LAMPS René, Georges, Albert

Par Jean-Pierre Besse, Julien Cahon, complété par Philippe Pauchet

Né le 5 novembre 1915 à Amiens (Somme), mort le 8 mai 2007 à Amiens (Somme) ; instituteur puis professeur d’enseignement général ; résistant et militant communiste dans la Somme ; secrétaire fédéral (1945-1949 ; 1953-1956), membre du comité central (1945-1950), membre du bureau fédéral (1956-1959, 1962-1972), secrétaire fédéral à l’organisation (1959-1962) ; vice-président départemental de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) (1947, 1953, 1961-1962), président départemental de France-URSS (1968) ; député (1945-1958 ; 1962-1978), conseiller général (1959-1976), maire d’Amiens (1971-1989)

Assemblée nationale, <em>Notices et portraits</em>, 1945
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1945

Le père de René Lamps était employé à la Compagnie des chemins de fer du Nord à Longueau (Somme) et domicilié à Amiens (Somme). Athée, il ne donna aucune éducation religieuse à ses deux fils, mais il ne s’intéressait pas davantage aux questions politiques et syndicales.

Après la mort de son mari dans un accident du travail en 1926, la mère de René Lamps reprit son travail de couturière à domicile pour pouvoir élever ses deux enfants.

René Lamps suivit ses études à Amiens, à l’école primaire Noyon , puis à l’école primaire supérieure Auguste Janvier d’où il sortit en 1931 avec le brevet élémentaire, après une scolarité marquée par les cours d’André Bernard*. René Lamps entra alors à l’École normale d’instituteurs de la Somme – il avait été reçu 30e sur 38 au concours d’entrée et avait réussi l’examen des bourses. Il se fit notamment remarquer pour ses qualités en mathématiques et son goût pour le travail manuel du bois, ainsi que par son antimilitarisme. Il fut l’un des seuls de sa promotion (deux sur 42) à refuser de suivre la préparation militaire supérieure. Membre de l’Association des anciens élèves de l’école annexe, présidée par Maurice Domon, il participa, de 1933 à 1943, à l’animation culturelle de la région amiénoise au sein de la troupe Chés cabotans (marionnettes traditionnelles picardes). Sportif, il faisait partie de l’équipe de longue paume championne de France en 1932, et pratiqua le hockey-sur-gazon de 1931 à 1942 au sein de l’AAC (Amiens athlétic club). René Lamps avait également fréquenté les cours de musique (violon et cor d’harmonie) jusqu’à son entrée à l’École normale.

Il sortit deuxième de l’EN en 1934, muni de son brevet supérieur, puis fut nommé instituteur à Corbie (Somme) où son directeur , Monsieur Caillouet, l’encouragea à assister aux réunions des partis de gauche et d’associations comme La libre-Pensée ou la Ligue des Droits de l’Homme. Il eut notamment pour collègue Louis Falize – dans un milieu favorable aux idées socialistes et dans une ambiance de Front populaire et d’antifascisme (Léon Lemaire* devenait maire en mai 1935). Il adhéra en octobre 1934 au Syndicat national (CGT) qui devint peu après Syndicat national des instituteurs.

René Lamps s’ouvrit réellement à la vie politique au moment du Front populaire par antifascisme et pacifisme – un pacifisme nourri par ses lectures (Henri Barbusse, Le feu ; Roland Dorgelès, Les croix de bois ; Jean Giono, Le grand troupeau, et Le refus d’obéissance) et le cinéma (Les quatre de l’infanterie ; G.W. Past, Westfront 1918 ; Lewis Milestone, A l’ouest rien de nouveau). En 1935 et 1936, il assista, comme simple auditeur, à plusieurs meetings du Front populaire et du PCF à Amiens. René Lamps, alors connu pour ses idées de gauche, était déjà un « communiste de cœur » (témoignage de Julia Lamps).

