ROUX Odette [née LOISIT Odette, Aline, Marie, Solange]

Par Jacques Girault, Florence Regourd

Née le 25 mai 1917 à La Boissière-des-Landes (Vendée), morte le 30 janvier 2014 aux Sables-d’Olonne (Vendée) ; institutrice en Vendée ; militante syndicaliste du SNI ; résistante ; militante communiste ; maire des Sables-d’Olonne (1945-1947).

Odette Roux et sa classe vers la Libération
Odette Roux et sa classe vers la Libération

Fille d’un blessé de la Grande Guerre, Auguste Loisit, affecté spécial à l’usine Michelin de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), devenu artisan menuisier ébéniste, et d’une mère au foyer, née Mélanie Tesson, Odette était la plus jeune des deux filles du couple. La commune ne comptant qu’une école privée de filles, Odette Loisit entra à l’école des Sœurs mais ses parents, plutôt laïques, l’envoyèrent avec sa sœur à l’école mixte du Givre à partir de 1923, chez les grands-parents maternels qui vivaient à la ferme de La Templerie. Les sœurs Loisit retrouvèrent l’école publique de leur village natal en 1925 mais c’était l’école de garçons ! En 1928, inscrite à l’école publique de L’Ile d’Elle, elle fut marquée par les maîtres d’école et notamment la personnalité de sa maîtresse Louise Métay. Reçue au certificat d’études primaires (1929), elle réussit à l’examen des bourses à La Roche-sur-Yon et entra à l’école primaire supérieure de Fontenay-le-Comte. En 1933, elle entra à l’Ecole normale d’institutrices de La Roche-sur-Yon (Vendée) où, en dernière année, elle eut pour professeure d’histoire-géographie, Suzanne Blin dont l’enseignement la marqua beaucoup. Elle fut nommée en 1936 institutrice et occupa différents postes en Vendée, à La Fradinière de Saint-Hilaire-de-Riez, en remplacement au cours complémentaire de Challans, avant la guerre.

Odette Loisit, à sa sortie de l’ENI, adhéra au Syndicat national des instituteurs et suivit l’action du Groupe des jeunes de l’enseignement. Elle adhéra aux Jeunesses socialistes SFIO de Challans en 1936, motivée par les événements de la guerre d’Espagne. Dans le bouillonnement du Front Populaire, elle s’engagea pleinement, dans le mouvement des Auberges de Jeunesse avec le Groupe des jeunes. Devenue secrétaire de la fédération des JS, elle préconisait une orientation plus révolutionnaire, sans toutefois suivre les engagements de l’extrême-gauche du Parti socialiste. Elle rencontra Alfred Roux, jeune instituteur espérantiste qui dirigeait les Jeunesses communistes des Sables d’Olonne et publiait un journal commun avec les JS, intitulé La Voix des Jeunes dont Odette Loisit garda la maquette. La fédération socialiste l’aurait alors, selon son témoignage, mise à l’écart. Elle représenta la Vendée à la réunion nationale des jeunes de l’enseignement du SNI à Lyon en 1937. Cette année-là, elle retrouva son poste dans le marais, à Saint-Hilaire-de-Riez où elle passa son certificat d’aptitude pédagogique.

Elle épousa Alfred Roux le 17 mars 1938 à La Chaume (Vendée) ; le couple fut nommé à Montournais dans le bocage vendéen, à la rentrée d’octobre 1938. Avec son mari, elle fit grève le 30 novembre 1938 ; ils furent sanctionnés de huit jours de retenue de traitement.

Son mari fut mobilisé en septembre 1939. Après la démobilisation, les époux Roux furent déplacés d’office pour avoir fait grève le 30 novembre 1938 et à cause de l’activité d’Alfred Roux dans le sud du département, à Aziré-de-Benet en décembre 1940. Odette Roux adhéra au Parti communiste (clandestin) en janvier 1941 et tous deux entrèrent alors dans la Résistance. Ils eurent une fille, Line, née en 1942.

