GISCLON Florimond, Antoine

Par Maurice Moissonnier

Né le 18 janvier 1901 à l’Arbresle (Rhône), mort le 29 juin 1979 à Lyon (Rhône) ; instituteur ; syndicaliste, coopérateur et militant socialiste, dirigeant de la fédération SFIO du Rhône en 1964-1967 ; conseiller municipal de Caluire, adjoint au maire de Lyon, conseiller général du Rhône, vice président de la communauté urbaine de Lyon ; membre du Conseil économique et social ; résistant.

Florimond Gisclon et ses élèves de Cublize
Florimond Gisclon et ses élèves de Cublize
Communiqué par Christian Gallina, président de Cublize et son histoire

Florimond Gisclon était issu d’un milieu familial très modeste. Son père, André Pierre, était ouvrier mineur aux mines de Saint-Pierre-La-Palud (Rhône) et sa mère, Marie Clémence Michard, faisait des ménages. Leurs ressources étaient maigres pour faire face aux charges qu’impliquait une famille nombreuse de six enfants (trois garçons et trois filles). Le père mourut en 1913 et, restée seule pour assumer l’éducation des enfants, la mère trouva une aide indispensable en se remariant avec son beau-frère Florimond Gisclon*, mutilé de guerre, militant syndicaliste des travaux publics et du Parti socialiste SFIO.

Dans ces conditions on comprend que le jeune Gisclon ait connu les difficultés d’une enfance besogneuse. En 1914, ses études furent perturbées par l’absence des instituteurs à l’Arbresle ; il alla alors vendre des journaux dans les campagnes environnantes afin de procurer des ressources supplémentaires à la famille. Un enseignant, Joseph Baccot, blessé de guerre en convalescence à l’Arbresle au cours du mois de novembre 1914 (il devait par la suite être tué en 1918), fit pression sur l’enfant pour qu’il fréquentât l’école dirigée par sa femme, au moins chaque après-midi. C’est ainsi que Florimond Gisclon put réussir, en 1915, au concours des bourses, ce qui lui permit d’entrer à l’EPS de Tarare (1915-1917) et de réussir au concours d’entrée à l’École normale de Lyon en 5e position. Il y reçut sa formation d’enseignant entre 1917 et 1920. Depuis 1916, jusqu’à son départ au régiment en 1921, l’adolescent ne connut jamais de vraies vacances : chaque année, il s’embaucha dans une usine ou sur un chantier pour apporter un complément aux ressources familiales.

Nommé à Lyon, dans le quartier de Monchat, en 1920, il dut rapidement quitter son premier poste pour effectuer, entre 1921 et 1923, son service militaire. Dès cette époque, il s’était engagé nettement sur le plan syndical et politique en adhérant en 1919 à la section socialiste SFIO de l’Arbresle et, en 1920, au syndicat des instituteurs.

Au retour du service militaire il fut nommé à Saint-Just-d’Avray (1923-1924) et sa carrière se poursuivit jusqu’en 1941 à la direction des écoles de Cublize (1924-1929), Écully (1929-1937) et Caluire (1937-1941). Le 22 avril 1924, il avait épousé l’institutrice Francine Janinet et deux enfants naquirent de cette union : Janine en 1926 et Michelle en 1935.

D’emblée, Florimond Gisclon avait retrouvé ses activités militantes : en 1925, il devint secrétaire adjoint (tendance « École Émancipée ») du syndicat unitaire de l’Enseignement du Rhône. De 1925 à 1932, il assura le secrétariat départemental de l’Internationale de l’Enseignement. Son action se développa en outre dans le domaine des luttes en faveur de la laïcité. Ainsi fonda-t-il les amicales laïques de l’Arbresle, Cublize et Écully et anima-t-il l’amicale de Caluire. Sur le plan politique, il avait suivi sa section de l’Arbresle, passée tout entière au Parti communiste lors de la scission de Tours. Il avait assez mal dominé les événements dans la mesure où son appel sous les drapeaux l’avait éloigné des débats qui avaient accompagné la scission. En 1924, il revint au Parti socialiste SFIO où il fut successivement secrétaire de section à Écully et à Caluire.

