SCHAAP Jozef Rimbertus. Pseudonymes : Charles (aux Pays-Bas et en Belgique), Fred/Fritz (dans les pays scandinaves), Friman (en Finlande)

Par E. Verhoeyen

Né le 3 mai 1899 à Amsterdam, membre influent du Parti Communiste des Pays-Bas (CPN), membre dirigeant de l’IMD, dirigeant de « l’organisation Wollweber » dans les Pays-Bas et en Belgique. Exécuté à Berlin-Plötzensee le 30 juillet 1943.

D’abord cuisinier et steward sur des navires de la flotte commerciale hollandaise, Schaap servit en 1919 pendant neuf mois dans la marine de guerre des Pays-Bas, puis devint en 1920 ouvrier du chemin de fer et en 1924 ouvrier du port. En cette année il adhèra au CPN. En 1928 il était candidat sur une liste communiste pour la Chambre des Représentants (Tweede Kamer). Il dirigeait à Amsterdam l’Internationaal Havenbureau, organisé par l’IMD tout comme l’Interklub, dont il devint le secrétaire en novembre 1931, cette fois à Rotterdam, un des ports les plus importants au niveau mondial. Schaap y avait été envoyé par le CPN pour combattre l’influence d’une dissidence communiste. En 1929, il devint membre de la direction du CPN.

Il partit en URSS en 1929, soi-disant en ‘voyage d’agrément’, sur invitation de l’organisation des ouvriers du transport. Il en revint le 15 septembre 1930. À partir de 1930, il joua un rôle dans la Revolutionaire Vakvereenigingsoppositie (RVO), tendance communiste qui agissait au sein des syndicats . En mai 1932, il dirigea la délégation hollandaise au congrès international de l’IMD à Hambourg. Il joua un rôle important dans l’organisation d’une grande grève des marins à Rotterdam et d’une mutinerie sur le vapeur Rotterdam. Ces grèves étaient motivées par la baisse des salaires des marins pratiquée par certains armateurs. Il organisa, à partir de 1933, à la demande de l’IMD, un groupe de matelots hollandais et allemands communistes qui travaillaient sur des bateaux sur le Rhin et se chargeaient d’introduire en fraude en Allemagne les publications de l’IMD et du KPD, comme Schiffahrt, Die Rote Fahne, le Bulletin d’Information de l’IMD et des écrits politiques camouflés dans des brochures de publicité apparemment innocentes (Tarnschrifte). Ce petit groupe était appelé Rheinaktiv. Il repartit en URSS en 1934, officiellement pour faire traiter une maladie d’estomac, mais un futur membre danois du groupe Wollweber->88352] dira en captivité qu’il a rencontré Schaap à Moscou à une réunion sur la stratégie syndicale.

Membre du conseil communal de Rotterdam du 25 juillet 1935 jusqu’à l’été 1936, il se retira ensuite de la vie politique et du CPN (son "exclusion" du Parti sera publiée dans la presse communiste). Cette décision était motivée par le fait que Schaap venait d’être chargé d’une mission spéciale qui ne pouvait en aucun cas compromettre le Parti. En effet, en juin ou juillet 1936, Schaap rencontra à l’Interklub de Rotterdam Ernst Wollweber et son épouse (ou celle qui passait pour telle), Ragnhild Wiik, militante norvégienne qui avait suivi les cours de l’ELI à Moscou et qui sera un des courriers internationaux de Wollweber. Celui-ci avait été chargé en 1935 par la ‘section S’ du NKVD de l’organisation de groupes de sabotage dans les pays scandinaves, baltes, les Pays-Bas et la Belgique, dirigée en premier lieu contre l’Allemagne, puis contre les trois pays membres de l’Antikomintern (Allemagne, Japon, Italie). Cette organisation, appelée communément « l’organisation Wollweber » devra faire appel à des communistes et des antifascistes convaincus, mais devra également opérer en dehors des Partis et selon les règles conspiratives en usage dans l’IC (appareil de liaison et de soutien, boîtes aux lettres, codes, adresses de couverture, grande prudence lors de l’organisation des rendez-vous comprenant de nombreux cut outs).