Après son service militaire, qu’il termina comme sergent, à la base aérienne du fort de Saint-Cyr, d’octobre 1936 à octobre 1938, au détachement militaire de l’office national de la météorologie (il avait préparé et réussi ce concours d’affectation afin de trouver une échappatoire au port des armes sans faillir à son devoir militaire), il fut nommé en octobre 1938 à l’école des garçons Notre-Dame d’Amiens et devenait délégué SNI des jeunes instituteurs. Mobilisé en mars 1939 et démobilisé en septembre 1940, René Lamps revint à Amiens, retrouva un poste dans le primaire puis, en décembre 1940, fut nommé au collège moderne des garçons où il enseigna les mathématiques à la faveur d’une vacance due à la guerre, le titulaire du poste étant prisonnier.

René Lamps épousa le 17 juillet 1942 à Amiens, Julia Lemaire, secrétaire, qu’il avait connue lors de son séjour à Corbie. Le couple eut deux enfants. Fille de l’ex-maire communiste de cette ville, Léon Lemaire, (voir tome 34) Julia était déjà depuis la fin de 1940 impliquée dans les liaisons entre les militants clandestins et les premiers groupes de Résistance. C’est elle qui amena René Lamps à s’engager aussi. Il avait d’abord mené une résistance passive, au sein de son établissement (avec son ancien maître et désormais collègue, André Bernard qui avait en charge l’éducation générale, il n’appliquait pas les directives de Vichy) et au sein de Chés Cabotans. Il profitait des représentations de la troupe et « [de] la langue picarde pour dénoncer l’occupation, provoquant les rires des gens et des allemands présents dans l’assistance qui ne comprenaient pas, mais qui voyant rire les gens, riaient aussi » (témoignage de Julia Lamps).

René Lamps adhéra au Parti communiste au printemps 1943 et reçut très rapidement des responsabilités de plus en plus importantes dans le Parti communiste clandestin. Il fut d’abord chargé par Yves Lagarrigue de reconstituer la section décimée par la "chasse aux sorcières" organisée par la Troisième République finissante puis, par le régime de Vichy. Il s’occupa d’abord de la presse clandestine. En janvier 1944, il fut intégré aux FTPF et devint l’adjoint de Loisy-Jarnier. Il était chargé du secteur amiénois où opéraient deux compagnies, celle de "l’Amiénois" et celle de la "Vallée de la Nièvre". Il programma et multiplia alors les sabotages, les récupérations d’armes et les attaques de détachements de la Wehrmacht. Il s’occupait aussi des réfractaires au STO. Il leur procurait des lieux d’hébergement, de fausses cartes d’identité et des tickets d’alimentation, (obtenus par l’attaque de bureaux de mairies). René Lamps chercha aussi de trouver l’argent qui manquait aux clandestins : ll fut chargé d’organiser l’attaque du tri postale qui eut lieu dans la nuit du 13 au 14 août 1944. Il participa à la coordination de l’insurrection lors de la libération du département de la Somme. À Amiens, il était « Jean », dans la Somme « Stéphane » puis lorsque la Gestapo sembla l’avoir démasqué « Rémy ». Après la guerre, René Lamps reçut le grade de lieutenant FFI.
René Lamps était chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil, de la médaille de la Résistance et de la croix du combattant volontaire de la Résistance.

À la Libération, René Lamps fut nommé secrétaire régional puis départemental du Parti communiste français, assura quelques temps la direction du Travailleur de la Somme et fut élu membre suppléant du Comité central en juin 1945, intégrant la section économique. Il suivit l’école centrale d’un mois du PCF en mars 1945 puis celle de quatre mois (novembre 1948-mars 1949).

Parallèlement à ses responsabilités partisanes, René Lamps entama alors une longue carrière parlementaire qui ne devait s’arrêter qu’en 1978 avec une brève interruption entre 1958 et 1962. Le 21 octobre 1945, aux élections législatives, la liste communiste arrivait en troisième position obtenant 67 585 voix sur 228 366 suffrages exprimés et 272 804 inscrits. Moins de 2 500 voix séparaient les listes SFIO, MRP et communiste, chacune reçut donc deux élus. René Lamps, qui bénéficia de la répartition des restes à la plus forte moyenne, emportait l’un des six sièges à pourvoir. René Lamps, en deuxième position derrière Louis Prot *, entra donc au Palais Bourbon où il siégea à la commission de l’Éducation nationale, des beaux arts, de la jeunesse et des sports et à celle des finances et du contrôle budgétaire. Il échoua cependant aux élections cantonales de septembre 1945 dans le canton de Picquigny.