C’est à ce titre qu’il participa activement, au moment où la crise économique des années 1930 exerçait ses ravages, à la résistance aux menées des ligues fascisantes. Le 12 février 1934, il contribua au succès de la grande journée d’action des travailleurs, ce qui lui valut quelques difficultés avec la police. Il adhéra pleinement à la politique du Front populaire et milita en faveur de l’intervention en Espagne et contre Munich — ce qui valut d’être noté dans la mesure où de très nombreux instituteurs du Rhône s’alignaient sous les positions ultra-pacifistes développées par Léon Emery. Il refusa le pacte Germano-soviétique au nom de sa fidélité à la lutte anti-nazi.

Cette attitude, à quoi s’ajoutait en 1940 plus que de la réserve à l’endroit du pouvoir de Vichy, explique assez les raisons de la révocation qui le frappa en 1941. Frappé par les lois sur les sociétés secrètes, il présenta une demande de dérogation qui fut instruite en 1943 et transmise aux instances de la Légion locale. Il trouva alors un emploi à la coopérative ouvrière de production « L’Avenir », fondée par Antoine Charil*, jusqu’à la Libération.

Florimond Gisclon participa en outre à la Résistance. Dès 1941 son action prit la forme de l’aide aux réfugiés qui désiraient retourner plus ou moins légalement dans leur région d’origine, puis, à partir de la fin de 1942, il mit en place un groupe de résistants de « L’Avenir » affilié au mouvement Franc-tireur. Il participa au sabotage du service du Travail obligatoire en fournissant aux réfractaires de faux papiers, de fausses cartes et des attestations de complaisance. Il était en outre en relations avec le mouvement Combat, avec le Parti socialiste clandestin et, sous le nom de Blanc, il assura des responsabilités départementales au SNI clandestin. En octobre 1943, le Franciste, journal de Marcel Bucard, le cita dans ses colonnes comme « particulièrement dangereux » ce qui le contraignit à prendre des précautions afin que cette dénonciation n’ait pas d’effet dommageable pour lui et les siens. À la Libération, il recréa la section du SNI du Rhône avec Marie Pacaud*, animatrice du Front national et il fut réintégré dans l’enseignement.

De son passage à « L’Avenir », il garda des liens avec le mouvement de coopération. À partir de 1945 il siégea au secrétariat (puis au bureau) de l’Union régionale des coopératives ouvrières de production de Lyon et du Sud-Est, de 1954 à 1958. Il tint au micro de Radio Lyon la chronique de la coopération ouvrière de production et publia 40 conférences dans un recueil. En 1959, au congrès de Paris, il lut le rapport sur le thème des « aspects humains du développement coopératif ». Dans L’École libératrice, le 19 novembre 1965, Maurice Dommanget signalait que sa conférence prononcée devant 400 étudiants de l’Institut des sciences appliquées venait d’être publiée sous le titre Les Coopératives ouvrières de production en France (32 pages). Après sa réintégration, il occupa divers postes de directeur dans des écoles primaires de Lyon avant de terminer sa carrière comme directeur du CEG du quartier de Perrache (1953-1959).

Après la Seconde Guerre mondiale, il devint membre du bureau fédéral du Rhône du Parti socialiste puis, de 1964 à 1967, secrétaire fédéral. Dans le même temps, il s’affirmait sur le plan électoral. En 1953, il fut élu au conseil municipal de Caluire comme tête de liste du Bloc des gauches socialistes. En 1959, il conduisit la liste de défense républicaine (SFIO et radicaux) et fut élu au conseil municipal de Lyon. Il devint alors adjoint au maire pour le 3e arrondissement de la ville. En 1965, il figura sur la liste « Pour la Réalisation Active des Espérances Lyonnaises » (PRADEL), conduite par l’ex radical Pradel, avec l’investiture du Parti socialiste SFIO. Il était encore administrateur de l’Office départemental des HLM du Rhône.

