°1324, ANOM. — Bernard Prou, "La Déportation et la Nouvelle-Calédonie", Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 65, n°241, 4e trimestre 1978, pp. 501-518, persée. — Documents généalogiques regroupées par Agnès Fuzibet.

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