HEUSSLER André, Marcel. Pseudonyme : LEMOINE Marcel [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 14 décembre 1909 à Paris (XIIIe arr.), assassiné le 12 août 1942 à Essert (Territoire de Belfort) ; ouvrier ébéniste ; élève de l’École léniniste internationale ; élu membre suppléant du comité central du Parti communiste français lors du 9e congrès (Arles, 25-29 décembre 1937) ; collaborateur de la commission des cadres.

Fils d’un ouvrier brasseur d’origine alsacienne et d’une femme de ménage d’origine bretonne vivant à Villejuif, le famille comptait cinq enfants. André Heussler, titulaire du certificat d’études primaires, apprenti ébéniste, adhéra aux Jeunesses communistes en 1926 et devint secrétaire du sous-rayon communiste de Villejuif (Seine) en 1929. Il s’occupa particulièrement des entreprises de briquetteries de l’Haÿ-les-Roses et Chevilly-Larue.

La commission des cadres lui demanda de travailler comme employé communal à Bagneux puis à Gentilly comme secrétaire de Georges Beaugrand*, un des responsables des services de sécurité du Parti. Il fut envoyé à l’École léniniste internationale de Moscou en 1934. Beaugrand, Le Bigot, Decaux et Hamon connaissaient sa présence à Moscou ; il avait laissé son logement à disposition du Parti communiste.

A l’issue de son séjour à Moscou son évaluation était positive : "Il a étudié assidument et manifesté une certaine facilité d’assimilation des problèmes théoriques. Il a du succès dans ses études. Mais dans les discussions politiques, dans ses rapports écrits ou oraux, il n’est pas assez au fond des questions. Il manque encore d’analyse. Mais en général il est très actif dans les discussions et sa position est en général juste.Toutefois, si on le compare avec Ménard, Lafond ou François, il apparaît plus faible que ce camarades, il est moins profond. Il est orateur, en réalisant encore quelques progrès, il ferait un très bon agitateur" (Garnier)

De retour, il dirigea la liste communiste de Chevilly-Larue (Seine) aux élections municipales du 5 mai 1935. Membre du bureau de la région communiste Paris-Sud, il effectua un nouveau séjour en Russie en 1936.

Combattant volontaire en faveur de l’Espagne républicaine, Heussler obtint la confiance d’André Marty qui le nomma commissaire politique de la 14e Brigade internationale (2 décembre 1936 au 7 mars 1937). À ce titre, il fut un des principaux accusateurs du capitaine Delassalle, chef du 12e bataillon de la 14e Brigade. Delassalle, jugé pour trahison le 2 janvier 1937, fut aussitôt exécuté. Marcel Renaud succéda à Heussler.

Il était vraisemblablement revenu en France lorsque le congrès d’Arles (9e congrès, 25-29 décembre 1937) l’élut membre suppléant du comité central. Vers la même période, son nom apparut parmi ceux des fondateurs de « l’Amicale des volontaires de la liberté » qui groupait les anciens volontaires des Brigades internationales. Son article intitulé « Cinq ans de République en Espagne, 1931-1936 », publié par les Cahiers du bolchevisme de mars 1938, était marqué par de violentes attaques contre le POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) constitué de « trotskystes contre-révolutionnaires », « à la solde de Franco, d’Hitler et de Mussolini ». En août 1939, il épousa à Ivry-sur-Seine — où il habitait 80, rue Denis-Papin — Henriette Schmidt*, militante des Jeunesses communistes, née le 2 octobre 1912 à Essert (Territoire de Belfort) et divorcée en 1938 de Lucien Carré. Des autobiographies rédigées par les militants fin 1937 à la demande de la commission des cadres portent la mention « Vu par Heusler » (sic). Sans doute travaillait-il pour la commission des cadres dans la perspective de la sélection de cadres pour les Brigades internationales.

Les activités d’Heussler à partir de 1939 ne sont connues que par des rapports de police parfois imprécis et non exempts d’erreurs. Mobilisé en septembre 1939 (un rapport de police donne la date peu vraisemblable de 1940) il fut condamné à dix mois de prison par le tribunal militaire de Périgueux, « pour avoir proféré des propos de nature à exercer une influence fâcheuse sur l’esprit de l’armée et la population ». Un rapport daté du 11 mars 1941, le cite au nombre des militants communistes à rechercher, avec la mention « serait en zone libre ». « Libéré (ou évadé) à la fin 1941 », il avait repris son ancien métier d’ébéniste à Nogent-sur-Marne, sous le faux nom de Marcel Lemoine. Cette libération (ou évasion) était antérieure à l’arrestation de son épouse en octobre 1941, pour avoir caché pendant six mois, 63, boulevard Mortier à Paris (XXe arr.) le trésorier du PCF Émile Dutilleul*. Le compte rendu de l’arrestation présentait Heussler comme « actuellement dans l’illégalité » (Arch. PPo. 89, rapport du 23 octobre 1941). La police affirme qu’il avait été — à une date non précisée — désigné pour seconder Dutilleul* à la trésorerie clandestine, mais qu’il « avait renié son appartenance au PC » (Arch. J. Maitron). Heussler fut jugé responsable de l’arrestation de Dutilleul*. A la Libération des sources policières affirmèrent qu’il aurait coopéré. Le 12 août 1942 vers 22 heures, des hommes, dont Fabien, son compagnon de la guerre d’Espagne, l’assassinèrent chez ses beaux-parents à Essert, où il se trouvait en vacances.

Le 20 avril 1943 Maurice Thorez à Moscou notait pour la commission des cadres « mobilisé dès le début de la guerre. Pas de nouvelles, sauf qu’il avait adressé une lettre de remerciement à Kérillis, à propos de parrainage. Sa compagne Henriette Schmidtt a été arrêtée en septembre- octobre 1941, en même temps que Dutilleul, qui logeait dans un appartement à son nom ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73242, notice HEUSSLER André, Marcel. Pseudonyme : LEMOINE Marcel [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 12 août 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 1867 : autobiographie du 3 juillet 1936 signée Lemoine et du 23 décembre 1937 à Arles . — Notice par J. Maitron et Cl. Pennetier dans le DBMOF. — Notes de Sylvain Boulouque.

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