Les pays scandinaves formaient un maillon important de l’organisation Wollweber, en premier lieu parce qu’elle voulait s’emparer de la dynamite des mines de fer suédoises pour l’utiliser lors des actes de sabotage. Il s’agissait de disposer de communistes sûrs dans les villes suédoises (Lulea, Kiruna) et norvégiennes (Narvik) qui seraient en mesure d’assurer le transport de la dynamite subtilisée, placée dans des bateaux à destination d’Anvers ou de Rotterdam. Dans ce contexte, Schaap se rendit de nombreuses fois à Oslo ou à Copenhague ; en mars 1937, il fit la tournée de ces villes en compagnie de Martin Hjelmen, chef du groupe norvégien auquel Schaap avait été présenté par Wollweber en août 1936. Des militants danois viendront à Rotterdam pour se faire expliquer l’usage d’explosifs chimiques, dont l’organisation voulait se servir avant de disposer de dynamite. Pour l’organisation de ces contacts, Wollweber et Schaap s’appuyaient sur Richard Jensen, qui dirigea après 1933 la section financière du Bureau Ouest-européen de l’IC et qui était un personnage important de l’IMD et du Parti danois. Jensen habitait Osterbrograde 70, une adresse connue non seulement de Schaap mais aussi de celui qui sera son successeur, Ernst Lambert. Lorsqu’il était à Oslo, Schaap était hébergé par un couple de militants éprouvés, Johan et Inga Ring, membres du Parti norvégien et de la tendance communiste syndicale, RGO. Ce n’était qu’une des nombreuses adresses dont Wollweber disposait dans la capitale norvégienne, où il avait installé son ‘quartier général’ depuis 1936.

La visite à Kiruna, Lulea et Narvik rapporta des résultats : en 1937, un marin du groupe hollandais,, reçut à Lulea neuf kilos de dynamite, mais il fut arrêté à son retour. Des explosifs furent livrés à d’autres occasions (en octobre 1937 à Anvers, par exemple, où Schaap et Feij étaient venus les chercher) mais on sait très peu de choses à ce sujet. En 1938, deux courrières internationales de l’organisation (Ragnhild Wiik et Lily Hermine De Korte-Jacobsen, dont il sera encore question) étaient venues apporter à Anvers des explosifs destinés à l’adjoint technique de Wollweber, l’Allemand Karl Bargstädt, qui prépara effectivement un attentat à Anvers en 1938.

En août 1936, Wollweber confèra avec Schaap au domicile de celui-ci, Eerste Jan Steenstraat 143 à Amsterdam, où Schaap était venu habiter en mars 1936. La mission de former des groupes de sabotage se précisa tout comme le rôle de Schaap, qui sera en fait, sur le terrain, l’adjoint et le remplaçant de Wollweber aussi bien aux Pays-Bas qu’en Belgique.
Schaap se faisait assister par un peintre et graveur hollandais, Johannes Proost (pseudonyme : ‘Jansen’) qui se chargeait notamment des affaires financières du groupe et se spécialisa dans la confection de faux papiers. Né en 1882, il joua en 1918 un rôle comme courrier de l’organisation ‘Spartakus’ en Allemagne (précurseur du KPD) et sera représentant du CPN au Comité exécutif de l’IC de 1920 à 1922. Son atelier à Rotterdam (Boompjes 78), dont Schaap possèdait une clé, servait de lieu de réunion, entre autres au communiste danois Kaj Gejl lorsqu’il y rencontra Schaap en 1937. Proost sera arrêté le 3 mai 1940 par la police hollandaise dans le cadre d’une opération d’arrestations préventives. Déporté lors de l’invasion allemande, il fut livré à la Gestapo en France le 25 mai 1940 et mourut en captivité en 1942.

