GHESQUIÈRE Henri, Jules

Par Justinien Raymond

Né le 28 août 1863 à Lille (Nord), mort le 2 septembre 1918 à Lille ; colporteur de journaux, rédacteur au Réveil du Nord ; militant socialiste et élu du Nord ; conseiller municipal de Lille, conseiller général, député (1906-1918).

Fils d’un dévideur et d’une dévideuse, Henri Ghesquière quitta l’école à l’âge de dix ans pour l’usine, mais continua à s’instruire à l’école du soir et se cultiva tout au long de sa vie par un effort d’autodidacte qui fit de lui un journaliste de talent, un auteur de pièces nombreuses et de brochures de propagande. Renvoyé de diverses usines pour son activité politique, il gagna sa vie et celle de ses six enfants, jusqu’en 1895, comme colporteur de journaux, puis comme rédacteur au Réveil du Nord. Sa femme y ajoutait ses petits gains de marchande ambulante et, en 1896, il ouvrit un estaminet à l’enseigne du « Droit social ».

Henri Ghesquière avait dix-sept ans quand il adhéra au groupe d’études sociales « L’Égalité » où il côtoya Jonquet et Delory. Il devint une des figures marquantes du guesdisme. Il appartint longtemps au comité fédéral et, plus tard, fut délégué de sa fédération au conseil central du PS de France. C’était un habitué des congrès nationaux : ceux du POF à Lille (1890 et 1896), à Paris (1893 et 1897), à Montluçon (1898), à Roubaix (1901), à Issoudun (1902) ; ceux du PS de F. à Commentry (1902), à Reims (1903), à Lille (1904) ; le congrès général de la salle Japy (1899) où il représentait les 1re et 2e circonscriptions de Lille ; les congrès internationaux de Londres (1896), d’Amsterdam (1904) ; les congrès de la SFIO à Limoges (1906), à Toulouse (1908), à Saint-Étienne (1909), à Paris (juillet 1910), à Saint-Quentin (1911), à Lyon (1912), à Brest (1913). À Lyon, en compagnie de Compère-Morel, il dut répondre d’une attaque contre la tactique de la CGT prononcée à la Chambre des députés le 2 décembre 1911. Au VIIIe congrès des coopératives socialistes à Calais (juillet 1911), Ghesquière, représentant « l’Humanitaire » de Nancy, dénonça l’idée d’Héliès que la coopération peut conduire à la socialisation : « Dans le Nord, nous sommes coopérateurs résolus, déclara-t-il, mais nous savons que l’expropriation capitaliste ne peut sortir que de la conquête du pouvoir politique ».

Henri Ghesquière mena maintes batailles électorales. En 1888, il se présenta aux élections municipales à Lille et échoua : il sera conseiller municipal et adjoint de Delory à l’Assistance publique de 1896 à 1904, conseiller général du canton de Lille-Sud de 1896 — élu l’année précédente, mais l’élection avait été annulée — à 1901 et après 1904. Aux élections législatives, il obtint 2 957 voix sur 15 797 inscrits en 1893 (3e circonscription de Lille), 7 327 sur 22 345 en 1898, 4 826 sur 15 031 en 1902 (2e circonscription de Lille) ; en 1902, il fut encore candidat à une élection partielle dans la 2e circonscription où il sera élu en 1906 (6 660 voix sur 15 903), réélu en 1910 (6 944 sur 17 968) et en 1914 (8 424 sur 19 215). Il mourut avant la fin de cette dernière législature peu avant l’armistice, après avoir passé toute la guerre en pays envahi.

En 1908, du 8 au 12 octobre, un nommé Henri Ghesquière assista au titre de délégué au XVIe congrès national corporatif — 10e de la CGT — tenu à Marseille. Y a-t-il identité ?

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73359, notice GHESQUIÈRE Henri, Jules par Justinien Raymond, version mise en ligne le 18 août 2009, dernière modification le 1er février 2019.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : Ghesquière collabora au Réveil du Nord, au Droit du Peuple, au Populaire du Centre, au Socialisme, au Mouvement socialiste.
Il écrivit deux brochures, La Femme et le Socialisme (Lille, 1893, 15 p. Bibl. Nat. : 8° R. 5 753) ; La Mine et les Mineurs (Lille, 1901, 48 p. Bibl. Nat. 8° Ll 7/192) et, en collaboration avec G. Delory, Un budget bourgeois.
Ghesquière est l’auteur de plusieurs pièces théâtrales d’inspiration socialiste : Caïn et Abel, La Timbale électorale, La Conspiration des Égaux, Les Irresponsables (drame en trois actes en collaboration avec A. Salembier, Lille, 1903, Bibl. Nat. 8° Y th. 30 601), Monsieur Pierre (pièce socialiste en trois actes, Lille, 1912, Bibl. Nat. 8° Y th. 34 449).
On doit aussi à Ghesquière la musique de L’Insurgé et celle de Jean Misère. C’est lui qui, en chantant l’Internationale, à la fin du congrès des organisations socialistes en 1899, assura à ce chant sa popularité à travers toute la France.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Dép. Nord M 152 et M 154. — Comptes rendus des congrès socialistes. — Hubert-Rouger, La France socialiste in Encyclopédie socialiste, op. cit., pp. 357-358. — L’Humanité, 15 juillet 1911. — Les Fédérations socialistes I, op. cit., pp. 414-418 passim. — Cl. Willard, Les Guesdistes, op. cit., p. 625-626.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., p. 357 et Les Fédérations socialistes I, op. cit., p. 405.

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