FERRAT André (MOREL André, Louis, dit). Pseudonymes : BRÉVAL Marcel, CHARNAY, COQUELIN, DIDIER, LENOIR, MOURAD, RICHARD [version DBK]

Par Michel Dreyfus

Né le 26 juillet 1902 à Montchanin-les-Mines (Saône-et-Loire), mort le 24 janvier 1988 à Paris ; élève à l’École des travaux publics ; permanent du PC et membre du comité central en tant que délégué des JC à partir d’octobre 1924, puis comme membre élu ; membre du bureau politique de 1928 à 1936 ; rédacteur en chef de l’Humanité de 1932 à 1934 ; exclu du PC en juillet 1936 ; membre du comité directeur du Parti socialiste de 1946 à 1956.

Fils d’un employé du PLM, André Morel adhéra au Groupe Clarté dans les années 1919-1920. Entré en mars 1924 au bureau des JC, il assista aux réunions du bureau politique du Parti durant le Ve congrès de l’IC (juin 1924) et entra au comité central l’année suivante lors du congrès de Clichy. Aussi, en mars-avril 1925, il assista à Moscou au 5e Conseil exécutif élargi de l’IC.

Soutenant la « bolchevisation », il s’opposa à la guerre du Maroc. Alors qu’il faisait son service militaire depuis novembre 1925, son appartenance à la direction des JC fut découverte, début mars 1926 ; il fut envoyé dans une section disciplinaire où il poursuivit son travail antimilitariste.

Revenu à Paris en mars 1927, Ferrat reprit ses fonctions à la Jeunesse communiste. De l’automne 1927 au printemps 1928, il fut certainement, au sein du comité central un des plus fermes défenseurs de l’orientation « classe contre classe ». Arrêté, condamné à cinq ans de prison, il était passé dans la clandestinité en janvier 1928 et y vécut pendant quatre ans et demi, en France et à l’étranger. Le 9e Comité exécutif de l’Internationale communiste, (février 1928), décida de le faire « monter » au BP.

La plupart des dirigeants du PC étant poursuivis en justice, l’IC décida de constituer en Belgique un centre de direction extérieur, composé de Thorez et de Ferrat ; ce centre fonctionna jusqu’en juillet 1928, date à laquelle ses deux responsables participèrent au VIe congrès de l’IC. La Commission française décida de réorganiser la direction du PC où, avec Ferrat, entrèrent en majorité d’anciens dirigeants des JC. Selon Ferrat, ce bureau aurait été officiellement confirmé par le 6e congrès du PCF (1929). Ferrat assurait alors clandestinement la responsabilité de l’agit-prop. — où il avait fait entrer V. Fay — ainsi que des Cahiers du bolchevisme.

De la fin décembre 1929 à juin 1931, il fut représentant permanent du PC auprès du Secrétariat latin de l’IC, à Moscou. Il déclare y avoir très vite exprimé son désaccord avec la politique « sectaire » du Parti. Après le recul du PC aux législatives d’avril 1928, il avait justifié la tactique « classe contre classe », en adoptant toutefois une position plus souple. En mars 1930, le Secrétariat de l’IC, constatant les échecs successifs subis par le PC, envoya à ce dernier un sévère avertissement. En « mai 1930, une importante délégation du PCF fut convoquée à Moscou pour qu’il soit procédé à un examen de la politique [du PC]. Après de vives discussions…, une petite commission composée de Stépanov*, Barbé, Thorez et Ferrat, supervisée par le Secrétariat de l’IC, rédigea les rapports et les résolutions qui devaient être présentés au CC du PCF en juillet 1930 par Barbé, Thorez et Celor, condamnant la politique sectaire menée jusque-là par la direction du Parti ».

Ferrat entra en conflit avec un certain nombre de ses anciens camarades de la direction des JC en juillet 1930, lors d’une réunion de la commission française et les désaccords rebondirent lors du 11e plénum. Maintenu en poste à Moscou, Ferrat fit, en septembre 1930, un voyage en Crimée qui lui révéla des aspects cachés de la situation économique et sociale de l’URSS, puis, en novembre 1930, avec Cachin*, il assista au procès du « Parti industriel ». Pendant son séjour à Moscou, Ferrat avait donné à l’École léniniste, où il rencontra G. Kagan*, une série de cours sur l’histoire du mouvement ouvrier français et du PC, dont les notes lui servirent pour rédiger son Histoire du Parti communiste français.

Début 1931, l’IC décida d’envoyer une « Délégation du Komintern », avec à sa tête E. Fried*, pour contrôler le PC. En juillet 1931, sur la base d’informations fournies par Ferrat, le Secrétariat de l’IC décida de sanctionner une série de dirigeants du PC, parmi lesquels Barbé, Celor et Lozeray*, accusés d’avoir constitué un groupe fractionnel clandestin. Ferrat rentra en France fin juillet 1931, avec mission « de collaborer étroitement avec Fried* et Thorez* au redressement du Parti et en tant que responsable de la section coloniale… ». Il soutint Fried* lors des réunions du BP, des 1, 5, 8 août 1931 contre Barbé-Celor, en dénonçant nommément un « groupe » syndical et un « groupe » de la jeunesse qui avaient cherché à contrôler la Région parisienne. Sans doute est-ce la raison pour laquelle, il ne fut pas touché par les sanctions. Toutefois, le CC des 26-28 août 1931 qui affirma que Barbé, Celor et Lozeray* avaient mené « une campagne acharnée contre le camarade Ferrat qui avait rompu avec le groupe [...] constat (a) que le camarade Ferrat aurait dû alors dénoncer promptement le caractère exact du groupe » (l’Humanité, 27 décembre 1931). Les Cahiers du bolchevisme, parus le 15 novembre 1931, publièrent un article « Sur la question des groupes dans le Parti » signé A. Ferrat. En fait, ce texte était de Stépanov, ami de Ferrat, qui avait pris cette initiative pour lui éviter une sanction. Ferrat n’avait pas été averti. En décembre 1931, lors d’une réunion du Secrétariat latin de l’IC, Semard* et d’autres militants s’étonnèrent du fait qu’en la circonstance, Ferrat se soit rangé aux côtés de la direction de l’IC.
Au 7e congrès du PC (Paris, mars 1932),
L. Midol lut le rapport sur la question coloniale établi par Ferrat, qui, clandestin, ne put assister aux séances. Il fut réélu au CC, au BP et confirmé dans ses responsabilités à la section coloniale.

En juin 1932, au sortir d’une réunion clandestine du BP à Boulogne-Billancourt, la police arrêta Ferrat et Gerö*. Ferrat séjourna à la Santé jusqu’au 6 août 1932, date à laquelle il obtint le bénéfice de la loi d’amnistie. Il partit aussitôt comme délégué au 12e Comité exécutif élargi de l’IC (Moscou, août-septembre) ; le Secrétariat le désigna comme délégué du BP à l’Humanité et rédacteur en chef du journal. Il exerça ses fonctions du 1er octobre 1932 au 1er février 1934, y compris lorsqu’il fut en désaccord avec l’IC. En 1933, il fut considéré comme un des responsables du fait que les prises de position de l’IC sur l’Allemagne aient été publiées tardivement dans l’Humanité.

Ferrat avait en effet manifesté ses premières divergences avec l’IC, suite à la résolution de cette dernière caractérisant avec optimisme la victoire d’Hitler en Allemagne, comme la dernière carte du capitalisme (avril 1933). Mais, il fut contraint de défendre la politique allemande de l’IC au comité central de juillet 1933. Lorsque, au CC de janvier 1934, J. Doriot se prononça pour le front unique à tous les échelons avec les socialistes, il fut battu et Ferrat fut le seul à s’abstenir. Avec G. Kagan* et quelques camarades, il créa un groupe clandestin qui, de novembre 1934 à 1939, publia une revue Que faire ? Ferrat y signa plusieurs articles sous le pseudonyme de Marcel Bréval.

Son départ en Afrique du Nord en février 1934, l’éloigna quelque temps de ses projets oppositionnels. Caractérisant la lutte révolutionnaire en Algérie comme paysanne et anti-impérialiste, il travailla à la création d’un PC algérien indépendant du PCF, à l’instar des PC syrien et indochinois. Le 9 juin 1934, il fut expulsé de Tunisie où il était allé réorganiser le PC tunisien.

En février 1935, Ferrat se crut découvert mais un an plus tard, il appartenait encore à la direction du PC. Au cours du premier semestre 1935, son analyse de la question coloniale dans les Cahiers du bolchevisme ne suscita aucune critique. Dans le même temps, « Marcel Bréval » critiquait dans Que faire ? le tournant du PC, son ouverture au Parti radical et son appui au pacte Laval-Staline* ; il se prononçait pour un programme d’action révolutionnaire dont l’axe serait le « contrôle ouvrier ». Bientôt, au sein du PC, il s’éleva contre l’absence de revendications des peuples coloniaux dans le programme du Front populaire. Toutefois, lors du 8e congrès du PC (janvier 1936), Ferrat fut élu au Présidium du congrès, à la présidence de la commission coloniale ; réélu au comité central, il ne le fut pas au bureau politique.

Début 1936, le groupe Que faire ? aurait été « infiltré » par Jean Jérôme* (qui met cette action à son actif dans une autobiographie rédigée pour la commission des cadres), ce qui aurait permis de repérer Ferrat et ses amis. Convoqué à Moscou par Dimitrov*, début juin 1936, Ferrat refusa de s’y rendre. L’IC autorisa alors le secrétariat du PCF à engager une procédure d’exclusion, ce qui fut fait lors d’une séance du CC, le 13 juillet. Ferrat apparut alors publiquement comme membre de Que faire ? jusqu’à son entrée à la SFIO en 1937. Durant la guerre, il participa à la Résistance à Lyon au sein du Mouvement « Franc-tireur » puis du Mouvement de libération nationale. De 1946 à 1956, il siégea au comité directeur de la SFIO mais ses activités professionnelles, dans la presse, l’occupèrent davantage que son engagement politique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73141, notice FERRAT André (MOREL André, Louis, dit). Pseudonymes : BRÉVAL Marcel, CHARNAY, COQUELIN, DIDIER, LENOIR, MOURAD, RICHARD [version DBK] par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 4 août 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : RGASPI, 495 270 5138. — Fonds André Ferrat (papiers saisis en 1940 par les Allemands), Section des archives centrales d’URSS, Moscou, n° 282. — Notice André Ferrat par J. Maitron et Cl. Pennetier, DBMOF, t. 27. — S. Wolikow, Le Parti communiste français et l’Internationale…, op. cit. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit. — M. Cachin, Carnets, t. 3, op. cit.

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