Après deux échecs en 1958 et 1961 à Lyon, en 1967, il fut élu conseiller général du 9e canton de Lyon avec l’investiture de la FGDS et, la même année, sous le même drapeau, il affronta aux élections législatives, dans la 4e circonscription de Lyon, le ministre d’État gaulliste Louis Joxe. Bénéficiant au second tour du désistement communiste, il manqua de peu son élection : 24 019 voix contre 23 620. En 1969 il était membre de section au Conseil économique et social.

Il était très lié au maire de Lyon, Pradel, d’autant qu’en 1968, en tant que vice-président de la communauté urbaine chargé du personnel il en était devenu un collaborateur très proche. Président du groupe FGDS du Conseil général en 1968, il refusa de le réunir et fut accusé par le sénateur Pinton de collaboration avec Pradel. D’autre part, il suivait difficilement l’évolution du Parti socialiste à la veille du congrès d’Épinay (11-13 juin 1973). Il fut réélu en 1971 et en 1977 sur la liste PRADEL aux élections municipales, à la vice présidence de la communauté urbaine en 1971 poste abandonné en 1977 et au conseil général du Rhône en 1973, sur une liste d’intérêt local sans le soutien du Parti socialiste qui l’avait éloigné de ses rangs.

Il resta président du cercle des socialistes lyonnais, organisme rassemblant des socialistes plus ou moins en rupture de PS nouvelle formule et, en 1977, il était aussi le président des délégués départementaux de l’Éducation nationale du IIIe arrondissement de Lyon.

Réélu en 1977 au conseil municipal de Lyon sur la liste conduite par le maire Collomb, proche de Raymond Barre, il conserva son poste d’adjoint pour le IIIe arr. Il était en outre vice-président de la Courly (communauté urbaine de Lyon).

Un de ses anciens élèves du cours complémentaire de Perrache, Jean-Pierre Bernet, témoigne : "Pendant les vacances scolaires de 1954,il nous proposa un camp d’adolescents qu’il animait lui-même au Mont Dore en Auvergne.Nous n’étions pas très nombreux,nous couchions sous la tente et,fait remarquable,nous étions très libres. Nous le respections,mais quelle chaleur se dégageait de cet être qui nous rassurait. À tour de rôle nous l’accompagnions faire les courses durant lesquelles il chantait." Il évoque "toute la générosité de ce personnage hors du commun".

Mort le 29 juin 1979, il fut incinéré le 3 juillet au cimetière de la Guillotière ; ses cendres transférées au cimetière de l’Arbresle.

Il avait été décoré de la médaille de la Reconnaissance française pour faits de Résistance, de la médaille d’Or de l’éducation physique et des sports, était officier de l’Ordre des Palmes, chevalier du Mérite social et officier de la Légion d’honneur..

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73299, notice GISCLON Florimond, Antoine par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 14 août 2009, dernière modification le 27 juillet 2021.

Par Maurice Moissonnier

Florimond Gisclon et ses élèves de Cublize
Florimond Gisclon et ses élèves de Cublize
Communiqué par Christian Gallina, président de Cublize et son histoire

SOURCES : Entretiens sur la coopération ouvrière de production, 40 causeries au micro de Radio-Lyon, n° 8, 130 p. — L’École Libérée, juin 1977, « Le syndicalisme des enseignants » (Robert Matagrin). — Réponses de F. Gisclon à un questionnaire. — Le Progrès de Lyon, 30 juin 1979. — Arch. Nat., F/1cII/322, 563 ; F/7/15546 ; CAC, 19770359/26. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Paris, éditions du Rocher, 2001, p. 250. — Notes de Jacques Girault et de Gilles Morin.

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