ROBERT Séverin [ROBERT Augustin, Séverin]

Par Michel Cordillot

Né le 20 mars 1840 à Plaimbois-du-Miroir, arr. de Montbéliard (Doubs), mort à Besançon (Doubs) le 5 avril 1886 ; graveur ; fondateur de la section de Besançon de l’AIT.

S. Robert était le fils d’un instituteur père de famille nombreuse et profondément croyant. Garçon turbulent et indiscipliné, il fut chassé de chez lui par son père après avoir causé un petit scandale lors du pèlerinage de la Fête-Dieu en 1852 ou 1853. Il gagna alors la Suisse toute proche, où il avait des attaches familiales, et il trouva à s’y placer comme apprenti-graveur. Une fois son apprentissage terminé, il partit s’installer à Besançon, qui était alors la capitale française de l’horlogerie.
En octobre 1869, S. Robert prit contact avec l’International suisse Fritz Heng, qui résidait à La Chaux-de-Fonds pour lui faire part du désir des graveurs et des guillocheurs bisontins de rejoindre l’Internationale. Ce dernier, un militant proche de Bakounine, fit adhérer les Bisontins à la Fédération des ouvriers graveurs et guillocheurs de la Suisse. S. Robert prit également contact avec Émile Aubry à Rouen, lequel le mit en rapport avec Eugène Dupont à Londres. Parallèlement, S. Robert poursuivait les démarches auprès des autorités locales pour obtenir l’autorisation de fonder une société ouvrière. N’obtenant pas de réponse, il décida de passer outre avec les encouragements de ses correspondants. Le 1er avril 1870, lorsque le Préfet se décida enfin à mettre son veto au projet, la société des graveurs fonctionnait effectivement et comptait plusieurs dizaines d’adhérents. Sa première action fut de lancer une collecte au profit des grévistes du Creusot : 151 souscripteurs, dont 15 anonymes versèrent au total 113 F.
L’attitude de défi des ouvriers bisontins avait au plus haut point irrité les autorités. Aussi étaient-ils tout désignés pour faire l’objet de poursuite judiciaires lorsque le Ministre de la Justice Émille Ollivier décida de s’en prendre à l’AIT à la veille du plébiscite. Le bureau de l’Association, S. Robert en tête, fut alors poursuivi devant le tribunal correctionnel de Besançon. Robert, désigné par la police comme « chef et instigateur », fut condamné à 100 F d’amende et, solidairement, aux dépens, pour avoir fait partie — ainsi que Ph. Borel, J. Chevrier, V. Julien, J. Melin, L. Moreau, F. Ormancey, F. Petit-Jean, E. Robillier, E. Wys — d’une association non autorisée de plus de vingt personnes dite : Association ouvrière des graveurs et guillocheurs de Besançon. Il fut précisé que les prévenus avaient été condamnés « non comme des affiliés à l’Internationale, mais comme membre d’une société non autorisée ». Les adhérents de la société avaient exprimé comme principale revendication la réduction à dix heures de la journée de travail.
Peu après la déclaration de guerre contre la Prusse, à l’occasion des élections municipales des 6 et 7 août 1870, Séverin Robert se présenta comme candidat « ouvrier », prenant soin de rappeler qu’il avait été poursuivi quelques semaines auparavant pour affiliation à l’Internationale. Il obtint 1361 voix (27,7% des suffrages exprimés), faisant du même coup la preuve de sa représentativité dans les milieux ouvriers. Il était sur le point d’être de nouveau arrêté lorsque la République fut proclamée à Paris le 4 septembre.
À l’époque de la Commune, même si cela paraît vraisemblable, on n’a pas la preuve que S. Robert ait été directement mêlé à la préparation du soulèvement armé qui devait intervenir à Besançon avec l’aide des militants de la Fédération jurassienne fin mai ou début-juin 1871.
Lorsque le mouvement ouvrier se réorganisa en 1875, S. Robert semble être demeuré à l’écart.
Installé comme artisan indépendant à compter de 1875, il continua d’exercer son métier à Besançon jusqu’à sa mort, survenue le 5 avril 1886 suite à une hémorragie cérébrale.
Il était marié et père de famille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article69875, notice ROBERT Séverin [ROBERT Augustin, Séverin] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 3 juin 2020.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Arch. Dép. Doubs, U 3334, dossier 689 (procès de la société des graveurs). — Arch. PPo, Ba/439, n. de Testut intitulée : section de l’Internationale de Besançon. — O. Testut, L’Internationale et le Jacobinisme au ban de l’Europe, Paris, Lachaud, 1872, vol. 1, pp. 358-61. — Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars 1871, pp. 102-103 (rapport du premier président de la cour de Besançon). — Michel Cordillot, La Naissance du mouvement ouvrier à Besançon. La Première Internationale, 1869-1872, Paris/Besançon, Les Belles Lettres, 1990.

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