Pour la formation d’un groupe aux Pays-Bas, Schaap s’adressa à Adriaan Feij, membre actif du CPN à Rotterdam, qu’il quitta en 1934 parce qu’il n’était pas d’accord avec la politique du Front Populaire. Feij, à son tour, approcha quelques ouvriers du port et dockers, dont la plupart étaient communistes. À côté de ceux-ci, Schaap recruta quelques unes de ses connaissances. Parmi elles, le cafetier Matthijs Kerver, membre du CPN et de l’IMD, membre de la délégation hollandaise au congrès de celle-ci à Hambourg en 1932 et qui avait eu une certaine activité dans le cadre du Rheinaktiv ; il remplaça Schaap comme secrétaire de l’Interklub lorsque celui-ci se rendit en URSS en 1934. Ensuite, Schaap s’adressa à une famille d’Amsterdam avec laquelle il était lié d’amitié, les Seegers, dont le père et la mère étaient membres du CPN depuis longtemps, et dont le fils Leendert, entré à la Jeunesse communiste à dix ans, devint membre du groupe de sabotage. Sa mère Helena assura quelques liaisons à l’étranger pour Schaap et Wollweber, qui était hébergé par le couple en 1936. En décembre 1938, un homme venu de Paris se présenta chez la mère de Seegers, et lui remit des lettres destinées à Schaap. Ces éléments indiquent que la famille Seegers constituait un maillon important dans l’appareil de liaison et de soutien de l’organisation Wollweber. L’ouvrier du bâtiment Theo Fleere, fut un autre collaborateur de Schaap qu’il connaissait depuis leur service commun dans la Marine et qui était entré au CPN en 1928. Sa maison (Hoofdweg 477 à Amsterdam) servit de lieu de rendez-vous et de boîte aux lettres à Schaap. En 1939, Fleere hébergea Ernst Lambert, considéré comme le successeur de Schaap, pendant quelques semaines. Le monteur Achille Beguin, parti en Espagne fin 1936 comme volontaire des Brigades, fut approché début 1938 à Albacète par un homme appelé ‘André’ et suivit un cours de sabotage à Madrid et à Paris en même temps qu’une quinzaine d’autres volontaires pour les groupes de sabotage, dont le Belge Wilfried Wouters. Schaap le rencontra plusieurs fois dans la maison de Fleere. Beguin fut désigné en 1939 par Schaap comme dirigeant du groupe hollandais. À l’exception d’un attentat sur le vapeur japonais ‘Tajima Maru’ en février 1938, ce groupe ne réussit aucun acte de sabotage réussi.

En Belgique, Schaap fit appel au chauffeur du port Alfons Fictels, un communiste connaissant le milieu des marins et des dockers. Il l’approcha par l’intermédiaire de deux membres du bureau fédéral du PCB à Anvers, Victor Broucke et Eligius De Rijck. Fictels réussit à former un groupe de quatre à cinq collaborateurs, tous communistes ou sympathisants. Plus tard, d’autres volontaires seront recrutés par Wouters et Lambert*. Début 1937, Fictels est convoqué à Amsterdam, chez Schaap. Prudence oblige : au lieu de venir le visiter à Anvers, Schaap et Wollweber font appel à un des courriers internationaux de l’organisation, Lily (ou Lelia) Hermine De Korte-Jacobsen, née en 1912 en Suède, recrutée par Martin Hjelmen et installée à Copenhague à côté de Richard Jensen, Osterbrograde 70 – c’est dire l’importance qu’elle a pour l’organisation. Lily approche Fictels via son adresse de couverture à Anvers (un coiffeur qui n’a pu être identifié) et l’accompagne en train jusqu’à Amsterdam, où elle l’introduit auprès de Wollweber et Schaap. Elle viendra une seconde fois à Anvers en 1938 accompagnée de Ragnhild Wiik ; les deux femmes viennent apporter des explosifs qui doivent servir au groupe belge. Celui-ci réussira deux sabotages : l’attentat aux bombes incendiaires sur le vapeur italien ‘Boccaccio’, qui coule devant l’île d’Ouessant en novembre 1937, et l’attentat à l’explosif contre le vapeur haponais ‘Kasij Maru’ le 24 juin 1938.

