COUTANT Jules, Philippe

Par Justinien Raymond

Né le 21 mai 1854 à Troyes (Aube), mort le 30 août 1913 à Arpajon-sur-Cère (Cantal) ; ouvrier mécanicien ; militant socialiste ; député de la Seine (1893-1913), maire d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1908 à 1913.

Jules Coutant
Jules Coutant
Assemblée nationale, Notices et portraits

Jules Coutant, fils d’un peintre en équipages, vint habiter avec sa famille en 1869 dans le quartier d’Ivry-Port et travailla très tôt, comme tourneur, dans de petites entreprises ivryennes où il fut de nombreuses fois congédié pour activité syndicale. Selon un article paru dans Le Miroir du 30 juin 1912, Jules Coutant aurait fait un tour de France à l’âge de seize ans. Il trouva de l’embauche à Five-Lilles (Nord), à Saint-Étienne (Loire) et à Saint-Chamond (Loire). Il fit ensuite son service militaire puis fut ouvrier chez Darracq, chez Edison et à la cartoucherie de Vincennes. Pionnier du mouvement socialiste dans la banlieue sud et notamment à Ivry-sur-Seine, le député socialiste Jules Joffrin* le chargea de la propagande politique.

Jules Coutant adhéra d’abord au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR). En cette qualité, il fut élu député de la 3e circonscription de l’arrondissement de Sceaux (cantons de Sceaux, Villejuif, Vanves et Ivry) en 1893. Les groupes socialistes lui avaient d’abord préféré Simon Dereure. Il en montra un tel dépit que ce dernier s’effaça et le laissa courir sa chance qui paraissait bien mince. Or, il recueillit 5 982 voix, fut élu au ballotage par 10 147 sur 21 712 votants, et ne quitta plus le Palais-Bourbon où il multiplia les interventions et les propositions en faveur des travailleurs salariés et de l’amnistie. En 1895, Jules Coutant passa au blanquisme en adhérant au Comité révolutionnaire central (CRC). En 1896, il participa à la manifestation d’union socialiste de Saint-Mandé (Seine, Val-de-Marne) présidée par Millerand et il s’inscrivit dans les jours suivants au groupe parlementaire socialiste qui rassembla les élus de toutes tendances à l’exclusion des cinq députés du POSR.

En 1898, il fut réélu au premier tour par 9 936 voix sur 15 945 votants dans la 3e circonscription réduite aux cantons de Villejuif et Ivry. Il était au Parti socialiste révolutionnaire (PSR) et, sous son égide, il représenta sa circonscription au premier congrès général des organisations socialistes à Paris, salle Japy (décembre 1899) où il se prononça contre la participation ministérielle des socialistes. En 1902, il fut réélu au premier tour de scrutin par 12 210 électeurs sur 18 256. En 1905, au congrès d’unité, il adhéra à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et, sous son drapeau, fut réélu par 12 833 voix sur 20 490 votants aux élections générales de 1906.

Peu après, il quitta le Parti socialiste. Il avait toujours été un franc-tireur et supportait difficilement la discipline des groupes et des partis, comme il se soumettait mal au règlement de de la Chambre. Sa popularité dans la circonscription devenue la 4e de l’arrondissement de Sceaux lui permit d’être réélu en 1910 contre le socialiste unifié Jean Martin. Il fut alors des 30 députés qui adoptèrent le 7 juin, la déclaration de principes pour la fondation du groupe parlementaire républicain socialiste le mois suivant, texte qui allait être la source du programme du parti. Préalable à la formation de ce dernier à la conférence interfédérale des 9 et 10 juillet 1911, une fédération républicaine socialiste de la Seine allait naître le 9 avril de la fusion de deux toutes petites organisations avec la fédération socialiste réformiste de la Seine, un peu plus importante. Constituée en décembre 1910, cette dernière avait placé à sa tête Augustin Louis Heppenheimer, mais trouvait sa principale base militante chez les ouvriers d’Ivry attachés à Jules Coutant. A l’intérieur du groupe et du parti, celui-ci se rangea aux côtés de Victor Augagneur contre Briand, dès avant la scission à laquelle il ne prit pas part, étant mort en en août 1913. Sa popularité lui survécut et assura sa succession à ses fils, Gaston Coutant comme conseiller municipal et Henri Coutant comme député. Son petit-fils, Robert Henri Coutant, né le 14 janvier 1908 à Ivry-sur-Seine, décédé le 15 juillet 1978 à Sommaing-sur-Ecaillon fut syndicaliste, et député socialiste SFIO.

Élu conseiller municipal en 1886 et 1892, il devint maire socialiste indépendant d’Ivry-sur-Seine en mai 1908, contre le guesdiste sortant Ferdinand Roussel. Il devait le rester jusqu’à sa mort et laisser son écharpe à son adjoint Georges Maillet élu maire le 26 septembre 1913. Avec son équipe municipale, Jules Coutant poursuivit la gestion sociale des municipalités précédentes et organisa un service de « crèches à domicile », un « service d’assistance par le travail » destiné aux chômeurs et célébra avec éclat la première cérémonie, le 7 janvier 1909, de parrainage civil.

Il avait épousé le 6 octobre 1877, à Ivry-sur-Seine, Eugénie Bardin, couturière, dont il eut quatorze enfants.
Son fils Maurice Julien né le 1er août 1895 à Ivry, imprimeur, est décédé à Ravensbruck le 17 mai 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73508, notice COUTANT Jules, Philippe par Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 août 2009, dernière modification le 21 juillet 2021.

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SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Dép. Aube, état civil de Troyes. — Le Temps, 23 septembre 1913 p. 3 (BNF Gallica). — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, t. III, sous la direction de Compère Morel, 1913 et 1921, p. 139-148. — Compte rendu du congrès de Paris, salle Japy (1899). — Arch. Com. Ivry-sur-Seine. — Yves Billard, Le Parti républicain socialiste de 1911 à 1934, thèse, histoire, Paris 4, 1993. — Notes de Michèle Rault et Roland Andréani.

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