HUMBERT-DROZ Jenny, née PERRET Jenny.

Par Peter Huber

Née le 27 août 1892 à Motier (Fribourg), morte le 4 janvier 2001 à Malvilliers, commune de Boudevilliers (canton de Neuchâtel) ; membre des Jeunesses socialistes en 1916, puis du Parti communiste suisse en 1921 ; collaboratrice du Comité exécutif de l’Internationale communiste (CEIC) à Moscou (1925-1931), traductrice et rédactrice pour la section de l’édition ; revenue en Suisse (1931), traductrice à RUNA, l’agence de presse du Komintern, installée à Zurich (1932-1939) ; exclue du PCS en 1943, membre du PS.

Née d’un père pasteur, Jenny Perret grandit — comme elle l’affirma plus tard — dans un climat de piété d’un monde bien-pensant, conformiste, sans songer à protester quand elle remarquait l’injustice. Après l’école secondaire, elle passa à l’École normale et fréquenta les conférences de l’Association chrétienne d’étudiants, groupe de tendance chrétien socialiste. C’est là qu’elle rencontra, à l’âge de dix-huit ans, son futur mari, J. Humbert-Droz, étudiant en théologie, invité à plusieurs reprises à donner un exposé sur un thème social ou biblique. Jenny Perret séjourna en Allemagne pendant deux ans (1912-1913) pour y enseigner le français ; à son retour elle suivit des cours à l’université de Neuchâtel et s’occupa du secrétariat du groupe neuchâtelois de l’Association chrétienne d’étudiants. En 1916, suite à un séjour à Londres et en Irlande, où elle fut institutrice dans une famille de pasteur, elle se maria avec J. Humbert-Droz, entra dans la Jeunesse socialiste, puis, en 1917, au Parti socialiste suisse. Toujours à l’aile gauche du PS, elle adhéra au Parti communiste suisse, à sa fondation en mars 1921. Mère de deux enfants, elle accompagna son mari, entre 1921 et 1924, lors de ses multiples missions en France, en Italie et à Moscou.
En janvier 1925, Jenny Humbert-Droz déménagea à Moscou et habita avec son mari à l’hôtel Lux jusqu’en 1931. Elle offrit ses services de traductrice à la section d’information du Komintern qui lui proposa un travail d’essai : la lettre en allemand que Lénine adressa aux ouvriers suisses à son départ de Zurich en 1917, qui n’existait pas encore en français. Engagée depuis octobre 1925 en tant que traductrice au département de presse, membre du parti russe, et rattachée à la cellule du Komintern, elle s’acquitta des devoirs de membre, fréquentant des assemblées d’usines ou des rencontres avec des unités de l’Armée rouge. Pendant cinq mois, durant l’hiver 1927-28, Jenny Humbert-Droz put travailler à mi-temps au Secrétariat des pays latins, alors dirigé par P. Togliatti.

Contrainte, à partir de 1929 et à plusieurs reprises, à faire son « auto-critique » dans sa cellule, on l’éloigna des traductions de sujets politiques, pour la transférer au département des éditions, où elle fut chargée de traductions moins délicates. Pendant l’été 1931, elle fut congédiée et envoyée en Espagne pour y rejoindre son mari, lui-même tombé en disgrâce, écarté du cercle dirigeant du Komintern et chargé, à Barcelone et à Madrid et au sein d’une délégation tripartite, de construire le Parti communiste espagnol. Jenny Humbert-Droz y assuma pendant trois mois un travail technique : elle tapa et traduisit des rapports et projets de résolutions et les chiffra pour les envoyer à Moscou.

En octobre 1931, elle suivit son mari qui avait reçu l’autorisation, de la part de l’IC, de rentrer en Suisse et d’y intégrer la direction du PCS. Habitant Zurich, elle travailla comme rédactrice à RUNA ou Rundschau-Nachrichten-Agentur, l’ancien Telegraphen Agentur Inprekorr transféré de Berlin vers la Suisse. Depuis mai 1937, elle était responsable des comptes et des abonnements de cette agence de presse communiste dirigée alors par Theo Pinkus. En mars 1939, sous le nouvel administrateur Willy Trostel elle se chargea aussi de travaux techniques et en septembre 1939, lorsque W. Trostel fut mobilisé, elle en devint la rédactrice. L’éclatement de la guerre signifia, pour RUNA, le coup de grâce. Le 7 octobre 1939, Jenny Humbert-Droz tira la sonnette d’alarme et renseigna Moscou, c’est-à-dire Bedrich Geminder*, chef de la section pour la presse : « Nous avons perdu une partie de nos abonnés et ne savons pas si les exemplaires de notre bulletin que nous envoyons parviennent tous à destination. L’Humanité et la Correspondance internationale qui étaient nos principaux abonnés sont interdits et nous n’encaissons plus rien de nos abonnés de France. Nous avons renvoyé tout notre personnel à l’exception de Dora [Förster] [...] Nous n’avons plus de rédacteur, et je fais, sans recevoir de salaire, le travail de rédaction, d’administration et le travail technique ». Lorsque la police zurichoise procéda, le 10 octobre 1939, à une perquisition des locaux de RUNA, les deux seules personnes qui y travaillaient encore, J. Humbert-Droz et Dora Förster, furent arrêtées et passèrent trois semaines en détention préventive — le bulletin de RUNA ne parut plus jamais.

Après l’interdiction du PCS (1940), vivant de petits travaux comme secrétaire, Jenny Humbert-Droz passa les années de guerre à Zurich et subit plusieurs perquisitions. Expulsée du PCS illégal peu après l’exclusion de son mari (1943), elle adhéra au PS et s’engagea après-guerre dans le groupe de femmes assumant, entre 1953 et 1958, la présidence des Femmes socialistes de la ville de Zurich. En 1959, lorsque son mari démissionna du secrétariat central du PSS et prit sa retraite, le couple déménagea à La Chaux-de-Fonds. Veuve depuis 1971, Jenny Humbert-Droz s’occupa du Fonds Jules Humbert-Droz, déposé à la bibliothèque de la ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73258, notice HUMBERT-DROZ Jenny, née PERRET Jenny. par Peter Huber, version mise en ligne le 13 août 2009, dernière modification le 3 février 2020.

Par Peter Huber

ŒUVRE : J. Humbert-Droz, Une pensée, une conscience, un combat. La carrière politique de Jules Humbert-Droz retracée par sa femme, Neuchâtel, La Baconnière, 1976, 226 p.

SOURCES : RGASPI, Dossier personnel, 495 274 155 ; 485 83 82 ; 495 165 325. — ARF, E 4320 (B) 1974/47, vol. 174. — J. Humbert-Droz, Dossier personnel, Studienbibliothek zur Geschichte der Arbeiterbewegung, Zurich. — Der Beobachter (Zurich) n° 21, 1988. — P. Huber, Stalins Schatten, op.cit. p. 301-302. — B. Studer, Un Parti sous influence, op. cit. p. 465, 658. — Jean-Claude Buhrer, « Jenny Humbert-Droz, un siècle d’engagement », Le Monde, 8 janvier 2000. — Brigitte Studer, « Jenny Humbert-Droz : la dernière représentante d’une génération politique », Le Temps (Genève), 10 janvier 2000.

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