WOUTERS René Wilfried. Pseudonymes : Paul (en Espagne), Antoon Plaud (à Moscou)

Par Étienne Verhoeyen, José Gotovitch

Né le 24 janvier 1913 à Ramsel (province d’Anvers) ; membre des Jeunesses communistes, volontaire des Brigades Internationales, dirigeant du « groupe Wollweber » à Anvers.

Wilfried Wouters milita brièvement, comme son frère, dans une organisation de jeunesse nationaliste flamande. En décembre 1931, il adhéra à la Jeunesse communiste dont il devint secrétaire de la (petite) fédération d’Anvers. En juin 1932, membre du Front Rouge, il fut arrêté lors de manifestations contre l’extrême droite flamande et condamné à trois mois de prison pour rébellion, coups et outrage à la police. Il fut licencié et demeura chômeur durant une année. Il fut appelé au service militaire en 1933 qu’il termina comme sous-officier mitrailleur. Il fut ensuite employé à la rédaction du journal libéral Le Matin comme correcteur. Il est membre du comité central des Jeunesses communistes et rédacteur de sa revue flamande, Roode Jeugd (Jeunesse rouge). Il est successivement membre des Syndicats (socialistes) des typographes et des employés. De langue maternelle néerlandaise, il parle et écrit parfaitement le français, mais pratique également l’anglais et l’allemand.

En octobre 1935, il fut désigné par le Parti pour suivre les cours de la section des jeunesses de l’École léniniste. ll y rédigea sa bio, mais ne fut pas accepté par la commission des mandats. Il quitta Moscou le 11 novembre 1935. Les raisons en demeurent ignorées.

En octobre 1936, il partit pour l’Espagne comme volontaire des Brigades Internationales. Il y fut correspondant pour des journaux communistes (De Roode Vaan, Het Vlaamsche Volk) mais il fut surtout chef de compagnie du groupe flamand et ensuite officier de renseignement du Bataillon Edgar André (XIe Brigade). Blessé à deux reprises, il fut décrit comme « un camarade courageux et discipliné, éduqué politiquement ».

Début 1938, après la dissolution de son bataillon, il fut approché par un Français qui se fait appeler ‘André’ et qui lui proposa de suivre une formation spéciale à Madrid. Il s’agit en fait d’une formation de saboteur, qu’il suivit avec une quinzaine d’autres candidats sous le nom de ‘Paul’. ‘André’ leur expliqua qu’il s’agissait de saboter les lignes de transport pour Franco et que les hommes étaient destinés à des ports. Selon Eligius De Rijck, ouvrier du port proche du ‘groupe Wollweber’, c’est lui qui a suggéré Wouters comme un élément valable pour ce genre de travail, et Georges Van den Boom, secrétaire ‘national’ du VKP et ancien délégué belge auprès de l’IC serait également intervenu. Il est possible que la venue en Espagne de René Dillen en janvier 1938 comme délégué du PCB ne soit pas étrangère au choix de Wouters qu’il connaissait bien.

En mai 1938, le groupe formé à Madrid est déplacé à Paris. Le passage clandestin de la frontière espagnole, est préparé et accompagné en partie par une femme inconnue, peut-être allemande, dite ‘Lena’, qui fait sans doute partie de l’OMS. Le groupe est logé dans un hôtel dans la banlieue parisienne ; leur formation est complétée dans l’atelier d’un militant français, Pierre de Saint-Giron.

Rentré en Belgique vers juin 1938, Wouters prend contact avec Alfons Fictels, qui a dirigé jusqu’à ce moment le ‘groupe Wollweber’ anversois. En octobre ou novembre 1938, il rencontre à Paris [Schaap-<73650], adjoint de Wollweber. Il est convenu que Wouters prendra la direction du groupe anversois. En 1939, Schaap l’introduit à Paris auprès d’[Ernst Lambert-<75830], instructeur important de l’organisation Wollweber. Les services de police d’Anvers suivent ses mouvements de très près, enregistrent ses rencontres (notamment avec Lambert… et un indicateur, membre du VKP). Mais aucune action de sabotage ne sera entreprise sous sa direction. Rappelé à l’armée fin 1939, Wouters est fait prisonnier de guerre le 18 mai 1940. Il est arrêté le 20 décembre 1940 dans son Stalag, très probablement suite à des déclarations à la police allemande de Fictels, arrêté avant lui.

Durant l’instruction du procès des ‘groupes Wollweber’ belge et hollandais, il conserve une attitude admirable, ne citant aucun nom et allant jusqu’à nier l’évidence même. Ce n’est qu’après la mort de son frère, tombé au Front de l’Est début 1943, qu’il change d’attitude et qu’il est prêt à déclarer que l’enquête policière allemande avait révélé la vérité ; il y ajoute quelques déclarations intéressantes sur son instruction en Espagne. Wouters est condamné à mort le 11 novembre 1942 par le Volksgerichtshof de Berlin et exécuté le 7 décembre 1943 à Berlin-Plötzensee.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73353, notice WOUTERS René Wilfried. Pseudonymes : Paul (en Espagne), Antoon Plaud (à Moscou) par Étienne Verhoeyen, José Gotovitch, version mise en ligne le 18 août 2009, dernière modification le 18 août 2010.

Par Étienne Verhoeyen, José Gotovitch

SOURCES : RGASPI, 495 193 522 et Fichier des Brigadistes belges. — Bundesarchiv Berlin, Z/C 10467, vol. 2 (déclaration de Wouters à la Gestapo de Hambourg du 13 janvier 1943). — Administration des Victimes de la Guerre, Bruxelles, dossier Wouters. — Archives du Royaume Beveren, PK Antwerpen 2001 C, dossier no. 1073 (activité de Wouters en 1932-1933).

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