GYPTNER Richard (Georg). Pseudonymes : MAGNUS, ALARICH, RICHARD.

Par Brigitte Studer

Né le 3 avril 1901 à Hambourg (Allemagne), mort le 2 décembre 1972 en RDA ; docker ; fonctionnaire de l’Internationale communiste en Allemagne (1922-1933), puis en Scandinavie et en France, émissaire notamment en Suisse ; à partir de 1935 collaborateur au Secrétariat général du Komintern, secrétaire de l’Exécutif de l’ICJ (Internationale communiste des jeunes), du WEB (Bureau de l’Internationale Communiste pour l’Europe de l’Ouest) et du SOI (Secours ouvrier international) ; durant la guerre civile espagnole au service de l’appareil international en Espagne ; chef du bureau du SED (Parti communiste d’Allemagne de l’Est) jusqu’en 1949 puis dirigeant de la « Police du Peuple » (Volkspolizei) et de l’Office central d’information ; ambassadeur de la RDA.

En 1918, Richard Gyptner adhéra aux Jeunesses socialistes puis en 1919 aux Jeunesses communistes. Ses fonctions politiques prirent rapidement plus d’importance. En décembre 1920, Gyptner entra au bureau politique du VKPD en tant que représentant de l’organisation de jeunesse, après avoir été l’un des fondateurs du KPD (Parti communiste allemand) à Hambourg. Bien qu’il ait défendu pendant la crise de mars 1921 les positions de l’ultra-gauche, Gyptner fut élu en décembre 1922 membre du Comité exécutif de l’Internationale de la jeunesse communiste, dont il devint ensuite l’un des trois secrétaires. Au 3e plénum du Comité exécutif (CE) de l’Internationale communiste (IC), il représenta l’Internationale communiste des jeunes, de même à la deuxième conférence d’organisation du CE de l’IC. De novembre 1928 à février 1933, il assura le secrétariat du WEB sous la direction de Dimitrov*. Il était alors candidat du CE de l’IC. Il fut envoyé comme instructeur de l’IC dans de nombreux pays. Dans son autobiographie rédigée en 1951, il s’attribue le mérite d’avoir pendant la période 1928-1933, « aidé beaucoup de partis européens à surmonter les déviations sectaires et gauchistes et à orienter leurs activités vers le travail de masses ». Chargé de missions en Suisse, il y séjourna à plusieurs reprises au cours des années 1930-1931. Il y revint également en novembre-décembre 1932, après la fusillade de Genève, et en 1936, pour faire un rapport sur le 6e congrès du Parti communiste suisse. En 1931, il fut chargé de reprendre en main le Parti communiste suisse, jouant le rôle d’un véritable « pro-consul » selon Broué. Doté de pleins pouvoirs envers la direction communiste suisse, il dirigea la campagne pour les élections nationales d’octobre 1931. Ce fut lui aussi qui réinstalla Humbert-Droz* à la tête du Parti malgré ses prises de position antistaliniennes. Ce fait n’améliora nullement l’opinion d’Humbert-Droz* sur celui qu’il appelait un peu dédaigneusement « le petit Gyptner ». Wolfgang Leonhard, qui fit sa connaissance dans l’appareil du Komintern durant la guerre, partage l’appréciation négative d’Humbert-Droz* : « Son manque de vitalité le prédestinait plutôt à la situation d’employé qu’à celle de fonctionnaire (actif). Il était totalement dénué d’humour. Ses principales caractéristiques étaient la pédanterie au bureau et le soin dans son habillement. Il ne semblait pas capable d’émotions notables. Je ne l’ai jamais vu animé ni d’enthousiasme ni de colère. Aussi lui était-il aisé de suivre les inflexions de la ligne du Parti, et de les répercuter. »