Diffusant des tracts par l’intermédiaire des cheminots de La Roche-sur-Yon et de Niort, imprimant L’Instituteur patriote, accueillant des résistants traqués, Alfred et Odette Roux furent arrêtés le 12 mars 1943 sur dénonciation, par des policiers français de la section spéciale des affaires politiques (SPAC) de Poitiers. Odette Roux relâchée après douze interrogatoires, apprit le décès de son mari, le 29 juin 1943. Il avait trouvé la mort, dans des conditions restées obscures, à la prison allemande de la Roche-sur-Yon. La radio de Moscou annonça deux mois plus tard qu’il avait succombé sous les tortures de la Gestapo. Selon un rapport de Claudine Chomat, il aurait été fusillé. Selon la version allemande, il se serait suicidé en se jetant du balcon intérieur de la prison mais un autre témoignage évoquait son assassinat.

Odette Roux ne reprit pas son travail. Veuve et mère d’une petite fille de dix mois, elle poursuivit son action dans la Résistance à partir du début de l’année 1944, et devint responsable clandestine de la future Union des femmes françaises dans la région, sous des pseudonymes dont celui de “Simone Petit“, diffusant des tracts à vélo. Arrêtée par les Allemands le 15 août 1944, elle réussit à s’échapper.

À la Libération, elle intégra en septembre 1944 la délégation municipale des Sables d’Olonne, nommée par le préfet, ainsi que le Comité départemental de Libération et le comité d’épuration, et fut responsable de l’Assistance française devenue l’Union des femmes françaises en 1945. Elle fut élue maire en mai 1945 sur la “Liste d’Union patriotique de la Résistance antifasciste“, par 15 élus, dont 5 communistes sur 27 conseillers, devenant ainsi la première femme maire d’une sous-préfecture. Elle le resta jusqu’en 1947, marquant son mandat par un certain nombre de réalisations, dont la reconstruction de la jetée, la création d’un centre médico-social, de cantines scolaires, de centres de loisirs et l’aménagement d’un jardin public appelé familièrement depuis “Le jardin d’Odette“. Étant sans expérience, elle reconnut plus tard « avoir été dépassée », notamment lors d’une affaire de vente de pneus au marché noir. Membre du bureau de l’Union des maires de France, elle fut notamment critiquée pour n’avoir pas participé au congrès des maires en 1946, préférant assister à la réunion du groupe parlementaire communiste, ne respectant pas les instructions données par la direction du PCF. Sa liste fut battue en 1947 par la liste PRL-RPF (14 élus) de Charles Rousseau ; les communistes perdaient la municipalité mais conservaient 8 élus dont Odette Roux. Elle resta conseillère municipale minoritaire jusqu’en 1959.

Après la guerre, Odette Roux reprit son poste d’institutrice dans une classe enfantine à Olonne-sur-Mer en 1947, au cours complémentaire des Sables d’Olonne, sur un poste d’éducation physique et sportive en 1949 puis, « ses idées politiques étant incompatibles avec l’enseignement du français » selon l’inspecteur primaire, à l’école maternelle Clemenceau des Sables de 1951 à 1955. Elle faisait par ailleurs partie du groupe de danses folkloriques de Challans.

Odette Roux militait désormais à l’Union des femmes françaises dont elle fut secrétaire départementale jusqu’en 1949. Membre du comité national de l’UFF, elle devint permanente à la Fédération démocratique internationale des femmes comme représentante de l’UFF.