Le rôle de Schaap fut assez rapidement connu par la police belge grâce au travail de sape d’un communiste anversois qui servait en même temps comme indicateur de la Police Judiciaire (PJ) et de la section politique de la police communale. C’est le même indicateur qui fut à la base de l’arrestation d’Ernst Lambert en octobre 1939. L’indicateur, qui jouissait de toute la confiance de Fictels, avait été présenté à Schaap et put le reconnaître sans peine, en juin 1938, sur une photo fournie par la police hollandaise. La PJ put dès lors transmettre au consul-général d’Allemagne à Anvers, le 18 juillet 1938 les noms de Fictels et Schaap et la photo de Schaap, les liant aux attentats qui avaient déjà eu lieu. La PJ décida pourtant de ne pas les arrêter mais de les laisser continuer leur travail tout en les suivant de près pour connaître toute l’organisation. C’est ainsi que la PJ put constater que lors de ses déplacements à Anvers (qui cessèrent fin 1938), Schaap était hébergé par le communiste anversois August Lemmens, faisant très probablement partie de l’appareil de soutien de l’IC. La police communale découvrit une autre planque utilisée par Schaap au Canal des Recollets 3 ou 5 (Minderbroedersrui). A noter que les services de police anversois (ainsi que la Gestapo d’ailleurs) avaient également réussi à découvrir la présence de Lily De Korte à Anvers. Selon la Police Judiciaire, elle avait séjourné au numéro 7 du Canal des Recollets… En 1938, les services pensaient qu’elle logeait au-dessus d’un bar appelé Primerose, rue de Nassau, une adresse qui fut également citée en rapport avec la présence de Lambert à Anvers. De plus, la police nota sa présence au café Lille Norge, rue de Nassau 31, fréquenté par des marins scandinaves, dont, par exemple – et comme par hasard – le Suédois Gösta Anderssen, volontaire d’Espagne qui avait fait la connaissance de Wollweber en 1938 et prit la direction d’un groupe de sabotage en Suède. La police notait qu’elle avait appris ‘confidentiellement’ que Anderssen était en rapport avec Schaap lorsque celui-ci venait à Anvers, et qu’il était parfois accompagné de deux femmes (il est permis de penser qu’il s’agit de Wiik et de De Korte). On peut penser que les règles conspiratives avaient bien été mises en pratique par Anderssen et ses deux compagnes, car les observations fréquentes des polices et d’agents de la Gestapo ne permirent pas de mettre la main sur eux (à noter que la Gestapo disposait à partir de 1937 d’une photo de Lily De Korte fournie par Richard Krebs, auteur du roman autobiographique Sans patrie ni frontières, devenu agent de la Gestapo notamment pour observer Richard Jensen à Copenhague, où il avait rencontré Lily De Korte).

En juin 1938, Wollweber chargea Schaap de l’organisation d’un groupe de sabotage en Finlande. Il s’y rendit sous le nom de Friman et y travailla en collaboration avec Lambert . Mais ce ne fut qu’un épisode, car l’activité de Schaap ne s’effectua surtout aux Pays-Bas et en Belgique. A partir de 1939, il commença à mettre en place de nouveaux dirigeants des groupes locaux recrutés dans les Brigades Internationales (Beguin et Wouters). Son rôle en Europe occidentale sembla terminé.