Il déposa, le 8 mars 1946, un rapport au nom de la commission de l’Éducation nationale sur les propositions de résolution de ses collègues Raymond Guyot et Madeleine Léo-Lagrange, destinées à favoriser le développement de l’éducation physique, des sports et des activités de plein-air. René Lamps intervint en outre à deux reprises au cours de la discussion des projets de loi relatifs à la nationalisation des secteurs de la banque et du crédit, pour réclamer un renforcement du contrôle de l’État sur les grandes banques d’affaires, plaidant pour l’octroi d’un pouvoir de veto à des commissaires du gouvernement placés auprès de chaque établissement bancaire, afin que les pouvoirs publics conservent les moyens de s’opposer à toute décision du conseil d’administration qu’ils jugeraient contraire à l’intérêt national. Avec ses collègues du groupe communiste, René Lamps vota les nationalisations et approuva, le 19 avril 1946, le projet de constitution de la IVe République. Mais le rejet du texte par référendum (5 mai 1946) rendit nécessaire la convocation d’une nouvelle Assemblée nationale constituante.

Réélu député en juin 1946, bénéficiant une nouvelle fois de la répartition des restes à la plus forte moyenne – la liste communiste consolidait cependant ses positions avec 70 075 voix sur 234 068 suffrages exprimés – René Lamps retrouva la commission de l’ Éducation nationale et la commission des finances, et était proclamé secrétaire de l’Assemblée nationale constituante. Le 26 juillet 1946, il intervint à la tribune de l’Assemblée pour faire part des soucis que lui inspirait la situation des « petits rentiers ou épargnants » : constatant que « ces catégories sociales subissent, plus que toutes les autres, les conséquences de la dévaluation et de l’augmentation du prix de la vie », il affirma la nécessité d’une revalorisation des rentes et d’une meilleure maîtrise de l’inflation, prônant à cet effet le renforcement des « commissions de surveillance des prix ».

René Lamps rejeta le nouveau projet de constitution, voté par l’assemblée le 28 septembre 1946, puis ratifié par référendum le 13 octobre, et sollicita le renouvellement de son mandat lors des élections législatives du 10 novembre 1946, où la liste communiste améliorait encore ses résultats, avec 74 295 voix sur 227 482 suffrages exprimés. Réélu, René Lamps continua à siéger à la commission des finances et du contrôle budgétaire, dont il fut élu secrétaire. Il était également nommé juge suppléant à la haute cour de justice En 1947, il accéda au comité central comme membre titulaire.

En 1949, l’affaire Prot freina la carrière qui s’ouvrait à lui au sein du PCF. La 13éme conférence fédérale de novembre 1949 écarta René Lamps du secrétariat fédéral et du bureau fédéral et en avril 1950, au congrès de Gennevilliers, il ne fut pas réélu au comité central. En fait dans son numéro du 5 mars 1949, Le travailleur de la Somme avait publié la liste de la direction départementale. René Lamps ne figurait déjà plus au secrétariat mais demeurait au bureau fédéral. Dans son ouvrage consacré à René Lamps, Francine Delaunay reprend la date de novembre pour fixer le départ de René Lamps du secrétariat fédéral. Cette mise à l’écart résultait de la réaction à une lettre adressée par Lamps au début de 1950 à un militant communiste qui lui demandait son avis sur un éventuel départ comme volontaire pour combattre dans les rangs du Vietminh. Après avoir développé la politique du PCF pour les questions militaires, il lui indiquait que Marty* était le responsable de ces questions dans la direction du Parti. Après la saisie par la police de cette lettre, une enquête commença, des mesures provisoires furent prises. La commission centrale de contrôle politique, après un rapport de Gaston Auguet*, le 28 mai 1951, ne décida d’aucune sanction.

Cependant par son passé de résistant et son travail d’élu, René Lamps s’était forgé une grande popularité parmi les militants communistes, popularité qui ne devait jamais se démentir et s’étendre par la suite à une frange de plus en plus large de la population du département, toutes tendances confondues.

Au cours de la législature 1946-1951, René Lamps se révéla l’un des parlementaires les plus actifs de son groupe, multipliant les interventions sur des sujets variés. Spécialiste des questions budgétaires et fiscales, il fut toujours en première ligne lors des discussions des projets de loi de finances. Ainsi son groupe parlementaire le désigna, le 21 décembre 1949, pour exposer la position des communistes à l’égard du projet de loi de finances pour 1950 présenté par Maurice Petsche au nom du gouvernement de Georges Bidault. Ce fut pour René Lamps l’occasion d’une vigoureuse diatribe contre la politique gouvernementale. Il dénonça d’abord la politique militaire menée par le ministre de la Défense René Pleven, « politique de préparation à la guerre », largement soustraite au contrôle du Parlement. Il incrimina ensuite le sort réservé aux fonctionnaires : en retardant le plus possible la réévaluation de leur retraite, le gouvernement « réalis[ait] non seulement une économie en valeur absolue, mais il commet[tait] une sorte d’escroquerie puisqu’il [était] certain de payer sa dette en monnaie dépréciée, donc de payer moins qu’il ne d[evai]t. René Lamps dénonçait enfin la politique du logement menée par le gouvernement, brossant en contrepoint un tableau enthousiaste de l’Union soviétique.

Au début de l’année 1951, René Lamps était parmi les principaux animateurs du débat parlementaire sur le projet de loi instituant les apparentements. Il déposa, le 19 mars, un amendement tendant à ne permettre l’apparentement qu’entre deux listes seulement, arguant que "le système des apparentements, dont le but avoué [était] d’entacher de nullité le vote des électeurs communistes [...] [était] suffisamment immoral pour que l’Assemblée ne l’étende pas à plusieurs listes ».

En 1951, le PCF créa L’Ecole et la Nation, revue destinée à traiter les questions de l’enseignement, René Lamps fit partie de son premier comité de rédaction.

Après trois ans au comité fédéral, René Lamps fut rappelé au secrétariat fédéral en février 1953. La fédération de la Somme sortait d’une nouvelle crise qui avait conduit André Stil*, dans France Nouvelle, à dénoncer la carence de la direction et débouché sur la mise à l’écart de Jean Roguet, secrétaire fédéral qui avait succédé à René Lamps. Le 21 mars 1953, René Lamps fut nommé secrétaire fédéral remplaçant Joseph Leroux promu trois semaines plus tôt. La direction venait de découvrir que ce dernier avait travaillé volontairement pour les Allemands sur les côtes de la mer du Nord en 1942-1943. Les archives du comité central donnaient la direction élue le 1er mars 1953 en faisant figurer en première position René Lamps et ne mentionnant pas Joseph Leroux contrairement à la presse communiste locale qui annonça, le 15 mars, l’exclusion de Leroux et le 23 mars la promotion de René Lamps. La section de montée des cadres du PCF faisait également figurer René Lamps en tête du secrétariat élu, et indiquait que Joseph Leroux « avait été proposé comme secrétaire fédéral » mais que « l’unanimité n’avait pas été réalisé sur cette proposition ». Enfin, le rapport du préfet de la Somme au ministre de l’Intérieur, daté du 4 mars 1953, indiquait : « À la suite des critiques lancées par André Stil, le nouveau secrétariat fédéral est ainsi composé : Joseph Leroux, qui devient secrétaire fédéral, René Lamps, député, spécialement chargé de réorganiser la fédération, Lucette Bonnard*, chargée de l’action féminine, et Albert Vilfroy [...]. »

La fédération de la Somme repartit sur des bases nouvelles et René Lamps quitta le secrétariat fédéral en juin 1956 laissant la place à son beau-frère Michel Couillet, mais resta au bureau fédéral.