Son activité dans le Parti communiste français fut importante. Membre suppléante du comité central élue au Xe congrès en juin 1945, participant à la réunion du CC les 20-21 avril 1946, elle estima qu’il fallait lutter dans la discussion sur la liberté de l’enseignement et développa comment les communistes de Vendée luttaient contre ce point de vue fort répandu en Vendée. Elle fut membre de la direction de la fédération de Vendée, du comité fédéral et du bureau fédéral de 1952 à 1954, au seul comité fédéral en 1956, à nouveau au bureau fédéral restreint systématiquement de 1957 à 1970 puis à nouveau au seul comité fédéral (34 membres) entre 1970 et 1972 sous Auguste Brunet secrétaire général et dans la nouvelle direction de la fédération au bureau fédéral en décembre 1971 quand Marcel Guintard devint premier secrétaire. Elle était responsable de la diffusion de L’Ecole et la Nation, périodique du PCF sur les questions de l’enseignement. La conférence fédérale de 1974 ne la réélit pas car elle vivait « très rarement en Vendée ». Elle avait suivi le stage des instituteurs communistes organisé par le PCF (29 août-11 septembre 1954). Pendant des années, elle resta membre du bureau de la section communiste des Sables d’Olonne.

Maurice Thorez, qui vint aux Sables d’Olonne, aurait voulu qu’Odette Roux devienne conseillère de la République pour la Vendée aux élections de 1946 mais elle n’avait que 30 ans quand il en fallait 35 ! Elle s’investit particulièrement dans l’UFF qui revendiquait près de 3 000 femmes adhérentes en Vendée.

Sur le terrain électoral, Odette Roux fut candidate à toutes les élections locales. En 1953 par exemple, elle était en tête de la « Liste d’Union ouvrière et démocratique pour le bien-être, la liberté, l’indépendance nationale et la Paix ». Jusqu’en 1978, elle mena ces campagnes, ayant coutume de dire « qu’elle avait dû être la femme la plus battue de France ». Aux élections aux Assemblées nationales constituantes, en octobre 1945, elle était en tête des listes du PCF sur un « Programme de Renaissance Française » et en juin 1946 sur la « Liste communiste et d’union républicaine et résistante », obtenant un total de 23 994 voix sur 204 165 suffrages exprimés. Elle conduisit la liste communiste aux élections législatives en novembre 1946, qui améliorait le score, obtenant 26 926 voix sur 198 076 suffrages exprimés, et talonnait la liste SFIO. Odette Roux confiait qu’elle avait un moment cru battre Georges Gorse. Ses « talents oratoires lui donnaient une grande autorité en Vendée » selon Claudine Chomat.

Odette Roux figura en deuxième position sur la liste communiste aux élections législatives de 1956. Puis, candidate en 1958 dans la troisième circonscription (Les Sables d’Olonne), elle obtint 4 042 voix puis 4 340 voix au deuxième tour sur 63 862 inscrits. À nouveau candidate en 1962, elle rallia 4 487 suffrages sur 68 426 inscrits. Elle fut candidate du PCF lors des élections législatives de 1967 dans cette même circonscription où elle augmentait légèrement ses positions (5 710 voix sur 70 128 inscrits) pour à nouveau reculer en 1968 (4 256 voix sur 70 322 inscrits). En 1973, elle se présenta dans la 2e circonscription (Fontenay-le-Comte) où elle obtint 6 848 voix sur 63 806 inscrits. En 1978, elle fut candidate suppléante à nouveau dans la troisième circonscription.

Elle figura comme candidate aux élections sénatoriales du 8 juin 1958. Elle représenta le PCF aux élections cantonales dans le canton de Moutiers-Les-Mauxfaits en avril 1958, dans le canton des Sables d’Olonne en 1967 et celui de Luçon en 1970.

Son militantisme contre la guerre la conduisit au Mouvement de la Paix à partir de 1950, devenant secrétaire départementale en 1954 et au début des années 1960. Plus tard elle milita au Secours populaire.

Elle avait continué son métier d’institutrice, excepté de 1955 à 1957 où elle séjourna à Berlin (RDA) comme secrétaire à la Fédération démocratique internationale des femmes. Elle retrouva un poste d’institutrice à son retour en 1957 jusqu’à sa retraite prise en 1972.

Elle demeurait active au sein de différentes organisations, dont “Tourisme et Travail“ pour lequel elle devint directrice-animatrice d’un centre de vacances au Corbier par Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie).

Militante syndicaliste, elle était membre du conseil syndical du SNI de Vendée (tendance "cégétiste") en 1954-1955. Elle l’était toujours dans les années 1960 et fut élue secrétaire générale de la section départementale après les élections de décembre 1963 (succédant à [André Retail->128615) dans un conseil syndical comprenant 10 élus de sa liste, 7 élus “autonomes“ et 6 de la liste “Ecole émancipée“. Elle conserva cette responsabilité de janvier 1964 à décembre 1969. En décembre 1965, pour l’élection du bureau national du SNI, elle figurait en 19ème position sur la liste « Pour un SNI toujours plus uni, toujours plus fort » conduite par [Alfred Sorel->.

Retraitée aux Sables d’Olonne, Odette Roux participait aux activités de l’association “Grains de mémoire“, menant notamment une action explicative de la Deuxième Guerre mondiale et de la Résistance en direction des établissements scolaires. Son exemple et ses prises de position furent évoqués à maintes reprises dans la presse.

En 2009, elle fut nommée chevalier de la Légion d’honneur.

À la fin d’un article de vingt lignes dans son Carnet, l’Humanité, le 4 février 2014, annonçait une “cérémonie d’au revoir“ au crématorium de Vendée à Olonne-sur-mer.

En 2018, le nom d’Odette Roux fut attribué au groupe scolaire d’Aubigny-Les Clouzeaux. En 2020, à la Roche-sur-Yon, une rue prit le nom d’Odette et Alfred Roux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73423, notice ROUX Odette [née LOISIT Odette, Aline, Marie, Solange] par Jacques Girault, Florence Regourd, version mise en ligne le 16 octobre 2009, dernière modification le 6 octobre 2021.

Par Jacques Girault, Florence Regourd

Odette Roux et sa classe vers la Libération
Odette Roux et sa classe vers la Libération
Dans les années 70
Dans les années 70
Cliché Ouest France
Cliché Ouest France
Dans les années 90

ICONOGRAPHIE : Soupe populaire aux Sables d’Olonne avec le FUJP à la Libération .(Fanny Proust, Le jardin d’Odette) et Jeune institutrice rurale.

SOURCES : Arch. Nat., F1a 3655, F60/1554. — Référence des dossiers biographiques des militants francophones du mouvement communiste international au RGASPI , 495 270 8735 (note de Claudine Chomat de mai 1946), 517/1/1864, 2/22 (pour Alfred Roux). — La Vendée libre, 1er et 4 octobre 1944, 27 mai 1945. — Arch. dép. de Vendée : 28 W 140, 28 W 297-298-299. — Arch. comité national du PCF. Comités fédéraux. — Publications de la fédération communiste de Vendée, Une nouvelle Vendée est en train de naître, 6 juin 1971 et Le sens de notre vie, 12 décembre 1971. — Presse syndicale. — Auguste Brunet, Si c’était à refaire, la résistance en Vendée, Paris, Le temps des cerises, 2004. — Témoignages d’Odette Roux (1978 et 1979) et de Line Roux-Calveira . — Réponses à l’enquête de J. Girault en 1977.—Collectif, Cent ans d’école publique et laïque en Vendée, ACL, 1986 (postface d’Odette Roux). — Fanny Proust, Le jardin d’Odette, chronique d’une Vendéenne engagée, deux volumes, éditions Arts et Grains de mémoire, 2005 et 2007. — Fanny Proust, l’Humanité (21 mai 2005), « Moi Odette Roux élue maire PCF en 1945 ». — Film de Fanny Proust et Marie-José Aïssa : « Odette Roux, une vie de lutte et d’espoir ». — Bulletin de l’Instruction Primaire de la Vendée. — Michel Gautier, Occupation et Résistance en Vendée, Geste, 2012. — Florence Regourd, Ludovic Clergeaud, 1890-1956. Métayer. 50 ans d’engagement en Vendée, Geste, 2013. — Note de Jean-Pierre Besse. — Ouest France, 26 mars 2018, "Un jardin en mémoire du couple de résistants".

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