En effet, vers la fin d’avril 1939, Schaap quitta définitivement les Pays-Bas. Muni de faux papiers par Proost au nom de Pettersen et conduit en Belgique en motocyclette par un de ses courriers hollandais, il s’installa à Paris. Nous ignorons tout des raisons qui ont incité Schaap à quitter les Pays-Bas. Il a dit lui-même à ses compagnons qu’il ne se sentait plus en sécurité dans son pays. Y avait-il d’autres raisons plus impérieuses se rapportant à l’organisation dont il ne pouvait faire état ? Quoi qu’il en soit, il resta à Paris jusqu’en septembre 1939, sans que nous sachions où il a logé ou avec qui il a pris contact.

On sait que Paris fut, surtout après la prise du pouvoir par les Nazis, un relais important pour l’IC. Entre 1933 et 1939, des structures de l’IC y furent implantées plus ou moins longtemps : la direction du KPD dans l’émigration, l’IMD et surtout le Bureau Ouest-européen de l’IC. Une Suisse, Lydia Dübi, y dirigeait depuis 1932 le ‘poste no. 20’, c’est-à-dire l’antenne de l’OMS. Après l’avoir vu d’abord à Moscou, Wollweber rencontra son chef direct à Paris, en 1935. Ce chef Maxim (en réalité Jakow Serebrianski) faisait partie de la direction d’une section spéciale du NKVD qui s’occupait notamment du sabotage au niveau international. L’épouse de Wollweber (ou celle qui passe pour telle), Ragnhild Wiik, vint au moins trois fois à Paris à la demande de Wollweber entre le début 1937 et l’automne 1938. Elle y avait rendez-vous avec un homme qu’elle avait déjà vu à Leningrad (où Wollweber et Wiik s’étaient installés en 1934) et elle reçut de l’argent et des ‘lettres’ d’un homme qui disait s’appeler Maxim ; on peut penser qu’il s’agit d’une seule et même personne, d’ autant plus que lors de sa rencontre à Paris avec Wollweber en 1935, Maxim avait dit qu’il s’occuperait du financement de l’organisation. C’est probablement aussi Maxim que rencontra à Paris la maîtresse de Schaap, Johanna Plenkers (Jopie van Zweden), lorsqu’elle vint récolter de l’argent pour l’organisation des mains d’un « vieux monsieur barbu ayant des liens avec l’ambassade d’URSS ». Selon Borgersrud, Wollweber lui-même se rendit plusieurs fois à Paris en rapport avec le sabotage et aussi en rapport avec la firme montée au Danemark par un autre ‘Kominternien’, Richard Jensen, en vue de l’achat d’armes pour la République espagnole. Lorsque Schaap convoqua à Paris un volontaire des Brigades Internationales qui avait consenti à faire partie du groupe de sabotage hollandais (Wouter de Wit), il le présenta également au ‘vieux monsieur barbu’, ce qui indique que Schaap connaissait celui-ci personnellement. À cette occasion, Schaap avait donné rendez-vous à De Wit à une des adresses qu’il y connaissait dans le 13e arrondissement. Schaap était probablement le seul activiste des groupes Wollweber en Europe occidentale qui connaissait tous les rouages parisiens de l’organisation. À noter aussi que les Interbrigadistes qui avaient accepté de faire partie des groupes de sabotage avaient reçu une instruction supplémentaire dans l’atelier d’un militant de la banlieue parisienne à Puteaux.

En septembre 1939 donc, Schaap quitta Paris et s’embarqua pour Stockholm. Il y rencontra Wollweber, Hjelmen et Lambert (pour ce dernier c’était sans doute une visite éclair car à cette époque il était très actif à Anvers). Wollweber y chargea Schaap de la création d’un réseau de liaison entre la Norvège, les grands ports allemands et les états baltes.