Gyptner fit pourtant plus que de « suivre les inflexions de la ligne du Parti ». Ardent défenseur de l’orthodoxie politique, il contribua à l’imposer dans tous les pays où il était envoyé en mission, en Suède, en Norvège, aux Pays-Bas, en Tchécoslovaquie, en Grande-Bretagne, en Autriche, au Luxembourg, en Belgique et en Suisse. Il se plaisait à relever ce fait dans son « autobiographie » de collaborateur de l’appareil de l’IC, datée du 23 décembre 1938, et il se vantait d’avoir dénoncé les communistes soupçonnés de positions non orthodoxes. Ainsi, c’est apparemment grâce à ses déclarations et au matériel qu’il avait fourni que « Karolskij » et « Mehring » (Richard Mirring) — ses supérieurs hiérarchiques dans l’appareil du Komintern —, ces « ennemis du peuple », avaient pu être « démasqués ». De même, il affirma avoir transmis des indications sur « l’attitude hostile au Parti » de Münzenberg, pour lequel il avait travaillé sur ordre du Komintern au secrétariat du Secours ouvrier international à Paris.
Au début des années 1930, il eut aussi à résoudre la crise que traversait le Parti communiste luxembourgeois à peine reconstitué. Le discours qu’il prononça lors de la conférence nationale de janvier 1931 se caractérisa par une franchise de ton qui annonçait une inflexion de la ligne, préfigurant la stratégie de Front populaire. En juillet 1932, Gyptner fut appelé à jouer le rôle de conciliateur au sein du PC luxembourgeois menacé d’une scission. De février à août 1933, il fut secrétaire du bureau d’organisation pour le congrès antifasciste européen (Amsterdam-Pleyel, Paris, juin 1933) et entre septembre et décembre 1933 il s’occupa du comité du procès de Leipzig. En tant que secrétaire du Secours ouvrier international il travailla aux côtés de Münzenberg* dans la campagne pour la libération de Dimitrov* et de Thaelmann ainsi que dans les actions contre le rattachement de la Sarre. En 1935, après deux ans d’exil à Paris et Copenhague, il regagna Moscou. Dès novembre 1935, il travailla dans l’appareil du Komintern en tant qu’adjoint de Dimitrov*, puis dès septembre 1937 en tant que conseiller de Wilhelm Florin.

Gyptner fut pendant une période décisive l’homme de confiance de deux personnages-clés du mouvement communiste, Münzenberg et Dimitrov*. Il semble avoir été un homme plutôt discret, un bureaucrate selon Herbert Wehner. Il a su ne pas se faire remarquer au moment des grandes purges.

Il travailla à l’Institut 205, l’organisation qui avait remplacé le Komintern après sa dissolution et retourna en Allemagne après la capitulation du Troisième Reich. Gyptner semblait devoir jouer un rôle de premier plan dans l’édification d’un régime socialiste en Allemagne. En juin 1945, il fut désigné comme secrétaire du comité central du KPD et chargé de la direction du bureau du Secrétariat. Après la constitution du SED, il fut l’un des deux secrétaires paritaires du nouveau Parti et il en dirigea le Secrétariat central jusqu’en 1949. Après un court passage à la tête de la Volkspolizei, il s’occupa à partir de 1951 du « Bureau d’information en direction de l’étranger », et en 1954, il prit la direction du bureau » Étranger capitaliste » au ministère des Affaires étrangères, préface à une carrière diplomatique qui le conduisit comme ambassadeur à Pékin (1955-1958), au Caire et à Varsovie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73225, notice GYPTNER Richard (Georg). Pseudonymes : MAGNUS, ALARICH, RICHARD. par Brigitte Studer, version mise en ligne le 12 août 2009, dernière modification le 12 août 2009.

Par Brigitte Studer

SOURCES : RGASPI, 495 205 11815 (autobiographie de 1951) ; 495 130 23, p. 14 (rapport du 25 juillet 1932) ; 495 130 23, p. 14 (rapport du 25 juillet 1932) ; 495 130 21 (Die Arbeiterstimme, Esch-sur-Alzette, 31 janvier 1931) ; 495 91 156, 495 74 559 et 495 205 11815. — Archives de Jules Humbert-Droz, vol. III, Dordrecht/Boston/London, Kluwer Academic Publishers, 1988, p. 623, note 4 et p. 749, note 3. — Biographisches Handbuch der deutschsprachigen Emigration nach 1933, Bd. I : Politik, Wirtschaft, Öffentliches Leben, München/New York/London/Paris, K.G. Saur, 1980, p. 257. — J. Humbert-Droz, Le couronnement d’une vie de combat, Neuchâtel, À La Baconnière, 1973, p. 432. — Archives du Centre Jean Kill : Jean Kill, Daten und Ziffern zur Geschichte der luxemburgischen Arbeiterbewegung und speziell der Kommunistischen Partei Luxemburgs, manuscrit commencé fin décembre 1965 (25. Januar 31/17.Juli 1932). — BDC, op. cit. p. 163 — W. Leonhard, Un enfant perdu de la révolution, Paris 1983, p. 176-177 — D. Vogelsanger, Der Trotzkismus in der Schweiz, 1930-1942. Ein Beitrag zur Geschichte der Schweizer Arbeiterbewegung bis zum Zweiten Weltkrieg, Zürich 1986, p. 55 — P. Huber, Stalins Schatten…, op.cit. — B. Studer, Un Parti sous influence…, op. cit.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément