GOSSE René [GOSSE Pierre, César, Roch, René]

Par Pierre Broué

Né le 16 août 1883 à Clermont-l’Hérault (Hérault), exécuté le 21 décembre 1943 à Montbonnot (Isère) ; professeur de mathématiques, doyen de la Faculté des sciences de Grenoble (Isère) ; militant socialiste SFIO de l’Isère ; résistant de l’Armée secrète

Mémorial René et Jean Gosse, Saint-Ismier (Isère)
Mémorial René et Jean Gosse, Saint-Ismier (Isère)
Photo : Jean-Luc Marquer

Fils de Jean, Pierre, Louis, professeur d’allemand, et de Laure, Marie, Élisabeth Ramy, René Gosse fit d’abord ses études au collège de Clermont-l’Hérault où son père enseignait. Bachelier en 1900, il fit Mathématiques spéciales au lycée de Nîmes et fut reçu en 1903 à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Il fit alors son service militaire et n’entra à l’École qu’en 1904. C’est vraisemblablement en 1905 qu’il adhéra au Parti socialiste. Sorti d’Ulm en 1907, reçu à l’agrégation de mathématiques en 1907, il fut nommé au lycée de Montluçon, puis en février 1908 à celui de Rennes pour enseigner dans la classe de mathématiques spéciales après le décès du titulaire. C’est là qu’il commença à militer au sein d’une « Amicale », forme pré-syndicale du regroupement professionnel des enseignants à l’époque. Il fut ensuite professeur à Rochefort dans la classe préparant l’Ecole navale (octobre 1908), puis au lycée de Bordeaux dans la classe de mathématiques spéciale (octobre 1909), militant toujours au Parti socialiste.
Il se maria le 19 janvier 1909 à Bordeaux avec une professeur aux lycées de jeunes filles de Cahors puis de Bordeaux, Charlotte, Marie Fabin, dite Lucienne.
Mobilisé le 3 août 1914, adjudant au 144e régiment d’infanterie, blessé en septembre 1914, il fut nommé professeur à l’école d’artillerie de Fontainebleau. puis, vers la fin de la guerre, affecté à un laboratoire de recherches annexé à l’École de Saint-Cyr.
Il fut cité à l’ordre du régiment le 1er novembre 1914 et décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze.
Démobilisé le 28 avril 1919, il revint à Bordeaux et fonda une section « Clarté » en avril 1920. Le Parti socialiste était secoué par la crise d’après-guerre, dominé par la fascination de la Révolution russe : René Gosse fut partisan de l’adhésion à la IIIe Internationale, mais souhaitait qu’elle se fasse sans scission ni exclusions. Il fut profondément déçu par les conséquences du congrès de Tours auquel il était délégué, entra tout de même au Parti communiste. Docteur ès-sciences en juin 1921, nommé en octobre 1921 maître de conférences à la Faculté des Sciences de Grenoble, il ne reprit pas sa carte dans sa nouvelle résidence.
Enseignant de grande qualité, administrateur hors-pair, il devint professeur de mathématiques générales (chaire créée) en 1923 et fut élu doyen en 1927, fonction qu’il cumulait avec la direction de plusieurs instituts scientifiques de Grenoble, dont l’Institut Polytechnique et l’École de papeterie. Il conserva la fonction de doyen jusqu’en 1940. Sur les instances de ses collègues, et pour épauler le développement universitaire, il accepta en 1929 de figurer aux élections municipales sur la liste socialiste de Paul Mistral, où il était censé représenter l’université. Il fut élu, sympathisa avec Paul Mistral et, sous son influence, revint au Parti socialiste. Il fut également élu au conseil supérieur de l’Éducation nationale et au comité consultatif des universités. En 1931, il devint vice-président, en 1932 président de l’association amicale du personnel enseignant des Facultés de sciences. Il se prononça en 1933, à l’occasion d’un referendum, contre l’adhésion de cette Amicale à la Fédération des fonctionnaires affiliée à la CGT que proposait son camarade de parti Ludovic Zoretti. À l’intérieur du Parti socialiste, il se situait à droite, se sentant très proche des « néos », mais, réticent devant l’ambition de leurs dirigeants et résolument hostile à toute scission, il refusa de les suivre et demeura à la SFIO.
Au lendemain de l’émeute parisienne du 6 février 1934, il joua un rôle très important à Grenoble dans la préparation de la riposte unitaire, et, notamment, dans la manifestation du 12 février où son autorité d’enseignant fit sans doute reculer les éléments étudiants d’extrême-droite ; mais son rôle en la circonstance lui valut bien des attaques, notamment de la part de la République de l’Isère, qui l’appelait « le doyen rouge ». Au congrès fédéral du Grand-Lemps, en 1935, il prit la défense, avec le député Joannès Ravanat, du groupe parlementaire, contre les attaques des tendances de gauche, d’Alix Berthet et d’Alexis Bardin. Fondateur à Grenoble du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, réélu — mais en minorité — au conseil municipal en 1935, animateur du comité pour l’aide à l’Espagne, « le doyen Gosse » était l’une des personnalités les plus brillantes de Grenoble à l’époque du Front populaire et son prestige débordait largement les frontières de son propre parti.
Révoqué de son poste de doyen en décembre 1940 par le gouvernement de Vichy, il se trouva tout naturellement placé au centre de la résistance en Dauphiné, faisant figure de « chef moral », et assurant liaison et contacts aussi bien avec les réseaux de renseignements alliés qu’avec les groupes les plus divers, conseillant d’éviter systématiquement tout ce qui pouvait attirer des représailles et la destruction prématurée des forces résistantes, ce qui lui valut d’être accusé d’« attentisme ».
Il figure dans l’organigramme de l’État-major départemental de l’Armée secrète d’Isère comme responsable du Renseignement et des liaisons, son fils Jean Gosse étant son adjoint.
Malgré les instances de ses amis, il refusa de quitter Grenoble et sa villa de La Tronche quand l’occupation allemande assura la relève de l’armée italienne.
Il fut arrêté en même temps qu’un de ses fils, Jean Gosse, avocat et également membre d’un groupe de Résistance dans la nuit du 21 au 22 décembre 1943 et sommairement excuté . Il semble qu’au cours des dernières années de sa vie, il était revenu vers des croyances religieuses et recherchait des formules politiques nouvelles qui l’éloignaient un peu du Parti socialiste dont il avait durement ressenti l’effondrement sans gloire en 1940, et qu’il jugeait désormais « dépassé ».
Son corps fut retrouvé le 22 décembre 1943 à Montbonnot (Isère) au lieu-dit "Les Evéqueaux", en bordure de la route nationale 90.
Alertés par un passant, les gendarmes qui se trouvaient à Saint-Ismier auprès du corps de Jean Gosse, se rendirent sur les lieux et constatèrent qu’il portait la trace de plusieurs coups de feu à la tête.
Sans documents d’identité, il fut formellement identifié par le juge d’instruction qui se rendit sur les lieux.
L’enquête de gendarmerie permit d’apprendre que des coups de feu avaient été entendus le 21 décembre 1943 vers 21h45.
Sur son corps on trouva un document manuscrit portant les mots :
« TERREUR CONTRE TERREUR
Cet homme paie de sa vie l’assassinat d’un national
VIVE LA FRANCE
A bas GIRAUD DE GAULLE
Comité national antiterroriste Région des Alpes
21/12/1943
 »
Cette prose, très similaire à celle trouvée sur les corps des victimes de la "Saint Barthélémy grenobloise", permet de penser que les auteurs de l’exécution étaient probablement des miliciens, affidés de la police de sureté allemande.
En 1944, un mémorial qui abrite les restes du doyen René Gosse et de son fils Jean fut édifié à Saint-Ismier dans le four à chaux implanté à proximité du lieu où fut découvert le corps de Jean Gosse.
Son épouse, Lucienne, repose également dans ce lieu depuis 1975.
Il obtint la mention "Mort pour la France" et fut décoré de la Médaille de la Résistance avec rosette à titre posthume.
Chevalier de la Légion d’Honneur en 1921, René Gosse fut élevé au grade d’Officier en 1931.
Son nom figure sur la plaque commémorative aux habitants de La Tronche morts pour la France entre 1939 et 1945, apposée dans le hall d’entrée de la Mairie de La Tronche et sur le monument aux morts de cette commune.
Le 5 décembre 1944, la municipalité de Grenoble donna le nom de Doyen-Gosse à la grande place située devant le Sacré-Cœur. Il existe aussi une rue Doyen-Gosse à La Tronche, à Fontaine (Isère), à Saint-Ismier et à Saint-Martin-d’Hères (Isère).
Un bâtiment de l’I.U.T. II de Grenoble et un gymnase à La Tronche sont appelés "Doyen Gosse".
Le lycée de sa ville natale, Clermont-l’Hérault s’appelle Lycée René Gosse.
Lucienne Gosse consacra un ouvrage à la vie de René Gosse. Elle mourut le 7 avril 1975 à l’âge de quatre-vingt-douze ans.