Il est important de noter, pour situer cette nouvelle orientation, qu’en juillet 1939, Wollweber avait été convoqué à Moscou. Il y rencontra Pawel Soudoplatow, qui remplaçait Maxim, arrêté dans le cadre des purges staliniennes. Les deux hommes y apprirent, non sans surprise, la conclusion du pacte de non-agression. Wollweber fut de retour, à Stockholm cette fois, le 5 septembre 1939. Dans les jours qui suivirent, il y réunit son adjoint ‘technique’ Karl Bargstädt, Schaap, Lambert et Martin Hjelmen (chef du groupe norvégien). Il leur expliqua qu’il s’agissait désormais de se préparer à la ‘guerre des Partisans’, et que provisoirement, l’organisation ne devait plus entreprendre des actions directes contre l’Allemagne. Des fonctionnaires de police, aussi bien aux Pays-Bas, en Belgique, en France que dans les pays scandinaves, où l’activité des groupes de sabotage était suivie de très près, pensaient que l’organisation commettrait désormais, suite au Pacte, des sabotages sur des navires des Alliés occidentaux. Rien ne permet toutefois de souscrire à cette conclusion. En fait, il s’agissait – comme Schaap l’expliqua plus tard à ses camarades danois – en cas d’une guerre dans laquelle l’URSS serait impliquée, de protéger les navires soviétiques et de s’attaquer aux navires de l’ennemi, quel qu’il fût. Un fait semble confirmer cette nouvelle orientation : fin 1939, après l’invasion de la Finlande par l’URSS le 30 novembre, Wollweber couva un projet de sabotage des lignes d’approvisionnement suédoises vers la Finlande, ceci dans l’intérêt évident de l’URSS. Ce projet connut un début d’exécution.

Fin 1939 ou début 1940 (les sources ne concordent pas à ce sujet), Schaap se rendit à Copenhague. Par l’intermédiaire de Richard Jensen, il y fut mis en rapport avec Kjeld Vanman, qui faisait partie du groupe Wollweber danois, et son frère Julius, qui, à l’insu de Kjeld, était également indicateur de la police danoise. Julius Vanman décida d’attirer Schaap dans un guet-apens, et il y réussit effectivement le 1er août 1940. Une fois de plus, le rôle de l’indicateur de police fut décisif dans l’arrestation d’un membre important de l’organisation Wollweber. La police danoise livra Schaap à la Gestapo le 19 août 1940.

De tous les membres de l’organisation Wollweber détenus et interrogés par la Gestapo et la justice allemande, Schaap fut le seul qui ait, contre vents et marées, maintenu sa légende jusqu’à la fin. Il a dit et répété qu’il avait navigué entre 1936 et 1940 avec une brève interruption en automne 1938. Il a prétendu qu’il avait déserté de son bateau à Baltimore en février 1940 et qu’il était venu au Danemark comme passager clandestin. Il a toujours maintenu qu’il ne connaissait pas Wollweber, qu’il n’avait rien à voir avec les actes de sabotages, et a affirmé jusqu’à la fin que sa conviction communiste était restée inchangée. Torturé, il a plusieurs fois essayé de se suicider en prison. Finalement, il fut condamné à mort par le Volksgerichtshof de Berlin le 2 avril 1943 et exécuté à Berlin-Plötzensee le 30 juillet 1943, comme la plupart de ses camarades.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73650, notice SCHAAP Jozef Rimbertus. Pseudonymes : Charles (aux Pays-Bas et en Belgique), Fred/Fritz (dans les pays scandinaves), Friman (en Finlande) par E. Verhoeyen , version mise en ligne le 28 août 2009, dernière modification le 24 avril 2016.

Par E. Verhoeyen

SOURCES : L. Borgersrud, Die Organisation Wollweber und Norwegen, Berlin, 2001 ; H. Dankaart, De Organisatie Wollweber, 1982 (non publié). — H. Dankaart & R. Van Doorslaer, De aktiviteiten van een kommunistische sabotagegroep in Antwerpen en Rotterdam, in : VMT-Cahier no. 1, 1979. — Bundesarchiv Berlin, R 58/3836, Personal-Akten E. Wollweber. — Bundesarchiv Berlin, Z/C 10467, 2 vol., Strafsache gegen Schaap u.A. — CEGES (Bruxelles), Papiers J. Pauwels concernant la section politique de la police communale d’Anvers.

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