TROHEL Jean, Charles, Nicolas (et non TRIOHEL, ou TRIVHEL)

Né le 16 novembre 1820 à Varouville (Manche) ; mort le 20 avril 1888 à Paris (Xe arr.) ; employé de commerce ; communard.

Il était marié, père d’un garçon et d’une fille. Il avait servi sous l’Empire dans la marine de guerre, puis dans la marine de commerce.
Au 4 septembre 1870, ce grand gaillard aux cheveux crépus avait donné l’assaut au Corps législatif ; il servit, pendant le Siège, dans l’artillerie de la Garde nationale, fut membre du Comité de Vigilance du VIIIe arr. et le quitta pour siéger au Comité central, rue de la Corderie. Il prit part, avec son fils de dix-sept ans, aux soulèvements des 31 octobre 1870 et 22 janvier 1871.

En mars 1871, il occupa avec J. Allix la mairie du VIIIe arr. et y exerça des fonctions assez mal définies. Surtout, il fut élu président du club qui tenait séance dans l’église Saint-Séverin ; on y proposa la fermeture des ateliers qui ne travaillaient pas pour la guerre, on suggéra d’envoyer en première ligne les femmes d’anciens agents de police et d’échanger sous 48 heures Blanqui contre l’archevêque de Paris. Blanquiste, ami de Rigault et Gaston Da Costa, Trohel aurait été à l’origine de l’arrestation de l’archevêque de Paris ; mais il fit libérer le curé de Saint-Séverin.

Arrêté, il ne renia aucunement ses actes. « Je suis partisan de la Commune. J’en approuve les idées, j’ai adhéré à son programme, et si l’on est coupable d’avoir aimé la Commune, je me reconnais coupable ; mes sympathies ont toujours été pour la cause populaire ». Il dit ailleurs, dans une lettre à ses juges, son désir de garder pure la révolution communaliste ; n’avait-il pas souhaité voir Rigault « surpasser Saint-Just », expliquant que « faire une révolution à demi, c’est seulement creuser son tombeau ». On lui reprocha d’avoir fait donner par Mme Allix le bureau de poste de la Madeleine à sa fille ; il répondit qu’il avait voulu remédier à la désorganisation. Avec une finesse teintée d’ironie, il écrivait : « Je ne demande à mes juges que justice ; d’une autre côté je ne puis imiter don Quichotte en m’attribuant des faits purement imaginaires ». Le premier vicaire de Saint-Séverin, l’abbé Castelneau, témoigna en sa faveur : il « a déclaré qu’il s’estimait fort heureux de n’avoir pas eu affaire à de plus féroces que Trohel ». Condamné, le 13 janvier 1873, par le 9e conseil de guerre, à la déportation simple, il vit sa peine commuée le 20 décembre 1873 en dix ans de détention ; il était à Thouars (Deux-Sèvres) et obtint la remise du reste de sa détention le 15 janvier 1879.
Poète, il écrivit de prison, fin 1871 : Martyrs et bourreaux, qu’il dédia à ses « bien-aimés amis des bagnes de Calédonie et de France ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article72043, notice TROHEL Jean, Charles, Nicolas (et non TRIOHEL, ou TRIVHEL), version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 juin 2020.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/793 et H colonies 263. — Arch. Min. Guerre 9e conseil (n° 687). — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — Le Figaro, 27 septembre 1871. — J. Rougerie, Procès des Communards, Paris, 1964, pp. 106 à 109. — Fontoulieu, Les Églises de Paris sous la Commune, op. cit., pp. 15 et 284. — J. Varloot, Les Poètes de la Commune, Paris, 1951. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

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