PASQUIER Mentor

Par Georges Ribeill

Né le 27 mars 1890 à Vivonne (Vienne), mort le 20 janvier 1969 à L’Union (Haute-Garonne) ; facteur puis permanent ; secrétaire de l’Union CGTU du Midi, puis de la Fédération nationale des cheminots réunifiée.

Mentor Pasquier en novembre 1937.
Mentor Pasquier en novembre 1937.
Collection Claude Pennetier.

Fils de cordonnier, Mentor Pasquier entra à la Compagnie du Midi en octobre 1920, comme homme d’équipe. Il devint en 1924 secrétaire général de l’Union unitaire du Midi en remplacement de Boulpiquante. Toutefois, à l’issue du congrès d’Agen, tenu les 3-4 avril 1925, Pasquier n’était plus qu’adjoint. En 1929, il était secrétaire général du syndicat de Toulouse (Haute-Garonne) qui groupait environ 800 membres.

Quittant la CGTU pour la CGT, Mentor Pasquier fut élu membre du conseil fédéral au titre de l’Union du Midi à l’issue des congrès fédéraux CGT de 1932 et 1934. Devenu permanent en juin 1936, il était conseiller fédéral en 1938-1939 et secrétaire général de l’Union du Sud-Ouest.

Lors du congrès fédéral de juin 1938, il devint membre du bureau exécutif fédéral et fut chargé du secrétariat de la Section technique nationale du Matériel. À ce congrès, il rapporta sur la question des assurances sociales, ayant été chargé de mener à bien la négociation du nouveau régime de prévoyance des agents et de leurs familles. Et lorsque peu après fut instituée la Caisse de soins aux familles des agents de la SNCF, de gestion paritaire, il fut nommé vice-président de son conseil d’administration, siégeant aux côtés de 9 autres représentants de la CGT.

Secrétaire fédéral en 1940, il apprit le 25 janvier 1941, par la radio, que le gouvernement de Vichy l’avait désigné pour siéger au Conseil national. Le lendemain, il fit savoir au préfet de la Haute-Garonne qu’il ne saurait accepter cette nomination à titre personnel, mais seulement mandaté par le bureau exécutif fédéral. Le 28 janvier, lors de la réunion de ce bureau, le secrétaire général Roger Liaud défendit la participation tandis que Pasquier s’y opposait. Par 15 voix pour et deux contre, il fut finalement décidé « de participer au Conseil national ». Mentor Pasquier siéga à la 2e (5 au 12 décembre 1941) et à la 3e commission d’information générale (25 mars au 1er avril 1942) du Conseil national. Le 6 décembre 1941, suite à un discours de Belin, il exprima l’accord de ceux qu’il représentait pour se lancer dans la collaboration confiante et posa la question des syndicats mixtes que la Charte laissait survivre. Le 11 décembre, lors du débat sur le rapport relatif aux questions sociales, il demanda avec énergie le relèvement du plafond de 30 000 F (plafond au-dessus duquel le salarié perdait le bénéfice des assurances sociales). Ce voeu fut rejeté en sous-commission. Le 12 décembre, il s’opposa aux conclusions du rapport sur les questions économiques, relatives au problème des prix. Seul Pérès*, syndicaliste chrétien, le suivit. Le 20 janvier 1941, il fut nommé membre du conseil général des transports. Facteur au service du Matériel, Mentor Pasquier représenta la Fédération CGT au sein de la Commission provisoire d’organisation prévue par la loi du 24 février 1943 instituant la Charte des cheminots.

Il assista à deux reprises aux réunions de certaines commissions du Conseil national. Lors du débat sur le report souhaité par la SNCF à 60 ou à 65 ans de l’âge de la retraite des cheminots (contre la règle en vigueur des 50 ans pour les roulants et de 55 ans pour les sédentaires), Pasquier s’y opposa. Au congrès fédéral de février 1944, il ne fut pas reconduit dans ses fonctions nationales, conservant celle de secrétaire général de l’Union du Sud-Ouest. Membre du secrétariat et du bureau exécutif de la Fédération légale pendant toute la durée de la guerre, il continua à représenter son Union au bureau exécutif.

À la Libération, Mentor Pasquier, qui avait le grade de commis de deuxième classe au télégraphe, sachant que les responsables ex-unitaires avaient de mauvaises intentions à son égard, préféra se cacher à Paris. À Toulouse, des responsables du syndicat prétendirent que Pasquier était parti à Sigmaringen avec le maréchal Pétain, pour le faire révoquer des chemins de fer. Accusé par le Comité d’épuration des cheminots d’avoir été « conseiller national et propagandiste de la Charte du travail, qu’il a votée au mois de février 1944 au congrès des cheminots », Mentor Pasquier fut condamné par la Cour de justice de Toulouse à l’indignité nationale avec interdiction de séjour en Haute-Garonne. Enfin, la CGT l’excluait à vie de toutes organisations syndicales en novembre 1944. S’étant rendu sur place à Toulouse, Pasquier se justifia auprès de la SNCF et de la Cour de justice, des fausses accusations dont il avait été victime, obtenant l’annulation de sa révocation et de ses condamnations.

Pasquier demanda à être entendu par la commission d’épuration régionale qui refusa finalement de le sanctionner (5 voix contre 4) considérant que son action avait été approuvée par le bureau de son organisation. Les minoritaires demandèrent sa révocation de la SNCF. Maurice Sauvé, au congrès de l’Union du Sud-Ouest tenu les 23 et 24 juillet 1945 à Paris, justifia la décision de la commission en soulignant que Pasquier n’avait agi qu’en tant que secrétaire mandaté de la Fédération et non à titre personnel. Néanmoins fut votée, à l’unanimité moins les réserves de 3 syndicats, une résolution excluant à vie du mouvement syndical les « traîtres » Roger Liaud et Pasquier.

Le congrès confédéral de la CGT-Force ouvrière du 12 avril 1948 réhabilita Mentor Pasquier ainsi que Lucien Cancouët.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article7283, notice PASQUIER Mentor par Georges Ribeill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Georges Ribeill

Mentor Pasquier en novembre 1937.
Mentor Pasquier en novembre 1937.
Collection Claude Pennetier.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12986, 13679. — Arch. SNCF de Béziers. — Arch. Fédération CGT des cheminots (procès-verbaux du bureau exécutif de la Fédération légale). — La Voix des travailleurs, 1927-1929. — Comptes rendus des congrès cités. — Procès-verbal de la séance du Bureau exécutif fédéral, 28 janvier 1941. — Compte rendu des travaux de la Commission nationale de reconstitution des organisations syndicales, Versailles, 1946. — DBMOF, tome 38, p. 77-78. — Jean-Pierre Le Crom, Syndicats nous voilà ! Vichy et le corporatisme, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 1995, p. 221, 370-371. — Notes de Maurice Sauvé et de Pierre Vincent.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable