OUDIN Henri, Émile, Innocent

Par René Lemarquis

Né et mort à Origny-le-Sec (Aube), 26 avril 1890-23 octobre 1953 ; bonnetier, ouvrier aux chemins de fer (cheminot) puis métallurgiste ; secrétaire de la Fédération communiste de l’Aube.

Henri Oudin appartenait à une famille de petits façonniers bonnetiers et travailla dans la bonneterie après l’école primaire. Dès 1907, il adhérait au groupe socialiste local. En 1913, après son service militaire, il participa à la campagne contre la loi des trois ans. Mobilisé pendant la guerre, il continua à défendre les idées socialistes.
À sa démobilisation, Oudin entra en 1919 aux ateliers de chemins de fer de Romilly et participa activement à la grève des cheminots de 1920 ce qui lui valut d’être révoqué comme de nombreux autres camarades. Il travailla alors un certain temps « à la terrasse » dans la métallurgie. Il mena campagne au Parti socialiste de Romilly pour l’adhésion à la IIIe Internationale et devint secrétaire adjoint du Parti communiste pour l’agglomération romillonne. Il militait au syndicat des Métaux et, au moment de la scission syndicale, porta la contradiction au nom de la CGTU à Thibault et Caïti. Il avait appelé en 1921 à la formation d’une section de l’ARAC pour Nogent-sur-Seine-Romilly et intervint au congrès de l’Aube de cette organisation dont il devint secrétaire par intérim en août 1922 puis secrétaire fédéral en février et juin 1923. Il accéda la même année au Comité central de l’ARAC au congrès national de Clermont-Ferrand (juillet 1923).
Au Parti communiste, Henri Oudin fut élu à la commission exécutive fédérale le 14 janvier 1923 puis, après la démission de Léandre Muller, il assura l’intérim du secrétariat général en avril 1924. La fédération comptait 1 450 adhérents groupés en 35 sections dont douze étaient actives. Il était également l’un des responsables des Amis de la Dépêche. Le Parti communiste le présenta à Troyes sur la liste du Bloc ouvrier et paysan aux élections municipales de mai 1925, puis aux cantonales de juillet 1925 à Nogent-sur-Seine. Devenu secrétaire de la Région troyenne en 1926, il fut délégué en juin de cette même année au congrès national de Lille du PC où il intervint sur l’activité de sa région et sur la question du Front unique et fut élu au Comité central. Il mena l’action pour Sacco et Vanzetti et fut condamné à quatre mois de prison et 500 F d’amende en septembre 1927, condamnation ramenée à 200 F le 9 novembre. La police perquisitionna, en vain d’ailleurs, à son domicile, le 25 octobre, pour y découvrir des exemplaires du Conscrit.
À la conférence nationale de Saint-Denis, Henri Oudin intervint le 27 juin 1927 sur les questions électorales. Le Parti communiste le présenta en novembre 1927 aux élections du conseil d’arrondissement dans le canton de Méry-sur-Seine comme candidat « du BOP et de l’amnistie ». Il obtint 349 voix au 1er tour, se maintint au second et en obtint 409. Dans ce même canton, il recueillait 328 suffrages lors d’une élection semblable en janvier 1928. La répression s’abattit de nouveau sur lui avec une condamnation par défaut de huit mois de prison et 500 F d’amende, le 9 mars 1928 et en mai de deux fois quatre mois et 500 F d’amende, plus quatre autres mois et 200 F d’amende en tant que gérant du Travailleur de l’Yonne. Entre les deux condamnations, il avait été le candidat du Parti communiste aux élections législatives d’avril dans la 4e circonscription de l’Aube (Romilly) où il obtint 3 505 voix au 1er tour et 6 397 au second. Enfin, aux cantonales d’octobre 1928, il recueillit 1 065 voix dans le canton de Romilly.
De 1929 à 1932, Henri Oudin vécut un certain temps dans l’illégalité puis parut ne pas avoir d’activité militante. Plard espéra-t-il le voir se rallier à lui ? À son appel masqué du Rappel, le responsable communiste de Romilly, Louis Pageot répondit dans une lettre parue dans la Dépêche de l’Aube du 9 août 1932 : « Oudin, un brave type qui t’enverra bouler... »
Le 28 mars 1935, la Dépêche de l’Aube salua fraternellement sous la signature de Navoizat, « la rentrée de notre ami Oudin ancien secrétaire régional », après six ans d’exil du département. Oudin écrivait dans le quotidien : « J’ai envoyé ma réadhésion au rayon communiste de Romilly. Plus de compromis, ni Bloc des droites, ni Bloc des gauches. Deux têtes sous le même bonnet », ce qui était curieux à cette époque de naissance du Front populaire mais il visait par là l’alliance négociée à Troyes entre Plard et les partis socialiste et radical après l’échec des pourparlers avec le PC. Il condamnait en effet, sans nommer Plard « une ligne politique locale obscure qui aiguille vers de tacites ententes avec la bourgeoisie de gauche ». Il polémiqua, dans les semaines suivantes, plusieurs fois avec Plard à propos de péripéties électorales passées, présida en décembre 1937 la conférence régionale du PC mais ne joua plus un rôle politique important. À une fête du Front populaire en 1938, il parla encore au nom de l’ARAC.
La signature d’Henri Oudin réapparut régulièrement dans les éditoriaux de la Nouvelle dépêche de l’Aube à partir du 4 octobre 1945. Il était alors conseiller municipal d’Origny-le-Sec et il patronna la liste des candidats du PCF à la première Assemblée constituante.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article7187, notice OUDIN Henri, Émile, Innocent par René Lemarquis, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 20 novembre 2020.

Par René Lemarquis

SOURCES : RGASPI, 495 270 3588. — La Dépêche de l’Aube, 1920-1938. — La Nouvelle dépêche de l’Aube, octobre-novembre 1945. — Le Rappel, 1935. — Les Cahiers du bolchevisme, n° 3, 5 décembre 1924.

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