Voir : Grenoble, d’octobre 1943 à août 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73537, notice GOSSE René [GOSSE Pierre, César, Roch, René] par Pierre Broué, version mise en ligne le 25 août 2009, dernière modification le 26 avril 2021.

Par Pierre Broué

Mémorial René et Jean Gosse, Saint-Ismier (Isère)
Mémorial René et Jean Gosse, Saint-Ismier (Isère)
Photo : Jean-Luc Marquer
Mémorial René et Jean Gosse, détail
Mémorial René et Jean Gosse, détail
Photo : Jean-Luc Marquer

SOURCES : SHD Vincennes, GR 19 P 38/2 — AVCC Caen, AC 21 P 195982 (à consulter) — Arch. Dép ; Hérault, registre matricules militaires, 1R1170, p. 223 à 225 — Arch. Dép. Rhône et Métropole, Mémorial de l’oppression 3808 W 603 — Arch. Nat. F7/13744, rapport du 16 août 1921, enseignants ayant adhéré au CSR ; F17/26356. — Arch. Dép. Gironde, 1 M 526 et 536. — Éd. Siez, « Un grand intellectuel socialiste dans la Résistance ». René Gosse in La Revue socialiste, n° 6, décembre 1946 (note de J. Raymond). — Claude Muller, Grenoble... des rues et hommes — Lucienne Gosse,René Gosse (1883-1943). Chronique d’une vie française, (Paris, Plon, 1963, 428 p., compte rendu de P. Barral in Cahiers d’Histoire, tome IX, 2, 1964. — Notes de Jacques Girault. — http://www.saint-ismier.fr/fr/information/89328/memorial-doyen-gosse

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