Candidat au renouvellement de son mandat lors des élections législatives du 2 janvier 1956, toujours en deuxième position derrière Louis Prot, René Lamps fut facilement réélu, la liste communiste augmentant son score, avec 79 183 voix sur 246 398 suffrages exprimés. René Lamps siégea de nouveau à la commission des finances, qui le désigna pour faire partie de la sous-commission chargée de suivre et d’apprécier la gestion des entreprises nationalisées et des sociétés d’économie mixte. Il déposa, le 21 février 1957, une demande d’interpellation sur la situation économique et financière de la France, dénonçant « les difficultés croissantes que rencontrent la classe ouvrière et l’ensemble des masses laborieuses des villes et des campagnes du fait de la hausse des prix », et « les menaces qui pèsent sur notre monnaie du fait de la poursuite de la guerre en Algérie ». Quelques semaines plus tard, le 29 mai 1957, René Lamps intervint au cours de la discussion d’un projet de loi tendant à ratifier une convention conclue entre le ministère des Finances et la Banque de France pour dénoncer vigoureusement la politique du gouvernement Guy Mollet* : « le 2 janvier 1956, une majorité d’électeurs condamnait la politique de guerre et de misère des gouvernements précédents. Il était possible, dès lors, d’espérer un tournant radical de la politique française. Mais, au lieu de s’appuyer sans réticence sur la majorité issue du suffrage populaire, le gouvernement s’est, au contraire, éloigné du programme ratifié par la gauche. Il lui a tourné le dos pour rejoindre les vieilles ornières d’une politique condamnée. Le gouvernement Guy Mollet, appuyé par la droite, a poursuivi et intensifié la guerre injuste d’Algérie, dont le coût sera de 600 milliards en 1957. Il s’est engagé dans l’aventure de Suez, dont le coût purement budgétaire s’élève à 80 milliards de francs, mais dont les conséquences ont été catastrophiques pour nos finances extérieures ». Le député de la Somme concluait sa longue intervention par une série de propositions qui permettraient de « revenir au contrat passé avec le peuple le 2 janvier 1956 » : « mettre un terme à la guerre d’Algérie [...], œuvrer à la réalisation d’un accord général sur le désarmement, l’interdiction des armes atomiques, l’arrêt des explosions nucléaires et l’organisation de la sécurité collective européenne, satisfaire les revendications légitimes des travailleurs des villes et des campagnes, adopter le projet tendant au remboursement effectif à 80 % des frais médicaux, voter la réforme de l’enseignement, restaurer la laïcité de l’école et de l’État ». Au cours de cette législature, René Lamps vota la confiance à Guy Mollet (31 janvier 1956), mais la refusa à Maurice Bourgès-Maunoury (12 juin 1957) et à Félix Gaillard (5 novembre 1957). Il vota contre le projet de loi portant ratification des traités instituant la CEE et l’Euratom (9 juillet 1957), contre les pouvoirs spéciaux en Algérie (12 novembre 1957), et s’abstint volontairement lors du vote qui investit Pierre Pflimlin (13 mai 1958). René Lamps vota contre l’investiture de Charles de Gaulle (1er juin 1958), et contre les pleins pouvoirs (2 juin 1958).

Le changement de scrutin, en novembre 1958, causa la seule défaite électorale dans la carrière législative de René Lamps. Candidat dans la première circonscription de la Somme, René Lamps arriva en tête au premier tour avec 17 185 voix sur 53 447 suffrages exprimés mais le maintien au second tour du candidat SFIO Camille Goret conduisit à une triangulaire. René Lamps échoua de moins de 400 voix face au candidat gaulliste Moore (19 748 voix contre 19 384).

René Lamps reprit alors l’enseignement d’abord dans le primaire puis à l’école primaire supérieure de la rue Saint-Fuscien. A la tête de la liste communiste, il échoua aux élections municipales de mars 1959 mais en octobre 1959 fut élu conseiller général du canton de Domart-en-Ponthieu (Somme) où il remplaça le docteur Martin*, communiste, décédé. Il fut l’un des promoteurs du Comité départemental d’unité d’action des gauches (CUAG), créé à l’instigation de la Ligue des droits de l’Homme et du Parti communiste après l’échec aux élections municipales d’Amiens d’avril 1959, et en devint le vice-président. René Lamps revint au secrétariat fédéral de mai 1959 à juillet 1962 avec la charge du secteur de la propagande. A partir de 1962, René Lamps siégea à nouveau au bureau puis au comité fédéral de 1977 à 1985.

Militant de la Ligue des droits de l’Homme, il assura la vice-présidence de la LDH dans la Somme en 1947, 1953, 1961 et 1964. Il fut également membre du comité départemental du Mouvement de la paix de 1962-1963. En 1968, il était vice-président du comité départemental de soutien au peuple vietnamien et président départemental de France-URSS. En 1980, il était aussi « membre de la présidence départementale de l’association France-URSS ».

Lors des élections législatives de novembre 1962, le retrait du candidat SFIO Maurice Vast (voir ce nom) lui permit de remporter au deuxième tour le siège de la première circonscription et de prendre sa revanche sur Moore (27 063 voix contre 25 330). A l’Assemblée nationale, René Lamps, vice-président du groupe parlementaire communiste, toujours membre de la commission des finances, intervint souvent sur les questions scolaires. Facilement réélu en mars 1967, René Lamps conserva en juin 1968 son siège dans une triangulaire qui l’opposa au gaulliste Moore et à Maurice Vast exclu de la SFIO depuis les élections municipales de 1965. En 1967 et 1968, dès le premier tour, René Lamps recueillit une partie des voix socialistes soucieuses de voter "utile".

René Lamps qui avait été réélu conseiller général en 1964 et 1970, se présenta à la tête d’une liste d’union de la gauche aux élections municipales de mars 1971 et l’emporta très largement face au sortant Maurice Vast. Arrivée en tête au premier tour avec 34,3 % des voix contre 28,6 % à la liste Vast, la liste Lamps obtint 54 % des suffrages exprimés au second tour. Outre l’élan provoqué par l’union de la gauche et le renouveau du socialisme, la personnalité de René Lamps joua un rôle important dans cette victoire. Homme de dialogue et ouvert, il était estimé, dans et en dehors de sa famille politique, pour sa « simplicité », son « intégrité », son « humanité » et son « action désintéressée » (sources orales). Élu maire, il fut réélu député en mars 1973 et en 1978 décida de ne pas se représenter laissant la place à Maxime Gremetz*. Il fut désigné membre honoraire du parlement.

Durant son mandat municipal, René Lamps apporta un soin tout particulier à la vie culturelle. Réélu en mars 1977 et en mars 1983, René Lamps dut affronter, en mars 1989, une primaire à gauche dont il sortit vainqueur. Mais la dynamique était cassée, la population de la vieille ville ouvrière avait changé et l’adversaire, Gilles de Robien, présentait un visage plus « moderne ». La liste de René Lamps fut battue au second tour.

En tant que maire de la préfecture de région et député, René Lamps siégea aussi dans les années 1970 au conseil régional de Picardie et à la commission de développement économique régionale.

René Lamps est l’un de ces représentants du mouvement communiste né dans la Résistance, homme d’appareil devenu un élu populaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73369, notice LAMPS René, Georges, Albert par Jean-Pierre Besse, Julien Cahon, complété par Philippe Pauchet, version mise en ligne le 18 août 2009, dernière modification le 22 avril 2022.

Par Jean-Pierre Besse, Julien Cahon, complété par Philippe Pauchet

Assemblée nationale, <em>Notices et portraits</em>, 1945
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1945

ICONOGRAPHIE : René Lamps en mai 1981 avec Maxime Gremetz et François Cosserat.

SOURCES : Arch. Assemblée nationale. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 261J21/77 (Arch. SMC PCF). — SHD 16P 334 497 P. — Arch. Dép. Somme, versements 21W et 25W (affaires politiques), 23W, 967W à 976W et 1436W (élections), 1099W (interventions parlementaires), ADS 35W106. — Arch. bibliothèque municipale Amiens, dossier PIC. Biographies : René Lamps, AM. Associations : France-URSS. — Arch. privées René Lamps. — Jean Jolly, Dictionnaire des Parlementaires, op. cit. — Le travailleur de la Somme, 1944-1970. — Le cri du peuple, 1945-1970. — Le courrier picard, 1945-1990. — Michèle et Jean Sellier, Guide politique de Picardie, Tema, 1973. — Francine Delaunay, René Lamps, itinéraire d’un élu communiste, Amiens, Encrage, 1995. — Notes de Jacques Girault. — Entretien de Philippe Pauchet avec René Lamps en octobre 1977

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