ROCHER Marie, Antoine [Mary, Antoine, dit « le citoyen ROCHER »]

Né le 1er septembre 1833 à Montournais (Vendée) ; journaliste ; organisateur de la section du Panthéon de l’Internationale ; communard.

Le dossier des Arch. Nat. indique que Rocher est né à la Limouzinière (Vendée), mais on constatait en 1879 (lettre du procureur de la République, 25 avril) qu’aucun acte de naissance n’était applicable. Quoi qu’il en soit, Rocher habitait, en 1871, 18, rue Racine, à Paris, VIe arr. Après avoir servi, de 1855 à 1861, au 1er régiment du génie, Rocher fut libéré comme caporal. Il fut alors employé à la Compagnie du chemin de fer de Lyon, mais fut accidenté en avril 1867 et amputé du bras gauche. Congédié avec 3 000 f, il perdit finalement le procès qu’il avait intenté à la Compagnie.

Il fut condamné à Paris, le 6 mai 1870, à quinze jours de prison pour outrage au principe de la propriété, puis, pour avoir adhéré à l’Internationale, il fut condamné avec vingt-six autres, le 8 juillet suivant, à deux mois de prison, 25 f d’amende et quatre mois de contrainte par corps. Il passa alors en Italie et ne revint qu’après la proclamation de la République le 4 septembre.

Collaborateur de La Marseillaise, il organisa, pendant le siège, la Légion garibaldienne, puis quitta la capitale le 4 février 1871 pour Lyon. Il fut alors compromis dans la tentative insurrectionnelle lyonnaise des 22-23 mars. Arrêté, il fut remis en liberté après quelques jours de détention. Il revint alors sans doute à Paris, puisqu’il aurait commandé le fort de Vanves comme capitaine d’artillerie. Puis il se rendit au Creusot (Saône-et-Loire) et à Vierzon (Cher). Arrêté de nouveau, le 26 avril, à Issoudun (Indre), il fut sans doute libéré puisque le J.O. Commune du 5 mai signale que Rocher, en service à Asnières, fit éprouver, le 4 mai, de « grandes pertes à l’ennemi ».
Le 31 mai, il fut condamné, par les tribunaux d’Issoudun et de Lons-le-Saunier (Jura), à deux mois de prison et 125 f d’amende pour colportage illicite. À ce moment le conseil de guerre de Lyon demanda son transfert. À la suite d’une dénonciation on l’accusa d’avoir, lors de sa participation aux réunions publiques du mois d’avril, à Lyon, excité à la guerre civile. Il se défendit de ces accusations avec intelligence et sans faire de concessions de principe : l’accusation dut faire la preuve de ce qu’elle avançait et elle ne se fonda que sur un témoignage imprécis. Le juge d’instruction renonça aux poursuites. Rocher jugea alors prudent de s’exiler.

L’année suivante, le 3e conseil de guerre parisien s’occupa de son rôle pendant la Commune, mais c’est par contumace qu’il le condamna, le 5 novembre 1873, à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Réfugié à Strasbourg (Bas-Rhin), Rocher se rendit ensuite en Italie et serait arrivé à Naples en janvier 1872 (cf. rapport du 6 février 1872, BB 30/1171). La même année, il en était expulsé. Il vint alors en Suisse et ouvrit à Genève une librairie spécialisée dans les publications socialistes ; il écrivit lui-même une trentaine de violents pamphlets révolutionnaires et antireligieux publiés ou censés être publiés à Lyon, Londres et Genève.

Un Rocher Antoine écrivit, le 1er août 1879, de Genève, au ministre de la Justice pour se dire victime d’une erreur judiciaire, car il fut arrêté à Lyon dans les premiers jours de la Commune, libéré seulement en août et n’avait jamais vu le fort de Vanves. Le ministre répondit, le 29 août, que le Rocher condamné comme capitaine d’artillerie au fort de Vanves est Rocher « sans prénom » et qu’il appartenait à Rocher Antoine d’apporter la preuve de ce qu’il avançait. Les deux Rocher étaient manchots.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article69943, notice ROCHER Marie, Antoine [Mary, Antoine, dit « le citoyen ROCHER »], version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 7 juin 2020.

ŒUVRES : Vingt-quatre brochures publiées par Antoine Rocher à Genève, Londres et Lyon se trouvent à la Bibliothèque nationale. Elles sont réunies sous la cote 8° L b 57/1269.
Voici par ailleurs la liste des brochures saisies sur Rocher lors de son arrestation à Lons-le-Saunier (d’après lettre — 15 août 1871 — du procureur de la République de Dôle au président de la Commission d’enquête sur le 18 mars. Arch. Nat., C 2882) :
Le Plan Trochu, Le vieux Trochu découvert et mis à nu, 8 p. — Du devoir des travailleurs dans les élections, 8 p. — Les Assassins de la France, 8 p. — La République ou la mort. Brochure dédiée au général Garibaldi, 8 p. — En outre une chanson : Le Palais de Paulin Talabot à Marseille, 2 p.
Brochures et chansons écrites « par le citoyen Rocher » (il était spécifié sur la première : « par le citoyen Rocher, échappé de Paris ») avaient été imprimées à Lyon.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Dict., t. IV, pp. 59-61. — Arch. Nat., BB 24/859 B, n° 3282 et C 2882. — Arch. PPo., B a/439, notes Testut, listes de contumaces et listes d’exilés. — Arch. Dép. Rhône, série M, notice individuelle n° 146. — Arch. Dép. Rhône, série R, conseil de guerre de 1871, liasse D à G. — Troisième procès de l’AIT à Paris, Paris, 1870, p. 89.

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